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Cruel magma
Frédéric Delalot
Cruel magma
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-2411-1 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-2410-3 (pour le livre imprimé)
Avertissement de léditeur
Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre. Déventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du traitement de louvrage, le texte en létat. Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com 5bis, rue de lAsile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com
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Jétais un des leurs, de ceux qui trimaient, sur les surfaces polies du service, malgré les répits, et un sort montant. Jétais le réceptacle de Jupiter, cet abondant donateur, en dépit des fluctuations nor-males, des racines de lexploitation. Dès lors, je ré-cupérais lamas marginal, de côté, virtuellement ac-cessible, par les terminaux des châteaux, et les pièces médianes. Aux abords creux du capitalisme sau-vage, des constantes ruées, je men tenais au visible, à ce quautrui pouvait croire. Surplombant, je préférais parfois les lucarnes, au-dessus des parasols rouges, des tablées du midi. Les gens mappelaient par un pseudonyme, plus souvent que par mon nom. Jappréciais cet ano-nymat, cet isolement discret, luxueux, quelques instants irrécupérables. La lutte inégale est finie, avec lampleur du râle de nos ennemis. La lumière des arènes fermées, au comble de laube, glorifie nos reflets, et lété, qui est nôtre, dans limmense histoire. Avec les traînes, le lustre des planchers, pour lancées symboliques, les enchaînements nous transportent, si près du courant, des roseaux, jusquà létang témoin. Une à une, les fenêtres du répit souvrent sur limposante étendue,
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et les fluctuations ralentissent, tant que nous sommes nomades. Sur un site, par une image légèrement décadente, je lève mon verre délixir aux moments perdus du siècle dernier, instantané dun passage convaincu, cerné déléments reculés. Un lustre vacillant éclai-rait une table sombre, un recoin cossu, dans lequel les plats de cène défilaient en dix fois, et où les livres sont écrits. La chemise ouverte, un collier blanc au-tour du cou, je trouve la sublime potion, les bande-roles festives. Dautant de rives irréelles, dune oda-lisque, surgissent latmosphère de croisière, un Per-san, hors des butins modernes. Nous étions servis. En deçà des pontons bondés, enneigés, des bulles confortables, imaginaires, nous aspiraient, calfeu-traient les issues, les tourbillons des clans, attisés par une époque usée. De toute façon, je navais plus dillusion particulière, concernant les exhibi-tions sociales, et ses tenants hypocrites, qui me pour-suivaient, de leur modèle tempéré, fiers dictateurs, sans toutefois me concerner totalement. Tellement de féroces inutilités sétaient abattues sur la joie. Je me sentais un peu las des combines, de la rumeur, des compétitions injustes. Il fallait se soustraire à ce carré de perturbateurs. Je sais que les manigances des uns, rotatives, nous négligent, veulent détruire notre liberté construite, ces lueurs apaisantes, disséminées au sein de nos antres. Doù provient donc cette sale habitude de saper léquilibre, et lheureuse alcôve ? Je métonne interminablement de ces cailloux, coulant dans locéan de la sérénité, de ces stratégies vouées à léchec. Les démonstrations, les prouesses, lin-vocation de la vengeance, en plus dune heure derreurs, appartiennent au présent. Nous sommes sa possession.
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Je prépare un instantané différent, à lopposé de ces angles sournois, soumis, un épisode en cent par-ties, avec ses vagues, sa lenteur, sa suite dindica-tions, démotions discrétionnaires. La résultante de mes virages me délivre, tout à coup, me rappelle dimmortelles inclinations.
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Lénervement gratuit, rancoeur aisée des ca-ractères agressifs, mobligeait à détourner mes promesses, en ces ballades accompagnées, ado-lescentes, où elle me montrait discrètement son appétit. Et dans ces pas dissimulés, clameurs des instincts, jétais impatient de lamener contre moi, au pied du soleil de Gosford, parce que les anciens pactes abusaient, en faisaient à leur guise, sans respect, ni émotion. Lherbe légère du flottement avait été oubliée, au profit dune affirmation de soi égocentrique, qui mécartait de cette alliance-là. Elle, plutôt, ne me demandait rien, sappliquait à vivre, dressée par le désir, et de vives énergies. Cétait un moment unique, très aérien, daf-fections réciproques, si parfaitement différent des après-midi haineux, de venin craché en pleine tête, de supériorité maladive, démontrée, exhibée comme une proie. Nous nous reverrions le lendemain, tou-jours attirés, chauds, partageant les mêmes escales psychiques, léternelle ivresse des villes, respirant le parfum insouciant des étreintes volées. Je fixais ses yeux et son corps, car nous nous excitions mutuel-lement, sans trop céder de terrain, mais en feignant
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la normalité, alors que tous nos attouchements arrachaient le plaisir à sa somnolence quotidienne. Elle sen allait, sallongeait, habitée par la fièvre de juin, qui la rendait assoiffée, entreprenante. De mon côté, je nattendais plus de réelle passion, ni de pulsion enflammée, manifeste, qui se dirigeraient vers le théâtre usuel de mes manies. Je ne sortais de cette étrange formule quavec le sexe ou lart. Mes mains traçaient des ronds sur sa peau, un peu partout, leffleuraient, la cherchaient. Elle ne me repoussait jamais, au contraire. Elle avait, semble-t-il, pris goût à ces rencontres charnelles. Elle sy défoulait, préfé-rait abandonner sa retenue précédente. Avec lenvie de la jeunesse, je ne sortais pas davantage de lima-gination. Cet événement, survenant, mencourageait à me soustraire, encore, aux grilles des contraintes. Une toile de mots submergeait la ville, tandis que les piécettes sentrechoquaient dans les gobelets des mendiants. La hargne des pylônes, la verve des gens, mêlées en une cause unificatrice dasservissement, entouraient mes pensées, et restaient loin, presque impalpables. Il y avait toujours ces petites rondes, insignifiantes, une pluie de plans nuls, qui ne conser-vaient aucune valeur. Jaurais bien plaqué toute cette mélasse. A ce moment, je me contentais de ne pas en faire cas, de vivre à part, en dehors des problèmes, de la danse des fourbes. Les autres, souvent, manquaient à lappel. Ils avaient détruit mes liens avec les conformes rela-tions, mindiquant la porte de lindépendance, de la suprématie intérieure. Tous les coups mavaient per-mis dêtre moi-même. Maintenant, cette histoire apparaît comme une minuscule image, perdue dans la tempête temporelle, si vide de substance. Je mactive à déverser un flot de phrases, et dencre, pour que la cité dorme. Les bâtiments, anesthésiés, ronflent daise, pendant lor
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