Cruel magma

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Cent courts chapitres, pour un résumé intime du siècle brumeux qui commence, tel est l’objet de “Cruel magma”. Le récit entraîne le lecteur dans un flot de séquences, empruntées au monde extérieur, aux mouvances des affections, et aux potentielles évolutions. Volontairement abscons, il est une sorte d’ouverture, une place libre d’être interprétée.
Publié le : dimanche 10 novembre 2002
Lecture(s) : 47
EAN13 : 9782748124101
Nombre de pages : 176
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Cruel magma
Frédéric Delalot
Cruel magma
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-2411-1 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-2410-3 (pour le livre imprimé)
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Jétais un des leurs, de ceux qui trimaient, sur les surfaces polies du service, malgré les répits, et un sort montant. Jétais le réceptacle de Jupiter, cet abondant donateur, en dépit des fluctuations nor-males, des racines de lexploitation. Dès lors, je ré-cupérais lamas marginal, de côté, virtuellement ac-cessible, par les terminaux des châteaux, et les pièces médianes. Aux abords creux du capitalisme sau-vage, des constantes ruées, je men tenais au visible, à ce quautrui pouvait croire. Surplombant, je préférais parfois les lucarnes, au-dessus des parasols rouges, des tablées du midi. Les gens mappelaient par un pseudonyme, plus souvent que par mon nom. Jappréciais cet ano-nymat, cet isolement discret, luxueux, quelques instants irrécupérables. La lutte inégale est finie, avec lampleur du râle de nos ennemis. La lumière des arènes fermées, au comble de laube, glorifie nos reflets, et lété, qui est nôtre, dans limmense histoire. Avec les traînes, le lustre des planchers, pour lancées symboliques, les enchaînements nous transportent, si près du courant, des roseaux, jusquà létang témoin. Une à une, les fenêtres du répit souvrent sur limposante étendue,
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et les fluctuations ralentissent, tant que nous sommes nomades. Sur un site, par une image légèrement décadente, je lève mon verre délixir aux moments perdus du siècle dernier, instantané dun passage convaincu, cerné déléments reculés. Un lustre vacillant éclai-rait une table sombre, un recoin cossu, dans lequel les plats de cène défilaient en dix fois, et où les livres sont écrits. La chemise ouverte, un collier blanc au-tour du cou, je trouve la sublime potion, les bande-roles festives. Dautant de rives irréelles, dune oda-lisque, surgissent latmosphère de croisière, un Per-san, hors des butins modernes. Nous étions servis. En deçà des pontons bondés, enneigés, des bulles confortables, imaginaires, nous aspiraient, calfeu-traient les issues, les tourbillons des clans, attisés par une époque usée. De toute façon, je navais plus dillusion particulière, concernant les exhibi-tions sociales, et ses tenants hypocrites, qui me pour-suivaient, de leur modèle tempéré, fiers dictateurs, sans toutefois me concerner totalement. Tellement de féroces inutilités sétaient abattues sur la joie. Je me sentais un peu las des combines, de la rumeur, des compétitions injustes. Il fallait se soustraire à ce carré de perturbateurs. Je sais que les manigances des uns, rotatives, nous négligent, veulent détruire notre liberté construite, ces lueurs apaisantes, disséminées au sein de nos antres. Doù provient donc cette sale habitude de saper léquilibre, et lheureuse alcôve ? Je métonne interminablement de ces cailloux, coulant dans locéan de la sérénité, de ces stratégies vouées à léchec. Les démonstrations, les prouesses, lin-vocation de la vengeance, en plus dune heure derreurs, appartiennent au présent. Nous sommes sa possession.
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Je prépare un instantané différent, à lopposé de ces angles sournois, soumis, un épisode en cent par-ties, avec ses vagues, sa lenteur, sa suite dindica-tions, démotions discrétionnaires. La résultante de mes virages me délivre, tout à coup, me rappelle dimmortelles inclinations.
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Lénervement gratuit, rancoeur aisée des ca-ractères agressifs, mobligeait à détourner mes promesses, en ces ballades accompagnées, ado-lescentes, où elle me montrait discrètement son appétit. Et dans ces pas dissimulés, clameurs des instincts, jétais impatient de lamener contre moi, au pied du soleil de Gosford, parce que les anciens pactes abusaient, en faisaient à leur guise, sans respect, ni émotion. Lherbe légère du flottement avait été oubliée, au profit dune affirmation de soi égocentrique, qui mécartait de cette alliance-là. Elle, plutôt, ne me demandait rien, sappliquait à vivre, dressée par le désir, et de vives énergies. Cétait un moment unique, très aérien, daf-fections réciproques, si parfaitement différent des après-midi haineux, de venin craché en pleine tête, de supériorité maladive, démontrée, exhibée comme une proie. Nous nous reverrions le lendemain, tou-jours attirés, chauds, partageant les mêmes escales psychiques, léternelle ivresse des villes, respirant le parfum insouciant des étreintes volées. Je fixais ses yeux et son corps, car nous nous excitions mutuel-lement, sans trop céder de terrain, mais en feignant
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la normalité, alors que tous nos attouchements arrachaient le plaisir à sa somnolence quotidienne. Elle sen allait, sallongeait, habitée par la fièvre de juin, qui la rendait assoiffée, entreprenante. De mon côté, je nattendais plus de réelle passion, ni de pulsion enflammée, manifeste, qui se dirigeraient vers le théâtre usuel de mes manies. Je ne sortais de cette étrange formule quavec le sexe ou lart. Mes mains traçaient des ronds sur sa peau, un peu partout, leffleuraient, la cherchaient. Elle ne me repoussait jamais, au contraire. Elle avait, semble-t-il, pris goût à ces rencontres charnelles. Elle sy défoulait, préfé-rait abandonner sa retenue précédente. Avec lenvie de la jeunesse, je ne sortais pas davantage de lima-gination. Cet événement, survenant, mencourageait à me soustraire, encore, aux grilles des contraintes. Une toile de mots submergeait la ville, tandis que les piécettes sentrechoquaient dans les gobelets des mendiants. La hargne des pylônes, la verve des gens, mêlées en une cause unificatrice dasservissement, entouraient mes pensées, et restaient loin, presque impalpables. Il y avait toujours ces petites rondes, insignifiantes, une pluie de plans nuls, qui ne conser-vaient aucune valeur. Jaurais bien plaqué toute cette mélasse. A ce moment, je me contentais de ne pas en faire cas, de vivre à part, en dehors des problèmes, de la danse des fourbes. Les autres, souvent, manquaient à lappel. Ils avaient détruit mes liens avec les conformes rela-tions, mindiquant la porte de lindépendance, de la suprématie intérieure. Tous les coups mavaient per-mis dêtre moi-même. Maintenant, cette histoire apparaît comme une minuscule image, perdue dans la tempête temporelle, si vide de substance. Je mactive à déverser un flot de phrases, et dencre, pour que la cité dorme. Les bâtiments, anesthésiés, ronflent daise, pendant lor
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