Défenses légitimes

De
Reesor Siding, Nord de l’Ontario, nuit du 10 au 11 février 1963. Un affrontement en forêt fait trois morts.
Quelques semaines avant la nuit du drame, les travailleurs de la Spruce Falls Power and Paper Company déclenchent une grève. Or, les cultivateurs des environs, qui possèdent des droits de coupe, continuent de vendre leur bois à la papetière, au grand dam des ouvriers. Pierre Ménard est l’un de ceux-là. Il fréquente Madeleine, dont le père, Hermas, est en grève. Pris dans ce climat de tension, les deux hommes se retrouvent dans des camps opposés.
Dans Défenses légitimes, Doric Germain met en lumière, avec humanité et sens de l’histoire, le contexte de la tuerie. Car en filigrane du drame se joue le destin de deux groupes dans un monde en transformation : celui des cultivateurs attachés à un mode de vie en voie de disparition, et celui d’une classe de travailleurs syndiqués aspirant à une nouvelle forme de modernité.
Publié le : vendredi 1 novembre 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782894238134
Nombre de pages : 206
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Doric Germain Défenses légitimes
Extrait de la publication
roman
Ancrées dans le Nouvel-Ontario, les Éditions Prise de parole appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine. La Bibliotèque canadienne-française a pour objectif de rendre disponibles des œuvres importantes de la littérature canadienne-française à un coût modique.
Éditions Prise de parole C.P. 55, Sudbury (Ontario) Canada PE 4R www.prisedeparole.ca
La maison d’édition remercie le Conseil des Arts de l’Ontario, le Conseil des Arts du Canada, le Patrimoine canadien (programmes Développement des communautés de langue officielle et Fonds du livre du Canada) et la Ville du Grand Sudbury de leur appui financier.
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Poison, Sudbury, Éditions Prise de parole,  [985]. Le soleil se lève au Nord, Sudbury, Éditions Prise de parole, 997 [99]. La vengeance de l’orignal, Sudbury, Éditions Prise de parole, 995 [98]. Le trappeur du Kabi, Sudbury, Éditions Prise de parole, 99 [98].
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Roman
Collection « Bibliotèque canadienne-française » Éditions Prise de parole Sudbury 
Œuvre en première de couverture et conception de la couverture : Olivier Lasser
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Cet ouvrage a été publié originalement aux Éditions du Nordir. Copyrigt © Ottawa,  [] Imprimé au Canada.
Diffusion au Canada : Dimédia
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Germain, Doric, 946-, auteur e Défenses légitimes / Doric Germain. –  édition. (Bibliotèque canadienne-française) Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 978--894-98-7.– ISBN 978--894-58- (pdf ).– ISBN 978--894-8-4 (epub) I. Titre. II. Collection : Bibliotèque canadienne-française (Sudbury, Ont.) PS856.E675D4  C84’.54 C-957-  C-957-X
ISBN 978--894-98-7 (Papier) ISBN 978--894-58- (PDF) ISBN 978--894-8-4 (ePub)
Extrait de la publication
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QJosep et Irénée Fortier meurent sous les balles uand, en 96, Fernand Drouin et les frères lors d’un affrontement sanglant à Reesor Siding, petit embrancement du cemin de fer à peine visible à partir de la route Transcanadienne, entre Kapuskasing et Hearst, le pays entier est pris par surprise. Les jour-naux d’ici et d’ailleurs en font état à la une, la CBC et Maclean’senvoient des journalistes pour y faire des repor-tages de fond, leGlobe and Mail, et d’autres, y consacrent des éditoriaux. Depuis, on en a peu parlé. Publiquement, du moins. Après, comme avant, la situation polarise, paralyse, la communauté. Elle décire des familles, elle peine à se cicatriser. Le consensus, silencieux, est de confier au temps la lourde tâce d’atténuer, d’effacer le souvenir. Il n’y aura pas de commission de vérité et réconciliation,
Ce texte est partiellement repris d’un capitre publié en 9 par la Société istorique du Nouvel-Ontario. Guy Gaudreau (dir.), e Les activités forestières dans le Nouvel-Ontario au XX siècle, Sudbury, o Société istorique du Nouvel-Ontario, Document istorique n , 9.
5 Extrait de la publication
pas d’enquête publique, pas de soutiens psycologiques, comme nous le verrions vraisemblablement aujourd’ui. On marquait en  le cinquantième anniversaire des « événements de Reesor Siding », comme il semble main-tenant convenu de nommer la tragédie. La publication deDéfenses légitimes,en , avait déjà rendu légitime la discussion publique entourant ces événements. J’avais participé alors, avec Doric Germain, Stépane Laberge et Marco Dubé, à quelques rencontres publiques pour lan-cer le livre et parler de l’istoire de Reesor Siding. Ma pré-sence était justifiée par une recerce que j’avais effectuée une dizaine d’années plus tôt, au cours de laquelle j’avais procédé à une reconstitution des faits qui ont mené à la fusillade. La même année (), Stépane Laberge et Marco Dubé diffusaient à la télévision et à la radio de Radio-Canada des documentaires auxquels j’avais parti-cipé sur le même sujet. Je me souviens de la pression que j’ai ressentie au moment de parler publiquement de Reesor Siding, comme si je m’affublais soudainement d’une partie du far-deau mental porté dans toute la région et lié à un problème refoulé depuis 4 ans. Ce poids était sans doute exacerbé par mon propre lien personnel avec les événements : mon grand-père maternel était du côté des fermiers dans cet affrontement contre les travailleurs syndiqués. Les gens se sont montrés curieux, mais peu loquaces, probablement comme lors d’une première visite en térapie. Et c’est jus-tement l’effet qu’a eue et que continue d’avoir la publica-tion deDéfenses légitimes: le roman a permis aux indivi-dus de commencer à en parler sans se cacer, timidement, certes, mais quand même. Plus d’une génération après le triste conflit, il était temps de briser la glace.
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Je fais cette affirmation en reconnaissant d’emblée qu’on ne peut rien enlever aux nombreuses questions, à la douleur, aux doutes, à la colère qui persistent. Certaines des personnes qui étaient aux premières loges dans la nuit du  au  février 96 en gardent encore des cicatrices ; ce sera peut-être le cas toute leur vie durant. Reconnaissons toutefois que les discussions publiques des dix dernières années ont permis de prendre un peu de recul, de réflécir davantage aux événements plutôt qu’à l’événement, sur les circonstances, sur le contexte, sur la période. L’istorien utilise souvent ces moments saillants – une révolution, un attentat, une guerre – comme marqueur, entre un « avant » et un « après ». Il travaille ensuite en cercles concentriques spatiotemporels, élargissant pro-gressivement sa focale pour prendre une distance par rap-port à l’épicentre. Pour bien comprendre les événements de Reesor Siding, il faut commencer par une reconsti-tution des faits pertinents, de ce qui s’est passé dans la minute, dans l’eure, dans la journée avant les fatidiques coups de feu. Puis, en reculant encore un peu, on consi-dère les autres forces en présence, en particulier la com-pagnie, l’Église catolique et le gouvernement provincial. Outre leur tragique dénouement, que faut-il retenir de ces incidents ? L’événement a-t-il entraîné des consé-quences à long terme ? Que signifie-t-il pour l’istoire du nord de l’Ontario ? Le conflit, le contexte À partir du début des années 9 et pendant environ  ans, le travail en forêt dans les cantiers de la Spruce Falls a connu une mécanisation rapide. Ces cangements
7 Extrait de la publication
avaient bouleversé radicalement le secteur du transport d’abord, puis de l’abattage à partir de 95. Pour les trois parties impliquées dans le conflit de Reesor Siding – les agriculteurs colons, les bûcerons syndiqués et l’entre-prise Spruce Falls –, les conséquences de cette transfor-mation étaient inégales. Pour les agriculteurs colons, l’adoption de nouveaux moyens tecniques passait par l’acat d’outils générale-ment coûteux ; à elle seule, la scie à caîne coûte en 95 de  $ à 4 $, soit l’équivalent de   $ à 4  $ en  ! Ils seront peu d’agriculteurs à se joindre à la vague de mécanisation du travail en forêt, optant plutôt pour le maintien de métodes traditionnelles. Pendant plusieurs décennies, ils en ressentiront peu les conséquences ; la plupart des fermiers avaient accès à des parterres de coupe rapprocés des usines, ce qui atténuait partiellement les effets de la mécanisation, du moins jusqu’à l’arrivée des débusqueuses au début des années 96. À partir de ce moment, le fossé se creuse entre les syndi-qués et les colons. La débusqueuse, beaucoup plus coûteuse et donc inaccessible, faisait perdre aux agriculteurs des reve-nus associés au transport du bois. Cette innovation mar-quait également la fin de l’ère du ceval dans les camps de bûcerons et dans l’exploitation forestière un peu partout au pays. Alors qu’on en comptait des centaines dix ans plus tôt, les cevaux ont disparu définitivement des camps de la Spruce Falls en 966. Foin et avoine, location de ce-vaux, autant de revenus perdus pour les agriculteurs, qui vont abandonner en grand nombre leurs terres au cours des années 95 et 96. Pour caque dix exploitations agricoles en activité dans la région en 95, il n’en restera qu’une seule vingt ans plus tard.
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