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Crime au Kitsch

 

Les enquêtes dans le Marais du lieutenant Jacques

 

 

 

Hervé Latapie

 

 

 

 

 

Roman policier

 

 

 

 

 

 

En plein cœur du Marais, quartier gay de Paris, un cadavre est retrouvé au petit matin au beau milieu de la piste de danse de la discothèque Le Kitsch. Tout indique que c’est le patron des lieux, surnommé la Taulière, qui a assassiné son amant. Mais le lieutenant Jacques, chargé des affaires gays au commissariat du quartier, va découvrir que l’amant de la Taulière était une canaille. Son enquête l’entraîne alors dans un incroyable imbroglio de manipulations psychologiques.

 

Un roman qui se déroule dans le quartier du Marais à Paris, avec son lot de lieux et de personnages interlopes. L’intrigue permet de mettre en lumière les symptômes de la perversion narcissique. Se trouve aussi en toile de fond la description de l’embourgeoisement du centre de la capitale.

 

 

L’auteur :

Hervé Latapie, ancien professeur de sciences économiques et sociales, anime aujourd’hui une discothèque à Paris (depuis 1997). Engagé dans la vie militante et culturelle gay, il s’intéresse tout particulièrement à l’évolution de la sociabilité homosexuelle.

Il a publié deux ouvrages aux éditions Le Gueuloir : Doubles vies, enquête sur la prostitution masculine homosexuelle (novembre 2009) et Génération trithérapie, rencontre avec des jeunes gays séropositifs (février 2012).

Crime au Kitsch est le premier épisode d’une série d’enquêtes qui se déroulent dans le milieu gay parisien.

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1

 

 

Au petit matin, il est amusant de passer devant L’Entrepôt, célèbre sex-club homo de Paris, avant de pousser la porte de mon commissariat. Mes collègues ne me privent pas de leurs plaisanteries graveleuses à ce sujet. Devant la porte, deux gardiens de la paix fument, l’un d’eux me jette un coup d’œil amusé :

— Vous avez passé de bonnes vacances lieutenant ? » Il montre la direction de L’Entrepôt et ajoute, pas très subtil : « Vous allez retrouver vos petits amis ! »

 

Mes petits amis sont les gays du quartier. Parce que je suis de leur confrérie, affecté dans le 3e arrondissement, on me refile tous les dossiers qui les concernent. Dans un pays qui craint tant le satané communautarisme, ce n’est pas vraiment réglo, mais ici tout le monde s’en accommode. En coulisse je suis surnommé « Jacquette », ce n’est pas fin, pourtant dans le quartier les flics ont été éduqués contre l’homophobie ! Et il y a même une association des policiers gay (le Flag). En tout cas je suis devenu le spécialiste des affaires homosexuelles, question de culture explique le commissaire à ses supérieurs : « Le lieutenant Jacques nous fait gagner du temps, il les connaît, les comprend et est respecté dans ce milieu. » Du coup, à moi les petits trafics de drogue, les escroqueries en tout genre, et parfois les cadavres à aller ramasser. Comme à L’Entrepôt à côté où je me suis déjà coltiné au petit matin des crises cardiaques arrosées de Poppers.

 

Aujourd’hui je rentre de vacances, j’ai perdu l’habitude des horaires décalés, et les retrouvailles avec le métro me restent en travers. Je m’étire les membres devant la pile de courrier. Toujours les plaintes de voisinage, le tapage nocturne, les dealers aux coins des rues, les portables fauchés. Heureusement pour moi chaque affaire est teintée d’un peu de saveur sexuelle. Ainsi ce commerçant chinois, grossiste bien connu, un peu trop vantard, flambeur qui roule en grosse cylindrée suédoise : la semaine dernière, alors qu’il sortait d’un tripot de jeu clandestin de la rue au Maire, il s’est laissé draguer par un joli garçon au coin de la rue Beaubourg, puis l’a ramené dans son grand appartement qui surplombe le musée des Arts et Métiers. Fallait-il qu’il partage un dernier verre avant de passer à l’action ? Mauvaise pioche, car il s’est réveillé le lendemain matin, le crâne lourd, les poches délestées du paquet d’argent liquide gagné aux dominos, et l’appartement dévalisé de tous ses gadgets électroniques high-tech. Mes collègues ne se sont pas laissé attendrir par ses pleurs. Il a cherché à camoufler la nature réelle de sa relation avec ce mystérieux visiteur de la nuit, mais l’arnaque au « pédé pété » est un classique du quartier. Il faudra que je rende une visite discrète à cet honorable commerçant : il faudrait un jour ou l’autre que l’on coince un de ces dragueurs arnaqueurs.

 

Ah, la routine du Marais… Le patron du Bizarre, rue du Temple, un bar-discothèque, refuge de fin de nuit de tous les noctambules, souhaiterait me parler au sujet des agressions fréquentes à la sortie de son bouge. Je connais la chanson, si la police ne fait rien, ce sera l’association de lutte contre l’homophobie qui va monter au créneau auprès du vieux maire, toujours sensible aux soucis des minorités de son arrondissement. Bon, à moi ils ne me le feront pas, le couplet agressions homophobes est un peu facile, lorsqu’il s’agit juste de chapardages, de smartphones dernier-cri ou de jolis sacs de marque… Ces gays fêtards n’ont qu’à moins s’alcooliser, ils seraient alors capables de distinguer un vrai voyou et un vrai dragueur au look de mauvais garçon. Mais n’y aurait-il pas un peu d’amertume dans mes pensées de retour de vacances ? Si je songe au marasme affectif dans lequel je me vautre depuis qu’Erik, l’homme de ma vie, m’a quitté… Tout ça parce qu’il n’assumait pas d’aimer un flic, lui l’ultragauchiste anarchiste. Mais c’est une autre histoire. Voici un an qu’il est parti vivre au Maroc, et je l’ai trouvé en pleine forme ; même qu’ainsi, éloignés l’un de l’autre, la relation devient franchement calme et sympa. Et si je démissionnais, si je quittais cette grande maison ? Ils devraient trouver un autre pédé de service !

 

Téléphone.

— Lieutenant Jacques, j’écoute.

— Alors ce retour de vacances ? C’est Sylvie du standard. Pas de répit pour vous, lieutenant, je crois que là on vous a dégoté le gros lot.

— …

— La discothèque Le Kitsch, vous connaissez ?

— Si je connais ? Tu étais encore au lycée que j’y traînais déjà. Et tu sais que ça me manque. Depuis que je bosse ici je n’ai plus le droit d’y être simple client, je suis trop marqué !

— Je crois que vous allez pouvoir y retourner. Mais bel et bien en service.

— Que s’est-il passé ?

— On vient de trouver un cadavre au milieu de la piste de danse, c’est l’homme de ménage qui a appelé les pompiers, ils sont sur place et vous attendent.

— Mince, j’y vais.

 

J’ai pris l’habitude de faire mes déplacements dans le quartier à pied. De toute façon je vais pratiquement aussi vite qu’en voiture, avec toutes ces rues encombrées. Le Kitsch est à cinq minutes par la rue Beaubourg, il est situé dans une rue chinoise, le plus vieux Chinatown de Paris paraît-il. C’est une des plus anciennes discothèques de la capitale, bal auvergnat au début du XXe siècle, puis bastringue musette jusque dans les années 1980. Depuis c’est devenu un genre de lieu bizarre, temple de la salsa à la fin des années 1980, à la clientèle presque exclusivement black, puis gay au milieu des années 1990. Un établissement exemplaire de notre point de vue de flics : jamais d’incidents, pas de substances interdites. Le tenancier – pardon, il se fait appeler la Taulière – est un drôle de type : intellectuel défroqué (il s’en vante assez !), il a quitté son poste de professeur de sciences économiques et sociales à l’Éducation nationale pour se reconvertir dans l’animation de la vie nocturne de ses semblables. C’est aussi une figure de la mouvance militante homosexuelle. J’avoue qu’il m’est sympathique, pas seulement parce que je suis gay, mais parce que c’est un mec à principes et à convictions, et croyez-moi, dans le monde commerçant de la nuit je n’en rencontre pas tant que ça des patrons éthiques ! J’espère qu’il ne lui est rien arrivé, ce serait trop injuste.

 

De bon matin la rue au Maire est déjà animée. Infatigables ces Chinois, c’est sans doute la seule rue du quartier qui vit tous les jours de l’année à un rythme incroyablement régulier et organisé. Du matin au soir les allées et venues sont permanentes, les petits supermarchés ne désemplissent pas, les prix défient toute concurrence et il y a deux ou trois restos qui s’apparentent à de vraies cantines populaires où se mêlent travailleurs asiatiques du quartier et bobos à la recherche de repas bon marché. Le club Le Kitsch, encore orné d’une enseigne désuète qui doit bien dater des années 1950, se situe au coin de la rue Volta, presque en face d’une maison à colombages qualifiée d’une des plus anciennes de Paris.

 

La camionnette des pompiers est garée juste au coin, la voiture de police secours juste un peu plus loin dans la descente du parking du seul immeuble moderne de la rue, vestige de l’époque bénie des scandales immobiliers de l’État RPR.

— Bonjour lieutenant, on vous attendait…

C’est le brigadier Jean-Pierre qui me reçoit. J’entre dans le dancing, entrée qui m’était familière lorsque, encore étudiant, je fréquentais presque tous les week-ends ce bal gay et lesbien pas comme les autres. Je ne peux pas m’empêcher de penser à la Taulière, je n’ose pas demander qui est le cadavre…

— Vous n’avez rien touché ?

— Non, on a été prévenu par l’homme de ménage, il est arrivé vers 7 heures et demie et on était là un quart d’heure après, c’est moi qui ai eu l’idée de vous appeler, je savais que vous rentriez ce matin, et vu le lieu… C’était pour vous !

— Mouais, sympa pour une reprise. Bon allez, montrez-moi ça…

 

Pourquoi ai-je le ventre serré ? J’ai un pressentiment, pauvre Taulière, est-ce qu’une carrière comme la sienne doit forcément mal se terminer ? Et pour quelle sordide histoire ? Mais après tout, même si c’est lui, l’âme du Kitsch, que je vais trouver par terre, je ne le connaissais qu’à peine ; je l’avais remarqué quand j’étais client et, ensuite, je l’ai croisé en civil (enfin, pas traveloté) une ou deux fois dans des réunions et un jour au commissariat pour une connerie : des collègues l’avait ramassé parce qu’il s’était mis à gueuler en pleine rue contre un contrôle d’identité des Chinois. Ah, ces zélés gardiens de la paix, ils étaient contents d’eux : flanquer un PV à un pédé pour « vociférations sur la voie publique », ces cons… C’est moi, bien sûr, l’ambulance spécialisée ès marginaux, qui avait dû calmer le jeu et le raccompagner dehors en toute gentillesse. C’est vrai un gars sympa, mais dans mon métier, on me l’a assez rabâché, il faut éviter les sentiments. Alors pourquoi est-ce que ça me contrarierait tant de trouver son cadavre là ?

 

Le Kitsch, c’est une vieille salle qui a conservé son vieux parquet en chêne, indispensable pour danser correctement la valse musette ! Une piste de danse choyée par la Taulière qui interdit qu’on y traîne son verre plein et le fait cirer amoureusement pour lui conserver son brillant à l’ancienne. Mais ce matin le parquet a une piètre allure… Au beau milieu de la piste s’étale un cadavre, tandis que les lumières clignotent encore. Ce qui m’énerve !

— On ne pourrait pas bloquer ces projos ?

Le brigadier lance un regard interrogateur vers un type accoudé au bar qui fume nerveusement une cigarette. « Vous pouvez bloquer cette lumière, merde, on n’est pas là pour danser ! »

— C’est lui qui a trouvé le corps, lieutenant, il fait le ménage, il s’appelle Raymond.

 

Je m’avance vers la piste de danse, pressé d’en finir. J’ai l’impression que la mise en scène est trop parfaite. Le corps est pratiquement au beau milieu de la piste, disposé juste au-dessous de la boule à facettes : la Taulière aurait cherché à mourir dans toute sa splendeur qu’elle n’aurait pas trouvé une meilleure disposition. La lumière s’éteint lorsque j’arrive au-dessus du corps, on n’y voit plus grand-chose… Il y a juste planté au beau milieu de la poitrine un genre d’épée, assez curieuse, avec une poignée en forme de pommette en argent. Les projecteurs se rallument tous en même temps et cette fois ne clignotent plus. Le cadavre baigne dans une mare de sang, ses yeux sont grand ouverts et fixent juste au-dessus la boule à facettes qui tourne tout doucement et parsème toute la salle de ses petits reflets. Je ne peux pas m’empêcher de lâcher un beau sourire, je souffle, je me détends : ce n’est pas la Taulière qui est allongée sur le sol, mais un jeune homme à la peau mate, un très beau garçon au look exotique, un petit mec exactement du genre que la Taulière a la réputation d’aimer, habillé dans un jean noir slim hypermoulant, serré dans un tee-shirt couvert de strass. Une gueule d’ange aux cheveux blondis, trop mignon pour être honnête aurais-je pensé s’il ne s’agissait pas là d’un cadavre déjà froid, mais pas encore défiguré.

 

Je me relève, camoufle ma mine rassurée, adopte l’air grave de rigueur. Je vais laisser faire mes collègues, prendre les photos, faire les relevés, la routine. Évidemment j’y pense, c’est même la première évidence qui me vient à l’esprit : il va falloir que je trouve la Taulière, puisque ce n’est pas elle qui a été butée. Merde, j’espère quand même qu’au lieu de la retrouver en cadavre je ne vais pas me la coltiner en tueur !

 

Raymond adossé au bar m’observe me diriger vers lui. Je le salue, il me demande si ça me dérange qu’il fume. Je lui dis que non bien sûr, je suis un ancien fumeur tolérant. Et s’il est interdit de fumer dans ce bouge, on considérera que c’est uniquement quand il reçoit du public. Et puis certaines circonstances sont exceptionnelles, débusquer un cadavre en arrivant au boulot le matin autorise un écart à la loi !

— Vous êtes arrivé à quelle heure ?

— 7 heures et demie… J’ai bien vu que quelque chose clochait, la grille de la porte était baissée mais pas verrouillée, et surtout les lumières étaient allumées et clignotaient.

— La porte d’entrée était fermée ?

— Oui, la porte se claque toujours toute seule et il faut une clé pour l’ouvrir de l’extérieur. Comme il y avait les lumières, je me suis demandé si monsieur Lucien n’était pas déjà là.

— Monsieur Lucien ?

— Euh oui, le patron.

— La Taulière ?

— Oui ils l’appellent comme ça, mais pas moi…

— Il peut être là si tôt ce… monsieur Lucien ?

— Rarement, mais ça lui arrive, oui. Il vient ranger, il écoute de la musique. Alors quand j’ai vu qu’il y avait quelqu’un allongé sur la piste, j’ai cru que c’était lui, enfin qu’il avait encore une de ses crises…

— Une crise ?

— On l’aime bien monsieur Lucien, mais il est parfois bizarre… Un jour en pleine forme, le lendemain déprimé, on ne sait jamais avec lui, mais ça peut être spectaculaire. Un jour je l’ai trouvé assis sur la scène, la musique à fond, immobile, à fumer une cigarette en fixant son regard devant lui. Il pleurait comme un gamin, un chagrin pas possible, il m’avait dit de ne pas m’en faire, qu’il avait juste la visite de ses amis fantômes.

— Donc en croyant le voir ce matin vous n’avez pas été trop surpris ?

— En même temps, il ne baisse jamais la grille comme c’était ce matin, c’est ce qui me semblait anormal.

— Bon, de toute façon ce n’était pas lui. C’est qui d’ailleurs celui-là, vous le connaissez ?

— Ben oui, bien sûr !

— Bien sûr, bien sûr, ça ne me dit pas qui c’est !

— C’est le petit ami de Monsieur… Sabih… Quand monsieur Lucien va l’apprendre…

— Il habite où Monsieur ?

— À côté, enfin pas loin, rue des Vertus.

 

Là je ne peux pas m’empêcher de penser que le nom de cette rue n’est pas très approprié pour constituer l’adresse d’une Taulière, mais ce n’est pas le moment de faire de l’esprit. Mon interlocuteur me paraît vraiment navré, inquiet aussi, qu’est-ce qu’il connaît et comprend à toute cette faune ? Il semble sortir de sa campagne, un bel homme, pas encore atteint par la folie du lieu, c’est certain, ou alors je dois moi-même revoir ma capacité d’évaluation de la gaytitude des gars qui traînent dans le Marais. Le petit ami de la Taulière, vu l’allure du jeune allongé sur le parquet, cela ne me surprend pas : Lucien aime les jeunes, oiseaux des îles, originaires de contrées éloignées, et celui-là correspond à ses goûts. Dans quelle histoire s’est foutue la Taulière ? Mais aussi quelle idée ces vieux pédés de s’amouracher des petits jeunes ! Moi au moins je suis à l’abri de ces situations tordues, l’amour grec, les éphèbes à éduquer, ce n’est vraiment pas mon truc, j’aime les gars de mon âge, un minimum installés dans la vie, pas trop compliqués. La Taulière a dû se prendre pour un papa gâteau, le grand frère bienveillant, l’éducateur, classique des classiques de la littérature gay. Mais aujourd’hui l’objet de toutes ses attentions affectives se retrouve étalé sur un parquet de vieux dancing.

 

Pour en finir avec cet homme de ménage, je lui demande en montrant le corps sur la piste de danse :

— Vous savez comment il a pu se trouver ici ce jeune homme ?

— Non monsieur, je ne sais pas… Car il ne travaillait plus là depuis plus d’un mois.

— Comment ça ? Il était employé ici ?

— Oui, depuis presque deux ans, mais plus maintenant. Je ne sais pas monsieur, je ne suis pas au courant, mais je sais que Sabih a disparu assez soudainement à la mi-juin. Il est parti.

— On vous a dit quoi ? Y’a une explication, non ?

Le type hésite, se tord les doigts, baisse les yeux.

— Ben vous savez, une histoire qui tourne mal je suppose, cela ne me regardait pas. Monsieur ne me dit rien à moi, il est gentil, mais je ne le croise pas souvent, moi je viens le matin, pas la nuit, et la semaine c’est surtout Raoul qui s’occupe de la salle.

— Raoul ?

— L’associé de Monsieur.

— Bon, vous avez les coordonnées de monsieur Lucien et de ce Raoul ?

— Oui bien sûr, mais moi j’ai surtout prévenu madame Carole.

— Madame ?

— La grande patronne.

— Monsieur Lucien n’est pas le patron ici ?

— Oui, euh non, lui c’est le patron de la nuit, mais la salle c’est pas lui.

— OK, je vois. Et qu’est-ce qu’elle vous a dit madame Carole ?

— Elle va venir.

— Bien, je vous remercie, restez là avec mes collègues, ils prendront votre identité et vous passerez au commissariat pour qu’on mette tout ça au clair. D’accord ?

— Oui monsieur.

 

La Taulière, qui est un homme, la patronne, a priori une vraie femme, l’amant de Monsieur, un giton exotique, une discothèque gay en plein Paris, s’il n’y avait pas ce cadavre au beau milieu de la piste de danse je me croirais au début d’une charmante comédie de vaudeville. Mais pour le moment, une chose est certaine, ou plutôt carrément urgente : retrouver dare-dare cette Taulière, m’est avis que sa journée va être mouvementée. Est-elle capable d’avoir pété les plombs ? En même temps, pourquoi aurait-elle amoché le jouet de sa maturité ?

 

 

 

Chapitre 2

 

 

J’ai laissé mes collègues s’occuper des formalités et recevoir l’équipe de la police scientifique, je leur ai juste demandé de me prévenir quand ladite madame Carole débarquerait et de la mettre au frais. Je veux tenter le coup du réveil de la Taulière à domicile, après tout, de bon matin, quoi de plus naturel que de trouver un oiseau de nuit dans son nid ? La porte de l’immeuble ne résiste pas à mon passe-partout : quelle rigolade ces fortunes dépensées par les copropriétés pour soi-disant interdire l’accès des intrus… Finalement les facteurs, les flics, les pompiers, les employés municipaux et les serruriers débloquent illico tous ces digicodes de pacotille. Je trouve un bouton au nom de : Lucien… Et il est indiqué clairement « 5e et dernier étage » sur le panneau des boîtes aux lettres. Je sonne et la réponse est bien rapide :

— Oui ? C’est le facteur ?

— Non, c’est le lieutenant Jacques, du commissariat du 3e

— Euh… pardon ? La police ?

C’est à ce moment précis que je me rends compte que le Lucien peut très bien ne pas me faire monter. Je joue la solidarité de secte, on verra bien

— Bonjour monsieur Lucien, vous me connaissez, le lieutenant Jacques, la Jacquette, vous connaissez sans doute mon joli surnom ?

— Bonjour lieutenant, oui je vous connais de réputation.

— Je souhaite vous parler, c’est possible ? Je peux monter ?

— Franchement je préfère descendre, je ne suis pas seul et ce sera mieux pour vous aussi, attendez-moi au bistrot à côté de l’école chez Yasmina, j’arrive.

 

Je me retrouve bête… Je n’ai pas été très inspiré, s’il fichait le camp ? Et puis, pour ce que j’ai à lui annoncer, le coup du bistrot, ce n’est pas vraiment le lieu idéal. Bon, faisons comme il dit, c’est juste en face, ou presque, voyons à quoi ça ressemble… Mince, un vestige du temps jadis, le Paris de Brassaï ou de Doisneau : c’est un tout petit troquet, petit comptoir à l’entrée, banquette sur la droite, quelques tables avec des chaises en paille. Il n’y a qu’un vieux monsieur à moustache, d’origine maghrébine, assis dans un coin et une vieille dame en face à la bonne bouille de celles qui ont vécu une existence pas très ordinaire. Pas de musique, silence total et une lumière blafarde, visiblement la moitié des ampoules du plafond ont été retirées, sans doute pour faire des économies. Peinture crème sur tous les murs, pas de décoration hormis le calendrier de la poste accroché dans un coin et une vague ardoise qui annonce le menu : « Couscous tous les jours ». À Paris au XXIe siècle, comment un tel bouge peut-il encore exister ? Tout le quartier est envahi de nouveaux bistrots à la mode bobo. Celui-là, tel le village gaulois d’Astérix, semble être un lieu de résistance, une carte postale des années 1950 posée là pour témoigner de ce que devait être la vie de quartier autrefois. La vieille me regarde sans méchanceté, mais incontestablement avec méfiance. Encore une qui a le nez. Elle se lève, vient vers le comptoir :

— Bonjour jeune homme, vous cherchez quelqu’un ?

— Euh, non, enfin si… Je prendrai un café.

— Qui c’est-y que vous cherchez ?

Elle est gonflée la vieille, avec sa voix rocailleuse d’ancienne grosse fumeuse, ce n’est quand même pas elle qui va m’interroger. En plus ça me démonte, je sais que je n’ai pas l’air d’un flic, on me le dit assez au commissariat, ils m’appellent le flic minet, je circule toujours à pied dans le secteur, je m’habille comme j’ai envie, assez élégant, décontracté, surtout pas petit fonctionnaire comme mes collègues, avec leurs jeans mal coupés, leurs affreux sweet-shirts. Et quand je traîne dans le Marais, franchement je suis incognito, je n’arrête pas de me faire draguer, ce qui énerve au plus haut point les collègues quand ils m’accompagnent. De là la légende de la Jacquette au commissariat du 3e, dont je me contrefous ! Paraît que ce serait de l’homophobie latente ; moi, du moment qu’on me laisse exister, la différence, je m’en délecte ! Mais bon, cette vieille-là, qu’est-ce qu’elle s’imagine : quoi, j’attends quoi ? Dois-je lui répondre ?

 

— Qu’est-ce qui vous tracasse, madame ?

— Ça va petit, je connais mon quartier, alors quand je vois du ramdam au petit matin, des pompiers, de la flicaille, et qu’un petit mannequin aux petites fesses bien moulées débarque chez moi à c’te heure, soit c’est un flic, mais t’en n’a pas l’air, soit c’est un gars qui vient d’être mis dehors d’un lit bien chaud et qui en a gros sur la conscience. Et vois-tu, j’aime bien savoir !

 

C’est à ce moment précis, juste quand j’allais sortir ma carte bleu blanc rouge pour épater la vieille, que Lucien entre dans le bar.

 

— Salut mamie, t’as pas commencé à agresser mon visiteur au moins ?

La vieille lance un sourire magnifique et s’adoucit illico, visiblement le Lucien est un habitué de la maison. Pour une Taulière, je ne me souvenais pas qu’il était si mec, grand, mince, cheveux bruns mi longs, belle prestance et un sourire charmeur, une quarantaine bien engagée, mais avec les pédés on ne sait jamais, ils ne font pas leur âge ! Lucien embrasse la vieille avec une affection non dissimulée et serre la main du vieux monsieur qui continue d’observer en silence.

 

— Ah c’est pour toi qu’il est là, j’aurais dû m’en douter.

La mamie me regarde de près, elle attend une explication et c’est Lucien très habilement qui va la lui donner :

— Alors lieutenant ! (Il prononce bien clairement mon titre.) Vous ne connaissiez pas encore ce bistrot extraordinaire, vestige de la belle époque du Paris populaire ? Il y a l’hôtel meublé au-dessus, et Yasmina est la plus ancienne des tenancières du quartier, pas vraie mamie ? Dis-lui en quelle année tu es arrivée ici !

— En 44 ! Eh oui, et je peux vous dire que c’est plus comme avant, mais bon, avec des petits comme Lucien, on ne se plaint pas. Les gens ils disent ce qu’ils veulent, mais au moins avec les homos on se marre bien !

Et la vieille éclate d’un rire rauque ! Le vieux se lève et se retire, sans doute apeuré par le qualificatif « lieutenant ». Yasmina fait mine de s’affairer et disparaît par un escalier dissimulé derrière le bar, elle prévient la Taulière :

— Lucien, garde la maison, je descends faire ma cave.

 

Lucien me propose de m’installer au fond de la petite salle et commence par me taquiner :

— Alors comme ça vous étiez prêt à vous compromettre au petit matin dans mes appartements privés. On vous apprend quoi à l’école de la police ?

— C’est que j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer, c’est un peu délicat.

— Encore un client ivre ramassé cette nuit en mauvais état au coin de la rue Beaubourg ? On leur dit de faire attention, mais il suffit qu’ils croisent un beau mec pour lever toute vigilance.

— Non, plus grave que ça. Il y a eu un meurtre cette nuit au Kitsch.

— Au Kitsch ? Cette nuit ? Vous rigolez, le dimanche on ferme tôt, à minuit, j’y étais hier soir et je peux vous assurer qu’aucun meurtre ne s’y tramait !

— Ce matin en arrivant à 7 heures et demie, Raymond, votre homme de ménage, a trouvé un corps sur la piste de danse. On est en train d’effectuer les relevés, j’ai voulu vous prévenir moi-même.

Je tourne la tête vers l’escalier de la cave, nous sommes encore seuls. Lucien me fixe, interrogateur, mais quelque chose me dit qu’il n’est pas plus surpris que ça. Il me demande :

— À l’intérieur ? Sur la piste ? Mais c’est qui ?

— Votre ami… Sabih.

Et là toute sa tête, son regard, son frémissement confirment ma première intuition. Lucien n’encaisse pas le coup mais analyse déjà la situation. Il me sidère, et pourtant je n’en suis pas à ma première annonce du genre. Il n’a pas eu la réaction ordinaire d’une personne qui apprend soudainement la mort d’un être cher, il semble détaché, comme s’il avait déjà été prévenu, ou alors comme s’il ne connaissait pas personnellement la personne disparue.

— Lieutenant, je ne devrais pas vous le dire, mais puisque nous sommes seuls, ce que vous m’annoncez me soulage. Ce serait long et compliqué de vous l’expliquer, je l’ai aimé ce garçon, énormément, je n’aurais pas pu le tuer, mais je crois que j’aurais eu toutes les raisons de le faire. Vous n’allez peut-être pas me croire – et de toute façon, si votre histoire est vraie, je vais être dans une sacrée merde –, mais si Sabih n’est plus, quelque part ça va me faciliter la vie, c’est une fin dont j’avais besoin.

 

Je ne l’ai pas quitté des yeux, et je me dis que moi aussi je suis dans la merde. Je sais que je ne dois pas le jouer à l’affect, que cet homme est un professionnel de l’illusion, du tralala de la nuit, de la représentation permanente, c’est le type même de séducteur dont il faut se méfier, mais sa réaction si spontanée me semble sincère. D’un autre côté c’est un peu gros, je lui apprends la mort de son amoureux, d’un amoureux apparemment renié tout dernièrement, il est donc le suspect numéro un, et il me dit que cela le soulage, qu’il a sans doute souhaité cette mort. Quel pataquès… Soit il m’a aussi à la bonne, moi le petit jeune flic pas mal foutu qui fait partie de son clan, soit il me prend pour un jeunot assez naïf, il s’imagine que la Jacquette va s’engouffrer dans son grand jeu de folle perdue. Je l’aime bien cette Taulière, mais c’est justement pour ça que je ne lui accorderai aucun bénéfice du doute.

 

— Vous étiez où cette nuit après votre soirée au Kitsch ?

— Mon circuit classique du dimanche. Je suis allé dîner au Pied de Cochon aux Halles (y’a plus que ça d’ouvert la nuit de nos jours), ensuite halte au Duplex jusqu’à sa fermeture – vous devez savoir où c’est, le plus vieux bar gay du quartier – et pour finir une ou deux heures au Bizarre, la boîte balai du Marais. Et je suis rentré me coucher, pour dormir, effectivement très peu !

— Vous étiez seul ?

— Même pas ! Je ne sors jamais seul, jeune homme, la solitude me déprime, et elle, lorsqu’elle m’accompagne, je la garde à la maison, bien au chaud, éloignée des regards. Non, en ce moment j’héberge un ami qui est vacances, un autre oiseau des îles, il était avec moi cette nuit.

— Et il est où, là ?

— Toujours dans son lit, j’imagine, chez moi, vu l’heure à laquelle il a dû s’endormir ; en plus il se bourre de tranquillisants.

— Et c’est qui exactement ?

— Un petit frère, ou une petite sœur, si vous voyez ce que je veux dire, on partage nos douleurs, on sort ensemble, on fait du shoping, on discute. Mais il va vite repartir, et je serai à nouveau seul.

— Il connaît la victime ?

— C’était son meilleur ami, là-bas dans leur île…

— Bon, écoutez Lucien, vous voulez bien me suivre au Kitsch ? Je dois régler quelques formalités, il faut que je légalise un peu tout ça, si vous voyez ce que je veux dire.

— Oui, à partir de maintenant je dois appeler mon avocat et mon intérêt est de me taire, j’ai bien compris. Alors disons que je vous ai causé entre copines…

Et il me lance un énorme clin d’œil que je devrais trouver drôle et sympathique tandis que la vieille Yasmina remonte de sa cave.

— Bon les enfants, ça y est vous avez bien causé, j’ai l’impression qu’on va vous voir souvent maintenant, commissaire.

— Lieutenant, madame, pas commissaire ! Mon commissaire, je ne crois pas que vous le verrez souvent, ou alors il faudrait vous rendre au commissariat, de nos jours les chefs restent au bureau.

— Mouais, en tout cas je vous préviens, faites pas de mal à mon petit Lucien, c’est mon rayon de soleil dans le quartier et il me rend visite tous les matins.

La Taulière sourit, me jette un regard triste, se lève, embrasse la mamie et paye les cafés.

— T’inquiète pas pour moi Yasmina, va y’en avoir des ragots, les écoute pas trop, et t’inquiète pas pour moi, la bête est solide, je vais me défendre. Bon, lieutenant, je vous suis.

 

La rue des Vertus s’est animée, elle est pleine de gamins qui se rendent à l’école. La Taulière est obligée de s’arrêter pour saluer une mère qui accompagne son bambin :

— Dis donc Lucien, qu’est-ce qui se passe au Kitsch, y’a une armada devant la porte, police, pompiers…

Lucien hausse les épaules, fait comprendre à la dame que je suis là à ses côtés. On poursuit notre chemin. Effectivement, il y a même un attroupement devant la discothèque et surtout un véritable embouteillage dans la rue. Je presse le pas, le brigadier me voyant arriver se précipite.

— Lieutenant, ils ont presque fini, on va emmener le corps, faut dégager la rue. La propriétaire, madame Carole est arrivée, elle vous attend.

 

Nous entrons dans la discothèque, toutes les portes sont grandes ouvertes, le chariot avec le cadavre enveloppé dans sa housse est prêt à sortir. Je fais signe aux pompiers de nous montrer le visage et j’observe Lucien. Il est livide, fait un signe de tête pour confirmer qu’il reconnaît bien son ami et se met à chialer, il éponge avec ses mains ses larmes et sort de sa poche une grosse paire de lunette de soleil rouge, des Ray-Ban vintage, il me fait penser à Michou en plus jeune, mais il ne faut pas que je me laisse distraire par de pareilles comparaisons à cet instant précis ! Le pompier a refermé la housse et on sort le brancard. J’entraîne la Taulière vers une table, la fait asseoir. La salle est éclairée par des néons et a des allures mornes : rien de plus triste qu’un lieu de fête visité à la mauvaise heure. Le ménage n’a pas été fait, l’air est malsain, et surtout la pénombre entretenue par une lumière de service économique est d’un effet déprimant. Il faut que je reprenne mes esprits, et pour commencer régler le sort de la Taulière.

 

— Monsieur Lucien, je vais être obligé de vous garder et de vous faire emmener au commissariat.

— Oui, oui… je comprends.

— Pour votre ami là-haut chez vous, comment pouvons-nous le joindre ? Il va nous ouvrir ?

— Il s’appelle Kevin, oui, je pense qu’il ouvrira, du moment que vous l’appelez par son prénom. Dites-lui que c’est moi qui vous envoie… Quand il vous verra il ne sera pas trop mécontent…

Sa voix est faible, triste, plus rien à voir avec le ton jovial qu’il avait chez Yasmina. Qu’est-ce qu’il me fait là ? Dix minutes avant il semblait être presque content, et là il fait mine d’être atteint d’une grosse déprime ? Comment je vais m’en sortir, moi ? La Taulière est une comédienne ou une grande chose fragile ? J’appelle le brigadier :

— Jean-Pierre ! Vous allez faire conduire monsieur au commissariat, vous le ferez attendre en bas à l’accueil, il ne s’envolera pas. Prenez-lui son portable. Moi je dois aller récupérer un témoin à côté, je vois la dame avant. Ici vous en avez pour longtemps ?

— Non lieutenant, on a presque fini, vu l’état de la salle et le monde qu’il y avait hier soir, ça ne sert à rien de chercher des empreintes. Et on a l’arme du crime, c’est une canne-épée, on a retrouvé l’étui un peu plus loin. Le commissaire attend votre rapport. Y’a un journaliste du Parisien qui est passé, il est dehors, on lui dit quoi ?

— Qu’il fasse comme le commissaire, qu’il attende le rapport !

 

 

 

Chapitre 3

 

 

La petite dame est assise à la table juste devant le bar. Tranquille, elle observe tout ce remue-ménage en conservant un sourire forcé. Je m’assois sur la banquette face à elle.

— Bonjour madame, je suis le lieutenant Jacques.

Elle me tend une main que je sens lasse.

— J’aurais quelques questions à vous poser si vous le voulez bien.

— Je vous en prie, mais vous savez, je n’y comprends pas grand-chose…

— Vous connaissiez la victime ?

— Sabih ? Oui, c’était le copain de Lucien depuis pas mal de temps, au moins deux ans. Un jeune, peut-être trop…

— Et ces derniers temps ça n’allait plus entre eux ?

Elle hésite, jette un regard autour de nous, lâche un long soupir.

— On n’a pas compris ce qui s’est passé. Autant au début de leur rencontre, j’étais très sceptique… Oui, vous comprenez, il y avait quand même une grande différence d’âge entre eux, au moins vingt-cinq ans, ce n’est pas rien. On se disait, monsieur Lucien va encore se faire avoir, ce n’était pas la première fois. Mais bon, on a tous été surpris, Sabih avait beaucoup de charme, il était gentil, et en quelques semaines il s’est mis tout le monde dans la poche. Même Raoul, l’associé de monsieur Lucien, pourtant toujours très vigilant sur le recrutement du personnel, a accepté de suite Sabih comme employé. La règle normalement, c’est de ne pas tout mélanger : le travail, les amours… Remarquez, moi je travaille bien avec mes enfants.

— Et donc, avec ce jeune homme, Sabih, tout a été mélangé ?

— Totalement, ça n’a pas mis longtemps. Lucien l’a rencontré en janvier, Sabih s’est installé chez lui en avril-mai et en juillet il commençait à travailler au Kitsch. Moi, on ne m’a pas demandé mon avis. Vous savez, nous avons deux sociétés différentes et chacun gère ses affaires, du moment qu’on s’y retrouve. Mais je vous assure que personne n’a eu à le regretter. C’était un bel amour, qui faisait plaisir à voir. Lucien était heureux, il...