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Déclinaisons masculines

De
166 pages
De son Île Maurice natale à Haida Gwaii en passant par l’Amérique latine, Eileen Lohka nous convie à visiter une galerie de portraits d’hommes aux teintes sombres.
Dans des textes aux formes diverses et sous de multiples horizons, ces hommes se déclinent en paysages contrastés et sensibles. Aux prises avec les autres, c’est pourtant avec eux-mêmes qu’ils devront composer. Seuls maîtres de leur destinée, ils apparaissent tantôt cruels et tyranniques, tantôt fragiles, tendres et secrets, toujours complexes. À vous, lecteurs, de découvrir la tragique richesse de leur humanité.
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EILEENLOHKA
Déclinaisons masculines
NOUVELLES
LESÉDITIONS DUBSaint-Boniface (Manitoba)
Nous remercions le Conseil des arts du Canada et le Conseil des arts du Manitoba de laide accordée à notre programme de publication.
Nous reconnaissonsl’appuifinancier de la Direction des arts de Tourisme, Culture, Patrimoine, Sport et Protection du consommateur Manitoba.
Maquette de la couverture : Eric Ouimet Illustration de la couverture : Igor Motuz Mise en pages : Lucien Chaput
Les Éditions du Blé Saint-Boniface (Manitoba) http://ble.avoslivres.ca Distribution en librairie : Diffusion Prologue, Boisbriand (Québec)
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Lohka, Eileen, 1953-, auteur  Déclinaisons masculines : nouvelles / Eileen Lohka.
Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 978-2-924378-26-7 (couverture souple) ISBN 978-2-924378-27-4 (pdf) ISBN 978-2-924378-28-1 (epub)
 I. Titre.
PS8623.O45D43 2015 C843'.6 C2015-905850-3  C2015-905851-1
© 2015 – Les Éditions du Blé et Eileen Lohka Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
À Stefan, le « p’tit homme » de ma vie
Sans-Chagrin
Il se nomme Sans-Chagrin. Du moins c’est ainsi qu’on l’a nommé. Il ne se rappelle ni son nom, celui qu’il portait il y a longtemps, ni le lointain pays d’où on l’a arraché. Il a oublié tout ça, s’est forcé à oublier. À tout oublier.
Dans ses yeux de rage brille une dureté de pierre, d’obsi-dienne, de basalte, un refoulement de mémoire, une vacuité voulue, cultivée. Il s’est fermé, personne ne peut l’approcher. Personne n’ose. C’est une montagne d’homme. Dur. Buriné. Sauvage. Sombre comme les lacis impénétrables d’ébéniers et autres tambalacoques de la Rivière Noire.
Personne ne s’approche de lui. Il va seul, tout seul, toujours seul.
Dans les sentiers des Gorges, il arpente des traces connues de lui seul. Il se glisse dans la nuit, dort le jour. Il vit de fruits sauvages, de bananes ou de goyaves, les petites goyaves qui poussent vers les hauts, là où il fait du brouillard à longueur d’année. Il descend les à-pics, s’accroche aux lianes, s’abreuve aux torrents. On remarque des palmiers décorti-qués auprès de trois pierres noircies par le feu : il a dû faire griller le cœur au milieu de la nuit quand la milice ne
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remarque pas la fumée. Il mange au moins, quand il a le luxe de ralentir quelques minutes. Il a même dégusté une chauve-souris braisée l’autre soir. Rare festin pour un homme pour-suivi.
Toujours seul. Toujours en mouvement. Toujours aux aguets. Il y va de sa vie. Passepartout 13256, son âme dam-née, le flaire dans le vent, le traque jour et nuit, poursuit sa proie sans relâche. Dans les forêts primitives de l’île, là où les feuilles chuchotent, où les pierres crient d’angoisse, où le kirrrêk du paille-en-queue glace le sang, l’homme ne connaît pas un moment de répit. Mais il est libre. Libre mal-gré eux, les maîtres, les habitants, les intendants, la milice. Libre comme il l’était dans la savane… mais non, il ne veut pas penser à ça. Oublier, tout oublier. Oublier pour survivre. Il est libre. Lui qui vivait dans les espaces ouverts où de rares acacias lui permettaient de voir jusqu’à l’horizon, il considère maintenant la forêt humide, impénétrable, le fouillis exubé-rant de lianes comme son royaume. Dans ce monde où l’ho-rizon s’arrête au tronc majestueux d’un bois de natte à portée de main, il considère les lambeaux de brouillard comme des amis : leur caresse estompe les bruits. Il se sen-tirait bien dans cette forêt s’il ne devait sans cesse bouger, écouter, courir, de jour comme de nuit.
Une fois, une seule fois, alors qu’il s’était échappé de chez son maître avare et cruel, il avait réussi à vivre presque nor-malement là-haut, vers l’échappée du Morne. Le coutelas avec lequel il coupait les cannes sur la plantation lui avait bien servi. Il avait pu élaguer quelques grosses branches et couper quelques arbres frêles, poivriers sauvages, bois de rat et goyaviers. Il avait enfoncé en terre des pieux aiguisés par le bout, les calant avec de grosses pierres de basalte noir
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Un pour Un
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