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D'Îles en Elles

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Avide d’aventures, Franck, 30 ans, veut prendre sa vie en main et y mettre de l’action. Et il va être servi.
En partant à la Réunion, il pense aller passer de simples vacances au milieu de contrées paradisiaques. 
De mystérieux messages d’une provenance inconnue en décideront autrement… Ses recherches de l’âme sœur vont être perturbées par une bande d’escrocs bien organisés, et bien malin qui pourra dire qui est le chasseur et qui est le chassé…
Le décryptage d’impénétrables énigmes va-t-il être plus simple que celui de la psychologie féminine ?
La quête de réponses mènera jusqu’en Islande, entre volcans mystiques et paysages fantastiques.
Venez vous perdre avec Franck pour découvrir s’il se sortira de ce tourbillon infernal !
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Franck Zeud D'Îles en Elles
© Franck Zeud, 2017
ISBN numérique : 979-10-262-1081-8
Courriel : contact@librinova.com
Internet :www.librinova.com
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Chapitre 1 : énigmes sur l’île
Franck — Au-dessus de l’Egypte, samedi 21 juillet 2012
J’étais fou. Fou amoureux. Et bien décidé à la conq uérir coûte que coûte… C’était pourquoi je me trouvais en cette nuit du début de l ’été dans un avion en direction de la Réunion, où m’attendait l’hiver avec toutefois des températures particulièrement clémentes. Depuis la commémoration des dix ans des attentats du 11 septembre 2001, j’étais assez réticent à prendre l’avion, mais j’av ais finalement franchi le pas. Heureusement, de nombreux films catastrophe étaient à disposition dans le long courrier pour m’aider à me détendre. Je les évitais d’ailleu rs soigneusement, préférant regarder les dernières comédies de l’été, plus ou moins réus sies, et revoir une fois de plus quelques épisodes de la sérieFriends. Chandler me faisait toujours autant rire, mais je réalisais une fois de plus que pour séduire, il fallait un humour auquel les femmes soient sensibles.
Au petit matin, après une courte nuit entrecoupée de ces vidéos, je l’écartais de mes pensées et me concentrai sur les vacances qui m’attendaient. Un coup d’œil à travers le hublot me fit d’ailleurs oublier tout ce à quoi je pouvais penser. Avec la lumière du soleil levant, l’île était splendide vue du ciel, et je pouvais repérer sans peine les trois cirques et voir au loin le piton de la Fournaise. Mon impatien ce grandissait. J’étais prêt à en découdre et à me dégourdir enfin les jambes, ankylosées après onze heures de vol.
Quelques rangées devant moi, je voyais mon ami Pierre qui semblait ne plus tenir en place lui non plus, et les dernières minutes nous semblaient durer une éternité. La fin du survol de l’océan était fascinante, la piste n’étant qu’à quelques encablures de la rive, et l’avion finit par atterrir sans encombre. Sitôt posés, nous nous précipitâmes pour récupérer nos bagages. Mon sac à dos arriva presque immédiatement, celui de mon compagnon se faisait attendre, et nous vîmes partir le reste des passagers. Dégoûtés de notre infortune, il a fallu alors nous rendre à l’évidence, nous ne verrions jamais apparaître son sac rouge sur le tap is roulant. Après une longue attente pour savoir ce qu’il en était, Pierre me dit de par tir sans lui afin de ne pas perdre cette première journée, notre timing étant assez serré. H ésitant, je finissais par céder devant son insistance, et me mettais en route pour retrouv er nos hôtes. Ne connaissant aucun insulaire, nous nous étions mis en quête de personn es accueillantes pour nous recevoir, préférant la compagnie de locaux pouvant nous servi r de guides au tourisme classique des complexes hôteliers. Ce fut ainsi que je fis la connaissance de Céline et Sylvain, un jeune couple d’expatriés depuis deux ans, et songeant sérieusement à passer le reste de leur vie sur l’île. En ce début de séjour, ils ne p ouvaient pas nous accompagner, mais devaient nous aider grandement en hébergeant une partie de nos affaires. Evidemment, la quantité de bagages était moins importante que prév ue, le reste étant probablement en train de voyager entre Shanghai et Rio de Janeiro… Céline fut d’ailleurs très perspicace à ce sujet :
« Tu es seul ? Ton copain a loupé l’avion ? Tu vas faire quoi en l’attendant ? Tu viens déjeuner avec nous ? » D’abord décontenancé par l’avalanche de questions, je suis parvenu à leur expliquer la situation. Sylvain contacta ses connaissances travaillant à l’aéroport, ce qui ne pouvait nuire, et me proposa de m’amener au point de départ de ma randonnée, ce que j’acceptais avec plaisir, me félicitant intérieurement d’avoir fait le bon choix d’hôtes.
***
Malheureusement, je n’avais pas le temps de faire plus ample connaissance, voulant arriver au premier refuge avant la nuit. Je fis donc mon sac rapidement, emportant le strict nécessaire en plus des indispensables bouteilles d’eau, et de l’appareil photo bien sûr.
Sylvain m’amena donc au sommet du Maïdo, à quelques 2 200 mètres d’altitude. Par chance à cette heure tardive, le ciel était bleu, et la vue la plus extraordinaire qu’il m’ait été donné de contempler. Même si j’étais impatient de découvrir le reste du cirque de Mafate, je serais bien resté admirer ces paysages semblant sortir tout droit de l’imaginaire d’un auteur de contes fantastiques.
Au moment de commencer la descente, j’eus des nouve lles de Pierre, qui avait retrouvé sa valise. Enfin, il savait désormais où e lle était, ce qui constituait déjà un progrès, et le hasard fit tout de même bien les cho ses, puisqu’elle se trouvait à Madagascar. Il réussit donc à faire en sorte de la récupérer dès le soir même, afin de me rejoindre le lendemain à la Nouvelle, lieu du deuxième refuge de notre circuit.
Rassuré, j’entamais seul mais serein mon périple, dévalant le chemin pour rattraper le temps perdu, mais non sans admirer les panoramas qui s’offraient à moi. Au bout de trois heures de descente ininterrompue, l’usure de mes genoux n’avait d’égale que celle du bouton de mon appareil photo. Je profitais d’être au fond de la vallée pour me rafraîchir au bord de la rivière. Savourant la beauté du site, je relativisais avec aisance les soucis du quotidien, et me suis promis de repenser à des inst ants tels que celui-ci dès que des difficultés apparaîtraient dans la vie de tous les jours. À ce moment précis, peu m’importait d’avoir été rejeté une fois de plus, je n’aspirais qu’à profiter de cet endroit magique.
Les rêvasseries terminées, il m'a fallu rapidement reprendre la route, je n’avais pas l’intention d’arriver au refuge dans l’obscurité. A près avoir tant descendu, la fin du parcours de la journée en montée a paru paradoxalement reposante, mais je suis arrivé à destination content de pouvoir m’étendre. J'ai rapi dement constaté que toutes les personnes présentes étaient des Métropolitains comm e moi. Les locaux bougaient beaucoup moins, à l’image des nombreux Parisiens n’ayant jamais entrepris l'ascension la Tour Eiffel… Mais j'étais tout de même surpris d’ap prendre que certains habitants de Mafate, qui compte quelques centaines d’âmes, n’ava ient jamais vu la mer ! Bien sûr, chacun pouvait vivre comme il l’entendait, mais j’étais trop avide de découvertes pour ne pas explorer les merveilles qui nous entouraient, de près ou de loin. Lors du dîner, j'ai fait connaissance avec une peti te bande de Lyonnais, qui s’interrogeaient en me voyant arriver seul avant que je leur raconte nos petites péripéties. Présents depuis dix jours sur l’île, ils purent me conseiller quelques coins que je n’avais pas prévus de visiter. Je sympathisais donc rapidem ent avec ce groupe de cinq célibataires – trois jeunes femmes et deux jeunes h ommes – avant que quelque chose d’étrange ne se produisit.
***
En sortant de table, Julie m’aborda en se séparant du groupe quelques instants et me remit une enveloppe. Petite, blonde, elle n’était pas forcément la plus jolie du groupe mais elle aurait pu me plaire si mes pensées n’avai ent pas été ailleurs… Je trouvais particulier cette façon de procéder, d’autant qu’elle ne m’avait pas l’air du tout timide et
que je ne voyais pas comment il était possible qu’elle ait eu le temps de m’écrire ce mot. Légèrement à l’écart, j’ouvris donc l’enveloppe et ma surprise grandit lors je lus le texte: « SECCUDJ JHEKLUI-JK CUI SEFYDUI ? »
Cette succession de lettres était suivie de l’explication suivante : « Si tu ne trouves rien à dire pour ta défense, prends quelqu’un qui le fera à ta place ».
J’en restais coi, interloqué par tant d’absurdité, et en concluais qu’il devait s’agir d’une erreur de destinataire, d’enveloppe ou d’espace temporel. Après un certain temps, dont je ne saurais définir la durée, je repris mes esprits et décidai d’aller voir Julie pour lui demander de quoi il retournait.
Elle était alors pleine partie de tarot et en plein e réflexion pour essayer de mener à bien son contrat. Connaissant la difficulté de joindre les trois bouts, je restais tout d’abord spectateur et examinais la façon de jouer de mes no uveaux amis. À la fin de la donne, Jérôme se leva et me laissa sa place. Voulant respe cter la discrétion dont Julie avait fait preuve auparavant, je me joignis donc à la partie, avec mes pensées ailleurs mais parvenant progressivement à me concentrer de plus en plus. En face, Julie était quant à elle imperturbable, déterminée à gagner quels que soient les adversaires. Les explications seraient donc pour plus tard… J’espérais avoir l’oc casion d’isoler Julie avant que nous n’allions nous coucher. Après quelques donnes de pl us, l’heure d’aller rejoindre nos dortoirs approchait, une longue journée de marche nous attendant pour le lendemain. Au moment où Julie commençait à ranger les cartes, je saisis ma chance et en fis volontairement tomber quelques-unes, afin que les a utres joueurs aient le temps de s’éclipser pendant que je les ramassais.
En prenant tant de précaution à propos d’un message dont j’ignorais encore à peu près tout, j’avais l’impression d’être un espion do nt la mission était secrète même pour lui…
J’approchai finalement Julie : « Tu peux m’expliquer ?
— Je ne sais rien de plus, on m’a demandé de te remettre cette enveloppe…
— Ce n’est pas de toi ?
— Non bien sûr, comment aurais-je pu l’écrire ? D’ailleurs tu vois bien, ce n’est pas écrit à la main, j’aurais eu du mal à trouver un ordinateur et une imprimante ici !
— C’est vrai… Tu es sûre que c’est pour moi ? — Regarde ce qui est écrit dessus ! — Franck Z., Grand-Place, Mafate, La Réunion. Ça semble probable effectivement… Mais qui t’a donné cette lettre ?
— Je ne sais pas, j’ai juste accepté de rendre un service ! Elle dit quoi cette lettre ? — Je ne sais pas… Un message codé et une énigme… Je vais aller y réfléchir, merci quand même pour ton aide, bonne nuit ! — Attends, tu m’intrigues maintenant, je veux savoir aussi ! » Nous nous installâmes à nouveau à la table de jeu e t j’ouvris l’enveloppe contenant cette lettre étrange. Julie lut le message sans rie n comprendre de plus que moi évidemment, puis lasignatureà haute voix. L’énigme m’apparut alors très claire, et je
n’eus pas le temps d’expliquer, nous nous exclamâmes d’un même souffle. « Avocat ! » Si l’énigme était si facile, le message ne devait p as être compliqué à déchiffrer, et effectivement en quelques minutes, j’avais la solution en tête, tandis que Julie se creusait encore les méninges et me jetait des regards interrogatifs. Je finis par lui exposer le code : « Avocat => A vaut K… Il suffit de remplacer les lettres
— Ah oui c’est facile, mais comment as-tu fait si vite ?
— L’habitude, sans doute », répondis-je en me prenant à nouveau pour un espion en herbe.
Toujours était-il que si le message était décodé, sa raison d’être était toujours aussi obscure, et Julie était tout aussi stupéfaite que moi… La nuit portant conseil, nous décidâmes d’aller enf in dormir et d’en reparler le lendemain.
***
Evidemment, je ne pouvais m’empêcher d’y penser dan s mon lit, mais les efforts consentis pendant la journée me permirent d’échapper à l’insomnie. Au réveil, le mystère restait entier, et un rapide échange de regards au petit-déjeuner avec Julie nous apprit mutuellement que nous n’avions tous les deux pas la moindre idée sur l’objectif du message. Il me tardait d’en parler avec Pierre, que nous devions retrouver à la fin de cette deuxième journée de marche.
Au cours de la randonnée, Julie et moi échangions d e plus en plus, sur le sujet qui nous avait réunis mais aussi sur les joies et tourments de nos vies respectives. Le simple fait de partager un secret que nous ne comprenions pas nous-même avait créé une certaine complicité. Nous en sommes venus à nous ra conter nos vies amoureuses, compliquées bien sûr, mais en existait-il qui ne l’étaient jamais ? Le contenu du message nous est revenu à l’esprit te l un boomerang, et Julie m'a rejoint dans ma complète circonspection.
« Tu crois que le message parle vraiment de mes cop ines ? Comment est-ce possible ?, me demanda Julie. — Je n’en ai aucune idée, c’est complètement farfel u… Et pour le moins improbable ! Qui pourrait connaître tes copines et Félicie ? — Félicie ? Quel rapport ? — L’auteur de ce message veut m’éloigner d’elle, je ne vois pas d’autre explication… — Oui peut-être… Mais ça ne tient pas debout cette histoire ! — C’est peut-être le fait d’avoir la tête en bas en étant dans l’hémisphère sud… »
Julie esquissa un sourire, mais ma tentative d’humour ne valait vraiment pas mieux. « Et sinon pour répondre à la question… Que penses-tu de mes copines ? — Pas grand-chose, je ne parle qu’à toi depuis hier soir ! Mais j’avoue que je les trouve plutôt jolies… — Plus que moi ? » Malgré mon manque d’expérience et ma maladresse lég endaires avec les femmes, je savais qu’il ne fallait pas répondre à ce genre de questions-pièges, et je changeais rapidement de sujet. Nous arrivions au-devant d’un panorama magnifique que des paroles futiles auraient ruiné. Je préférais ainsi l’usage de mes yeux à celui de ma langue pour contempler les parois du cirque qui nous entouraient, offrant simultanément une sensation d’emprisonnement et de liberté. Mer et montagne, ch aud et froid, eau et feu, métropolitains et Réunionnais, l’île ne manque pas de duplicités qui en font la richesse !
Nous profitâmes de la vue pour pique-niquer et je f us sauvé par le gong de la poursuite des questions indiscrètes de Julie. Ce fut Mathieu qui prit la suite, sur un sujet nettement moins personnel : « Tu penses que le QSG va enfin être champion cette année ?
— Et que l’Espagne va continuer sa domination au Br ésil en 2014 ? », a renchéri Xavier. Même en vacances à 10 000 kilomètres de Paris, le f oot me poursuivait… Malgré moi, je savais que l’Espagne dominait le football m ondial et avait gagné les trois derniers titres internationaux, et je connaissais les blague s récurrentes sur le nouveau PSG, racheté par un prince du Qatar, devenu émir quelques mois plus tard. La dernière fois que j’avais vu un match remontait en revanche à très lo ngtemps, et j’aspirais à d’autres discussions que celles que j’avais avec mes collègues, et coupai donc court à celle-ci en prétendant être complètement ignare. « Oh vous savez, moi le foot, je ne suis vraiment pas spécialiste, mais j’ai assisté par hasard aux célébrations des Montpelliérains place de la Comédie… » J’avais visé juste en supposant qu’aucun d’eux n’était supporter de Montpellier.
« OK, parlons tennis alors. Quand penses-tu que Nadal va revenir ? »
Là, ça m’intéressait plus, et nous parlâmes pendant un moment de l’élimination surprise de Nadal à Wimbledon et de sa blessure, du dernier record arraché à Sampras par Federer de retour au sommet, du titre manqué à Londres par Murray, qui serait très certainement revanchard lors des Jeux Olympiques sur le même court, et de l’inexorable montée en puissance de Djokovic depuis près de deux ans… Mais cela ne m’empêchait pas de penser à nouveau au sens caché du message délivré la veille, et je fis comprendre à Julie d’un regard que je souhaitais continuer not re conversation lorsque nous reprendrions notre marche.