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Débarrassés du bonheur

De
200 pages
Mundi, Servanne et Sandro, les trois personnages de ce roman, pressentent que le bonheur est illusoire. Leurs destins vont se croiser et les éloigner d’une petite vie tranquille.
Servanne est une jeune fille d’aujourd’hui, issue d’un milieu aisé de Toulouse. Son existence semblait sans histoires jusqu’au drame qui la sépare de ses parents à l’adolescence. Elle se retrouve seule, désemparée, et va tomber entre les mains de Mundi, puissant manipulateur, beaucoup plus âgé qu’elle.
Mundi est arrivé à Marseille à cinq ans avec les siens, à la fin de la guerre d’Algérie. Adulte, il s’installe à Toulouse. C’est un aventurier charismatique au passé chargé. Il veut Servanne pour lui. Celle-ci, libre et exaltée, ne peut s’épanouir à côté de cet homme. Elle veut lui échapper. Elle s’enfuit, se cache, trouve un village perdu où elle essaye d’avoir une vie normale. Elle y rencontre Sandro, l’étranger de passage, homme blessé, ombrageux et solitaire qui va tenter d’arrêter la fuite en avant de la jeune femme.
C’est l’histoire d’une poursuite mouvementée entre ces trois protagonistes. Réussiront-ils enfin à être heureux ? 
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« Je ne désire rien du passé. Je ne compte plus sur l’avenir. Le présent me suffit. Je suis un homme heureux, car j’ai renoncé au bonheur. »
Jules Renard.
Servanne sortit de la cuisine et avança tout droit. Le coton de sa chemise respirait sur elle, au rythme de son souffle précipité. Elle croisa les bras sur sa poitrine, telle une martyre à chevelure dénouée. C’était simplement l’heure d’aller dormir, mais pour Servanne une lutte déraisonnable commençait. La porte de la chambre frotta rudement le parquet lorsqu’elle l’ouvrit d’un solide coup d’épaule. Depuis qu’elle habitait la coquette maison meublée louée par Monsieur Denver, Servanne était inquiète. Le soir tombé, son dos épiait, sa nuque s’agitait, son corps ressentait tous les sons qu’elle laissait derrière elle. En passant près de l’alcôve, où elle n’avait pas installé son lit, mais son bureau, elle jeta un regard sur son ordinateur allumé : un homme apparaissait sur l’écran devant des rideaux rouges traversés de lumière. Il riait, semblait tout noir sur un fond de fournaise. Elle allongea le pas pour s’éloigner de ce repli secret qui n’évoquait en rien de fiévreuses pâmoisons, mais un sombre cagibi. Elle souleva le vantail lui servant de fenêtre pour observer le jour éteint. Le vent tournait fort au loin, toujours à courir sur l’horizon comme une meute acharnée derrière sa proie.
Apaisée par le sombre absolu de la pièce, engloutie par le poids des corps, ceux des locataires précédents, Servanne somnola la bouche entrouverte et entendit soudain des galopades sur la terrasse entre les pots de fleurs. Des pieds, des pattes, des griffes. Du monde. Puis, sans prévenir, la terre hurla plus fort que le ciel, la pluie assena une dégelée à la maison, les arbres se voûtèrent avec les oiseaux endormis sur leurs branches, des lueurs palpitèrent dans le ventre des nuages. Le toit se souleva et les murs devenus inutiles hésitèrent à s’effondrer. Servanne s’assit en sursaut dans son lit. Elle resta là sans penser, presque sans vivre, dans une contemplation harassante.
Pourtant tout était à sa place, rien n’avait bougé, aucun bibelot, aucun meuble ni tapis ne voulaient faire cause commune avec elle, tous l’entouraient de façon paisible. Chaque nuit, des cauchemars pénibles se jetaient sur la jeune femme, la traversaient comme une mitraille. L’air entra par le vasistas, lui apporta une fraîche consolation. Ses mains peureuses palpèrent son corps, ses yeux d’un gris instable clignèrent. Elle poussa un cri puissant d’enfant en colère :
— Fait chier !
Servanne ferma très fort les deux voiles de ses paupières, tel un rideau métallique, puis matée par une fatigue qui ne ressemblait pas à son âge, elle finit par sombrer. La seule flamme qui restait dans l’âtre renonça aussi à lutter.
DU MÊME AUTEUR
COURIRDANSLESBOISSANSDÉSEMPARER, M. Nadeau, 2006. DUSILENCESURLESMAINS, M. Nadeau, 2008. LAVIELENTEDESHOMMES, M. Nadeau, 2010. C’ESTUNEOCCUPATIONSANSFINQUEDÊTREVIVANT, Grasset, 2013.
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
© Editions Grasset & Fasquelle, 2016.
ISBN : 978-2-246-86178-2