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De la téranga pour Modou

De
283 pages
Ouvrage des Editions Salamata coédité par NENA.

Adji - dit Modou - je pense que tu dois avoir raison. Les affaires ne marchent plus pour nous autres marchands. Le travail de la terre non plus à cause des cycles de sécheresse qui se succèdent. Le prix de l'arachide à son tour a baissé vertigineusement. Il va falloir se résigner à partir à l'aventure comme tout le monde. Cela fait plus de dix ans que je trimbale ma pacotille en ville de marché en marché, de rue en rue. Tout périclite. Je partirai.
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Extrait
Le Commandant Cau
De mémoire de Cayorien, on n’avait jamais vu une telle sécheresse. Njoloor répandait une chaleur torride dans tout le pays. Chaque jour le ciel, où étincelait un soleil d’argent infernal, était chauffé à blanc. Les marigots étaient asséchés. Les puits taris. Pas le moindre épi dans les greniers, ni la moindre touffe d’herbe dans les champs. Béate, la volaille assoiffée tendait un large bec ouvert et frémissant. C’était les bovins qui étaient les plus frappés. Vautrés sous les arbres effeuillés, les rares survivants de l’hécatombe ruminaient une herbe imaginaire, en attendant une mort prochaine. Les sorciers et les marabouts eurent beau en appeler aux esprits et à Dieu, rien ne vint. Le bawnaan des femmes demeurait vain. Les enfants avaient chassé les margouillats, les avaient tués et étendus, le ventre en l’air, sur des termitières. Cela attirait la pluie, d’après la croyance des Cayoriens. Toujours rien ne vint. Pas la moindre goutte de pluie. La vie allait-elle s’arrêter ? Quel péché avaient donc commis les badolos du Cayor, du Baol, du Jambour et du Djolof pour mériter une telle souffrance ? Leurs mères n’avaient-elles pas été des modèles d’épouse ? Etait-ce encore les feux du ciel qui s’abattaient sur le pays du mil et de l’arachide, comme jadis sur Sodome et Gomorrhe ? Les villages étaient déserts. Les jeunes partaient à l’aventure vers l’Europe ou vers l’Amérique. Ceux qui ne pouvaient pas aller à l’étranger, déambulaient dans Ndakarou, lourdement chargés de camelote ou de fripe. Qu’ils viennent du Cayor ou du Baol, on les surnommait tous « Baol-baol » Et ces marchands à la sauvette, sont de redoutables concurrents qui troublent le sommeil des Narou Beyrouth et même des simples marchands Peulh Fouta. Ils sont devenus les parents à plaisanterie de tout le monde. — Je reconnais le Baol-baol, dit un jour un Peulh Fouta hilare, s’adressant à l’un d’eux : « le Baol-baol » est un courtaud noir, vilain, vêtu d’un vieux sabador en haillons et aux poches pleines de billets de banques. — Moi aussi je reconnais bien le Peulh Fouta, répliqua le Baol-baol, le Peulh Fouta est de teint clair, voleur, avec une dent cassée. Depuis deux ans Modou Diop, un courtaud noir du Cayor, vendait à la sauvette de la fripe au marché de Colobane. Il avait fini par déserter son village natal, devenu pour lui un enfer. Autrefois Thilmakha Mbackol était un point de traite florissant. Chaque fois que Modou se souvenait de cette époque, il enrageait et maugréait. Thilmakha était la capitale du Mbackol, une province de l’ancien royaume du Cayor. Les batailles les plus mémorables de la résistance africaine contre la pénétration coloniale, se déroulèrent dans cette contrée. La résistance cayorienne dura trente ans. Pourtant les guerriers cayoriens n’avaient que leur courage et n’étaient sortis d’aucune académie militaire. Les colonialistes eux venaient de Saint Cyr, de Polytechnique, de Saint Maixant. N’empêche, le colonel Pinet Laprade fut tué à la bataille de Paos Koto et le Capitaine Loran à la bataille de Ngol-ngol. À la bataille de Mekhé, le Capitaine Canard, les sous- lieutenants Couloumy, Bancal et Faidherbe détalèrent comme des lièvres jusqu’à St-Louis.
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