De là, on voit Alger

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Un groupe de nouveaux riches algériens entreprend une expédition vers le grand sud, dans la région du Hoggar. Cette promenade tourne mal : Hocine, un bandit, les prend en otage. Sous les menaces, chacun est soumis à un interrogatoire. Au fil des pages, on découvre leurs circuits et les réseaux qui leur ont permis de s’enrichir. Le roman dévoile aussi des anecdotes, des coutumes et des traditions de l’Algérie profonde, le tout avec humour et rebondissements.


Publié le : jeudi 29 octobre 2015
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EAN13 : 9782334017558
Nombre de pages : 116
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-01753-4

 

© Edilivre, 2015

Du même auteur

Du même auteur :

– Structures commerciales et dynamique urbaine en Algérie 2011.

– Monographie des Aurès-Nemamcha (2013).

– L’enfant des Aurès roman (2014).

Dédicace

 

 

A mes parents, à mes enfants.

A mes frères et sœurs.

A mes amis(es) vivants(es) et disparus(es).

 

 

A la mémoire des enfants d’Algérie qui ont donné leur vie pour qu’elle reste debout.

Aux algériens qui refusent de s’enrichir par la corruption.

 

 

Merci à M. Hugues Puel.

 

 

Pour accuser certains de nos responsables de corruption, il nous faut des preuves. L’Algérie dispose d’une réserve de 200 milliards de dollars. Plus de la moitié de son peuple vit sous le seuil de pauvreté. C’est cela ma preuve.

Djilali Hadjdj :
médecin, écrivain, journaliste.

L’expédition du grand sud

Sous son apparence modeste, Farid cache un caractère de feu et pour ses connaissances, il est un grand affairiste. Ses amis savent par cœur ses faits et gestes, ses cris et ses joies. Quand il conclut une affaire, il termine toujours en plaquant un bisou à son téléphone portable. Ses amis l’appellent le turbo.

Farid a maintenant quarante-cinq ans et il est toujours célibataire. Déjà ses aventures féminines sont des casses têtes. Pour lui avoir une épouse doit être encore pire ! Il possède une demeure luxueuse sur les hauteurs d’Alger et quatre appartements, tous bien décorés, mais vides : deux à Alger, un à Oran et un à Annaba. Il projette d’en acheter un autre au sud, mais il n’a pas encore choisi la ville. Son parc de voitures est impressionnant avec sa vingtaine de véhicules toutes marques. Il a l’esprit de famille : sa mère, une veuve, est tout pour lui. Il aime aussi son unique sœur, mais, il déteste son beau-frère.

Pour Farid, tout se vend, tout s’achète. Aucune porte ne doit se fermer devant lui ; il gère les affaires de grandes personnalités. Sa philosophie est semblable à celle des marchands d’armes capables de provoquer une guerre pour vendre.

Pour beaucoup, il est devenu une relation précieuse. Il impressionne les gens, il lui arrive d’avoir des élans de générosité inattendus, comme le jour où il achète un appartement à la femme de l’un de ses chauffeurs, mort dans un accident de circulation.

Chaque matin, Farid prend son café à la terrasse de Tonton-ville, un café d’artistes au cœur d’Alger. A partir de là, il coordonne tout, y compris le paiement des commissions. Un jour il accompagne dans le Sud algérien une famille princière d’un pays du Golfe composée d’une cinquantaine de personnes, pour y chasser ce qui reste d’outardes et de gazelles.

Tombé amoureux du désert, Farid songe à se lancer dans le tourisme saharien.

Un vendredi, il organise chez lui un grand méchoui pour ses amis :

– Chers amis, 2010 a été une année bénéfique pour nos affaires. Je vous propose un voyage dans le fond du Sahara, pour découvrir toute la région du Hoggar, déclare-t-il d’une voix chaude, un verre de cocktail de fruit à la main. Tous ses amis présents sont ravis et enthousiasmés à l’idée de vivre une belle aventure.

Après quelques jours, le rendez-vous est fixé devant la villa de Farid, un certain jeudi vers cinq heures du matin. Les trois grosses voitures tout terrain qui appartiennent à Farid sont déjà là et attendent l’arrivée de ses amis.

Participent à ce voyage :

Homa, visage basané autour de la quarantaine, porte une montre de luxe et des lunettes de marque. Industriel, il possède une unité de production en agro-alimentaire et une chaine de papeteries. Ses activités occupent une place importante sur le marché national. Il exhibe son passeport et se tournant vers ses amis, il part d’un grand éclat de rire :

– Je voyage tellement que le dernier policier des frontières qui m’a contrôlé ne trouvait pas un endroit vide pour appliquer son tampon !

Ambitieux, Homa veut planifier la vie de ses enfants. Ses trois filles deviendront cadres et son fils unique deviendra son assistant. Mais, son aînée a déjà déçu ses espoirs. Elle veut épouser un ami d’université, un gars issu d’une famille pauvre du fond de la Kabylie. Ce qui l’énerve pardessus tout c’est la détermination de sa fille à vouloir se marier. Il ne réussit pas à changer sa décision, bien qu’il lui ait proposé de poursuivre ses études à l’étranger et en lui obtenant un visa.

Après son échec au baccalauréat, son fils a quitté le lycée, mais il est doué pour les affaires. Homa le charge de la supervision de la gestion des unités de production et du réseau de distribution à travers le pays.

Possédant ses propres affaires, sa femme gère un salon de soins et de remise en forme très fréquenté qui occupe tout son temps. Son mari lui reproche souvent de négliger son rôle d’épouse, notamment durant ses voyages à l’étranger.

Ses unités de productions, c’est un peu sa maison. Il ne se passe pas un jour sans qu’il pique une crise de nerfs contre ses employés. Il exhibe alors une boîte de médicaments, avale un cachet et se tourne vers eux pour dire :

– Un jour ces incapables auront ma peau.

Homa dépense sans retenue dans les fêtes. Il aime que l’on parle de lui. Il se plaint que ses beaux-parents abusent de sa générosité. Dès qu’il envisage un voyage à l’étranger ils lui établissent une liste de choses à ramener qui va de pendentifs en or à des plaquettes de chocolat suisse. Homa ne cache jamais son enthousiasme quand il ramène un beau cadeau pour sa maîtresse. Pour elle, il fait des acrobaties pour la voir et invente des tas de prétextes pour passer la soirée avec elle. Sa maîtresse n’est autre que la cousine de sa femme, une belle divorcée sans enfants.

Ali, ancien maire de Bab El-Oued, est un homme de grande taille à la barbe imposante. Les habitants suspectent sa richesse, acquise au cours de son unique mandat. Ancien fan de musique châabi et de l’équipe de foot, le Mouloudia d’Alger, il est devenu un islamiste convaincu. Il est aujourd’hui à la tête d’une association de construction de mosquées, son cinquième voyage à la Mecque remonte à l’année précédente.

Pour Ali, les fréquents voyages à la Mecque relèvent moins du spirituel que du business. A son retour, sa clientèle se précipite pour récupérer ses bijoux.

– L’or devient de plus en plus cher et la douane saoudienne est de plus en plus vigilante, leur dit-il d’un air plaintif.

Malgré ses compétences, sa famille et sa brillante carrière universitaire Saad, l’architecte, se trouve sans appui depuis la mort de son père emporté par un cancer. Il compte beaucoup sur le réseau de Farid pour se lancer dans les affaires. Farid l’a mis dans le coup d’un grand projet immobilier. Il le pousse à y croire et à garder patience.

Saad refuse de passer par les classiques appels d’offre des autorités administratives. Il compte sur Farid pour lui procurer des affaires lui permettant de sortir de sa misère.

Samir, militaire, de formation scolaire modeste, parvenu au grade de capitaine, est connu pour son tempérament provocateur, ce qui lui a valu une rétrogradation par décision judiciaire. Il est marié à deux femmes, la première habite chez ses parents à Tébessa et la plus jeune à Alger. Arrivé en fin de carrière militaire, il se rapproche de Farid pour tenter de lui arracher quelques commissions, afin d’avoir sa part de la rente. Samir mise gros sur ce voyage, car à son retour il compte obtenir de Farid un prêt pour créer une unité de production de parpaing. Samir veut monter ce projet dans sa région natale, afin que les siens et les habitants de son village constatent sa réussite.

D’une soixantaine d’années, Fatima est une amie de la mère de Farid qui, elle aussi, fait partie du voyage. Elle a assisté à sa naissance et elle est restée très proche de la famille. Farid l’appelle « Mani » (qui veut dire en algérois grand-mère). Souvent, il dit à ses proches amis :

– J’ai peur que Mani me fasse des reproches.

A Fatima, cuisinière réputée, aucune fête de Farid ne lui échappe. Elle n’a pas eu d’enfants, mais elle est la maman de tout le quartier. Elle est très respectée, surtout depuis qu’elle a adopté deux petites orphelines : Fouzia et Anissa. Aujourd’hui, devenues des jeunes filles, elles sont toujours collées à leur mère adoptive. Pour que cette belle aventure soit réussie, il faut forcement que Fatima et ses deux filles soient du voyage.

Il y aura aussi Abdallah, Slimane : les deux chauffeurs.

*
*       *

Accompagné de Homa et d’Ali, Farid a choisi de conduire lui-même la voiture. Il a demandé à ses coéquipiers d’animer la conversation, mais sans aborder les sujets qui fâchent. Il veut rendre cette sortie agréable. Homa connait bien les thèmes qui amusent Farid : il commence à lui parler de ses aventures avec les femmes et de ses exploits dans les affaires. Farid rigole, il ne fait pas trop attention aux dos d’ânes à l’entrée de chaque agglomération.

La seconde voiture est conduite par Slimane, un chauffeur calme, très concentré sur la route. Avec Samir et Saad, l’architecte a déjà baptisé leur véhicule comme la voiture des 3 S.

On a déjà roulé presque trois cent kilomètres, et on arrive au premier arrêt. Avec une distance d’In Salah de 1300 km, par rapport à Alger, une première halte s’impose.

Farid serre à droite, descend et se dirige vers les autres voitures déjà en stationnement. Il informe tout le monde qu’ils vont manger chez son ami, le grand notable de la ville : Si Ahmed.

Farid s’adresse à tout le monde d’une voix pleine d’assurance :

– Si Ahmed est un homme généreux mais il a la fâcheuse habitude de monopoliser la parole : il va vous parler de sa ville, de son histoire et les caractéristiques de sa grande tribu. Je vous demande d’avoir du respect pour lui, conclut Farid.

Arrivés devant la grande demeure de Si Ahmed, l’accueil a été à la hauteur de la réputation et de la générosité des habitants du sud. Le grand salon avec des tapis et des matelas sous forme de U nous reçoit. Une dizaine de ventilateurs suspendus au plafond rafraichissent agréablement l’endroit. A la place centrale se trouve le grand fauteuil où vont s’assoir Farid et Si Ahmed.

Des jeunes en majorité habillés en gandouras et sandales bougent dans tous les sens pour veiller au bon déroulement de cette réception. Farid fait rire tout le monde quand il demande à Si Ahmed s’il se souvient des prénoms de ses 24 enfants ! Ce dernier répond avec humour :

– Souvent, j’oublie même les prénoms de mes trois femmes.

La cérémonie commence par un rituel du sud, il s’agit de se laver les mains, des pichets en cuivre sont tenus par de jeunes serveurs qui s’approchent de chaque invité, leur tendent un morceau de savon, puis leur versent de l’eau tiède et leur remettent une serviette pour s’essuyer les mains : acte de propreté et signe de bienvenue.

Les hôtes se répartissent autour des cinq méchouis de viande de moutons cuits avec le bois de cèdre ramené exprès de la région des Aurès ce qui lui donne un goût succulent. Si Ahmed invite un vieux Taleb à bénir cette nourriture et ces retrouvailles en récitant quelques versets du coran, puis il convie ses invités à commencer à manger.

Un silence complet règne dans la grande salle, avec en bruit de fond, les gémissements des ventilateurs. Tout le monde savoure ce délicieux repas qui se mange à la main. Au bout d’un moment, Farid demande des nouvelles de Mani et ses filles et leur état de fatigue, Si Ahmed le rassure.

A la fin du repas, avec la séance du thé, les langues se libèrent. Farid évite de parler affaires et il veut juste savoir si tout va bien du côté de Si Ahmed. Ce dernier effectue, comme prévu, une plaidoirie sur ses racines et sa tribu nomade qui occupe un quart de la superficie du pays. Il évoque son grand père qui refusait de se soumettre aux lois des colons qui voulaient à l’époque contrôler le mouvement des nomades. Farid voyant que le discours était interminable lui chuchote poliment quelques mots à l’oreille. Si Ahmed s’arrête de parler et appelle son fils d’un signe de main en souriant, car son prénom s’échappe de sa mémoire. Il l’invite à aller chercher Fatima et ses filles. L’heure de se préparer pour le départ approche.

Il y aura une relève de chauffeurs, ce sont deux anciens nomades qui connaissent bien le Sahara qui vont remplacer Abdallah et Slimane. Si Ahmed fait rire tout le monde quand il dit :

– Les chauffeurs venus d’Alger, votre terminus est chez moi ! C’est à mes hommes d’affronter le désert, vous, les citadins, vous êtes trop fragiles pour cela.

Le départ est mouvementé. Les voitures sont chargées et approvisionnées d’eau fraiche. Farid a pris trois bouteilles pour les femmes et il demande au nouveau chauffeur de veiller sur elles.

La route est longue et tout le monde apprécie la nature sauvage de la région. Au Sahara, quand la nuit tombe, apparaissent les premiers signes de la fin du jour. La température chute brusquement et descend à zéro. Farid s’arrête et demande à un de ses chauffeurs de choisir un lieu pour passer la nuit à la belle étoile. L’expérience enchante le groupe.

Quelques kilomètres plus loin, les voitures stationnent en cercle. On allume deux feux de camp et le...

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