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Demain ça va recommencer

De
186 pages

Carole Laborde-Sylvain aborde dans son ouvrage de fiction la thématique du harcèlement scolaire, un fait malheureusement encore trop répandu dont il ne faut pas minimiser la gravité. Une petite fille de neuf ans et demi prénommée Lilie subit des persécutions de la part de certains camarades d'école primaire. De nature joyeuse, elle est devenue renfermée et triste, impuissante devant l'hostilité grandissante d'une bande d'enfants à son encontre. Les petites moqueries et vexations se transforment progressivement en violence physique et en torture psychologique. Sur les conseils de sa mère, la trop silencieuse Lilie confie son chagrin dans un journal intime. Inquiets devant le changement d'attitude et la dégradation du moral de leur fille, ses parents alertent l'équipe pédagogique. La situation finit par s'arranger, mais la jeune victime restera marquée par ce traumatisme d'enfance.


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Couverture

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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-03676-9

 

© Edilivre, 2017

Du même auteur :

Du même auteur :

• Baptiste Adelin et le cirque Borzatti, Editions Mélibée (2011)

• Une nouvelle famille, Editions Mélibée (2013)

Dédicace

 

[Lorsqu’un enfant souffre, une mère, une famille souffre également.

Je dédie cet ouvrage à tous les enfants ayant été victimes de harcèlement scolaire ainsi qu’à leurs familles.

Amis Lecteurs, j’espère que cette histoire vous touchera comme elle a pu m’émouvoir au fur et à mesure de sa rédaction.

Bonne lecture à tous

Carole]

Cette histoire est inspirée d’un fait de société grandissant mais reste une fiction. Les personnages ne sont pas réels et les situations sont imaginées.

Prologue

Lilie Vinsil est une petite fille de neuf ans et demie, en classe de CM1. C’est une enfant naturellement joyeuse, vive, travaillant bien à l’école. Elle savait à peine parler qu’elle voulait déjà y aller. Elle ne savait pas encore ce que c’était mais elle en entendait parler lorsque ses cousines venaient la voir et en discutaient avec sa sœur Alexandra, ou que des amis de ses parents passaient à la maison avec leurs enfants déjà scolarisés. Ils avaient l’air de beaucoup s’y amuser et faire des tas d’activités différentes. Ça avait l’air d’un endroit magique à ses yeux. Lors de sa première année de maternelle, alors que la plupart des enfants pleurent lorsqu’ils voient leurs pères ou leurs mères partir, dans son cas, sa mère, Marie, n’avait pas le temps de l’amener jusqu’à sa classe que Lilie, après avoir déposé un baiser sur la joue de sa mère et l’avoir enlacée brièvement, s’y était déjà engouffrée et avait déjà attrapé un jouet quelconque pour s’amuser. Ceci avait pour effet de laisser sa mère, entre deux sentiments contradictoires : elle était ravie que Lilie se soit acclimatée aussi rapidement à l’école mais elle était déçue que sa fille ne prenne à peine le temps de lui faire un bisou avant de s’évanouir au milieu de ses petits camarades. Elle s’en était ouverte à l’époque à son mari, Philippe, qui n’avait pas manqué de se moquer d’elle car finalement, elle pleurait presque à la place de leur enfant.

Les trois premières années de sa scolarité sont passées ainsi. La frustration des débuts pour Marie s’est muée en une grande fierté. Lilie ramenait les plus beaux dessins, avait très rapidement appris à écrire son prénom ainsi que ceux de tous les membres de sa famille sans se tromper. Elle aidait même ses camarades dans l’écriture du leur.

Lilie a intégré le cours préparatoire avec la connaissance parfaite de son alphabet et sachant compter jusqu’à cinquante sans se tromper. Elle commençait déjà à lire et amusait ses parents lorsque, le soir au coucher, elle leur prenait le livre de contes des mains et se mettait à lire l’histoire du jour en leur affirmant, le plus sérieusement du monde, qu’elle n’avait plus besoin d’eux pour lui faire la lecture mais qu’ils pouvaient rester pour l’écouter.

Arrivée en primaire, le cérémonial a un peu évolué : sa mère la dépose tous les matins devant l’école, à l’heure exacte où le portail s’ouvre. Marie a toujours droit à son baiser sur la joue mais pas d’effusions supplémentaires. « Je ne suis plus un bébé ! » lui a rétorqué sa fille un matin, ce qui a fait rire sa sœur et l’a laissée dubitative. Depuis, elle attend de voir sa fille disparaître derrière la grille en fer et redémarre direction le collège pour y déposer son ainée, puis, prend la route du boulot.

Le plus souvent, c’est Alexandra qui vient chercher Lilie, le soir après l’école. Elle a deux ans et demi de plus que sa cadette et le collège est à deux pas de l’école primaire. Elles prennent le bus ensemble pour rentrer à la maison.

Chapitre 1

Nous sommes en Novembre, comme il pleut, Marie a annoncé aux enfants qu’elles ne prendraient pas le bus ce soir : elle viendra les chercher. Elle commence par récupérer Alexandra à la sortie du collège puis elle arrive à l’école primaire, pour récupérer Lilie. Comme elle le fait à chaque fois qu’elle vient les chercher, elle s’arrête ensuite à la boulangerie pour leur acheter un goûter pendant que les filles l’attendent dans la voiture : un pain au lait pour Lilie et un pain aux raisins pour Alexandra. La première touche à peine à sa collation alors que son ainée l’a dévorée en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Jetant un œil dans le rétroviseur, sa mère s’aperçoit que le pain au lait est intact.

– il n’est pas bon ton goûter ma fille ? interroge-t-elle Lilie.

– si tu n’en veux pas je le mange-moi ! Ajoute Alexandra.

– toi ça suffit ! Tu as eu le tien. Lui répond Marie. Et se tournant vers sa cadette, profitant de l’arrêt au feu rouge : alors ? Ce pain au lait ? Il n’est pas bon ?

– si mais je n’ai pas très faim.

Le feu passe au vert. Marie lui répond un peu étonnée :

– d’habitude ma chérie, c’est à celle des deux qui finit la première !

– oui je sais mais je n’ai vraiment pas très faim là.

– bon d’accord tu mangeras mieux ce soir alors. Tu le gardes pour demain matin au petit déjeuner.

– ça dépend, tu en veux un peu ? demande alors Lilie à sa maman. Si on fait moitié-moitié…

– tu es sûre ?

– oui j’en aurai largement assez. Et puis je sais que tu aimes bien ça toi aussi.

La mère et la fille partagent donc la viennoiserie en arrivant à la maison sous le regard boudeur d’Alexandra qui l’aurait bien englouti à la place de sa sœur.

***

– A table ! Les enfants accourent. On mange quoi ce soir ?

– des pâtes et des côtes de porc !

– j’adore les pâtes ! fait Alexandra en tendant déjà son assiette.

– attends un peu : ton père n’est même pas à table encore…

– papa dépêche-toi j’ai faim ! lance-t-elle à ce dernier pour le presser un peu.

– c’est bon je suis là Morfale ! lui répond-il en souriant.

Les assiettes sont servies et au fur et à mesure de la conversation elles se vident. A part celle de la plus petite. Elle n’a presque pas touché à sa viande. Guère plus à sa portion de féculents. Marie inquiète, s’approche de sa cadette et lui demande si tout va bien.

– je n’ai pas faim. Répond Lilie.

– Ah bon ? Tu n’es pas malade au moins ? Demande-t-elle alliant à sa question, l’apposition de sa main sur le front de la bambine.

– non non, répond Lilie en se dégageant, je n’ai pas faim c’est tout.

– mange encore un peu quand même ma chérie. Sinon tu te réveilleras dans la nuit.

Lilie avale deux bouchées de viande et trois fourchettes de pâtes supplémentaires puis repousse son assiette.

– je n’ai vraiment plus faim là ! annonce-t-elle. Alexandra quant à elle, lorgne sur l’assiette de sa sœur depuis un bon moment.

– je peux finir son assiette ? Le saladier est vide et j’ai encore faim moi !

– tiens vas-y ! lui répond son père en lui tendant l’assiette. Il rassure sa femme en lui disant :

– ne t’inquiète pas si elle n’a pas faim ce soir, elle mangera mieux demain.

Le lendemain soir, la même chose se passe. Ce coup-ci, l’enfant n’aime pas ce qui lui est servi.

– depuis quand tu n’aimes pas les petits pois ? Questionne Philippe.

– j’aime pas c’est tout. Se renfrogne la fillette.

– manges en un peu plus et finis ta viande.

– j’ai plus faim.

– mange.

– mais…

– mange ! lui ordonne-t-il. Tu n’as déjà rien avalé hier soir. Tu as mangé quoi à la cantine à midi ?

– du riz.

– il n’y avait rien avec le riz ?

– du poisson mais je n’aime pas ça.

– donc mange un peu plus alors ! Tu as le ventre vide.

– mais j’ai plus faim ! crie-t-elle en se mettant à pleurer.

– elle doit couver quelque chose ! fait Marie en se tournant vers son époux. Ce dernier, agacé, envoie sa fille dans sa chambre.

Un peu plus tard, l’enfant s’est endormie.

Le jour suivant, même cinéma, l’enfant ne veut pas manger. Cette fois-ci, son père s’énerve et demande à Lilie ce qu’il lui arrive :

– je suis grosse ! répond-elle.

– n’importe quoi ! S’exclame-t-il. Tu es épaisse comme une limande ! Regarde-moi !

Elle se met à pleurer. Il est vrai qu’elle a encore ces petites joues rondes typiques des bambins, mais sans être maigre, elle n’est pas grosse non plus.

– pourquoi tu pleures ?

– Tu m’as criée. Répond-elle en reniflant.

– oui parce que c’est vraiment du n’importe quoi. Tu n’es pas grosse ma fille. Regarde-toi dans une glace… Il amène sa fille jusque devant la psyché qu’elle a dans le coin de sa chambre. La contemplant il ajoute :

– tu es très jolie ma chérie. Regarde !

La fillette dont les larmes ne cessent de couler répond :

– non. Je suis grosse.

Désespéré par tant de mépris pour elle-même de la part de son enfant, Philippe finit par lui demander :

– mais qui t’as mis ça dans la tête ? Tu es un peu « rondelette » je te l’accorde mais tu n’es pas grosse ma fille ! Cherchant à la rassurer il ajoute : tu vas grandir, et tu vas t’affiner encore… c’est normal. Mais une chose est sûre : tu n’es pas grosse.

– mes copines elles sont moins grosses que moi… dit-elle ravalant un peu ses larmes.

– peut-être parce qu’elles sont plus grandes que toi. Regarde ta copine Shanna, elle n’est pas plus grande que toi n’est-ce pas ?

– non.

– et dirais-tu qu’elle est grosse ?

– je ne sais pas.

– mais si tu sais. Shanna fait la même taille que toi et à mon avis, vous faites à peu près le même poids, elle est très jolie et elle n’est pas plus grosse que toi. Je te le répète mon cœur : tu n’es pas grosse. Vos autres copines ont déjà beaucoup grandi et se sont beaucoup affinées mais ça va venir pour toi aussi. On n’évolue pas tous de la même façon. Affirme-t-il, maintenant sur un ton un peu plus calme.

Lilie, mise en confiance par les paroles de son père, lui avoue que ce sont certaines de ses copines qui n’arrêtent pas de lui dire qu’elle est grosse. Ils se sont tous deux assis sur le lit de la fillette, elle se blottit alors dans ses bras pour un peu plus de réconfort.

Pendant ce temps, Alexandra est partie à la douche alors que leur mère débarrasse la table et range la cuisine. Lorsqu’elle revient au salon avec les cafés, elle croise son mari à la porte de la cuisine. Lilie est assise à la table à manger. Il n’a pas réussi à la convaincre de manger son steak et ses haricots verts mais elle a accepté un yaourt. Une fois celui-ci terminé, l’enfant va jeter le contenant vide à la poubelle et rejoint la salle de bains que sa sœur vient de libérer. Cette dernière revient au salon pour souhaiter une bonne nuit à ses parents.

– qu’est-ce qu’elle a Lilie ? demande-t-elle lorsqu’elle arrive pour déposer un bisou sur la joue de son père.

– Des bêtises d’enfants. Ses copines lui ont dit des idioties.

– c’est pour ça qu’elle ne veut pas manger ?

– oui mais ne t’inquiète pas ma chérie. Avec les explications que je lui ai données, je pense que cela devrait rentrer dans l’ordre. Allez, va te coucher maintenant il est tard.

Alexandra embrasse son père puis sa mère et rejoint sa chambre. Lilie vient de terminer sa douche et réapparaît pour exécuter le même cérémonial.

Le lendemain soir, même combat. Lilie ne veut pas manger. Elle reste seule à table. Ses parents ne voulant pas céder à cette passade, car il est clair pour eux que s’en est une, l’ont laissé devant son assiette espérant qu’elle la finisse. Peine perdue. Lilie est une fillette têtue et se braque. Elle finit par avoir gain de cause ce soir-là à condition d’avaler au moins un yaourt. Ce qu’elle fait puis rejoint son lit sans demander son reste.

Après une semaine de lutte, Marie vient la chercher à l’école. Elle ne peut pas voir la maîtresse car elle est partie aussitôt les cours terminés. Cependant, elle discute avec la personne en charge de la surveillance des enfants après l’école et lui explique que Lilie a quelques soucis en ce moment avec son alimentation. Par conséquent elle demande à ce que l’on vérifie pendant quelque temps qu’elle mange bien ses repas à la cantine. L’animatrice lui répond qu’il n’y a pas de problème. Elle va le noter afin que cela se fasse, et précise qu’elle-même surveille un jour sur deux les enfants au réfectoire.

– Ce sera fait. Rassure-t-elle la mère de Lilie.

– merci beaucoup, lui répond cette dernière. Lilie ayant récupéré son cartable, les voilà toutes deux regagnant la voiture où les attend Alexandra.

Les soirs suivants, Lilie qui reste toujours la dernière à table, a trouvé un stratagème pour laisser croire qu’elle avait mangé davantage. Elle prend sa serviette en papier et à chaque fois y dépose subrepticement quelques bouchées de son assiette, puis froisse le papier comme si elle s’en était servi pour s’essuyer bouche et mains. La supercherie dure presque quinze jours avant d’être découverte. Ce qui vaut une belle punition à la fillette assortie d’une surveillance accrue chaque jour au moment des repas par l’un ou l’autre de ses parents. Elle a quand même réussi à les convaincre de diminuer les quantités d’aliments dans son assiette et essaie chaque soir de n’en manger que la moitié.

Le midi à la cantine c’est beaucoup plus facile de simuler le vidage de son assiette : elle donne tout simplement ses restes à ses camarades en prenant garde de ne pas être surprise par les animatrices ou la cantinière. Sa copine Sofia lui dit qu’elle fait bien de ne pas trop manger car elle est limite à être obèse avec ses fesses rebondies et ses joues rondes. « Moi je dis ça c’est pour toi ! » lui lance-t-elle régulièrement. Il est vrai que Sofia est plutôt longiligne. Elle a pris au moins dix centimètres cet été mais n’a presque pas modifié son poids. Même si son père lui a dit que c’étaient des bêtises, Lilie continue de croire que Sofia a raison et qu’elle est grosse.

Chapitre 2

Journal d’Alexandra :

28 décembre (Mercredi) :Lilie s’est mise à beaucoup pleurer aujourd’hui. Elle s’est énervée pour rien et nous nous sommes disputées. Je n’aime pas quand on se dispute. Ni qu’elle pleure d’ailleurs…

***

Les vacances touchent à leur fin lorsque Lilie et Alexandra se disputent. Cela leur arrive, comme dans beaucoup de fratrie, mais c’est la première fois pour elles que leur querelle prend l’ampleur d’une dispute. Habituellement, elles échangent deux ou trois mots puis l’une des deux finit toujours par céder.

– c’est toujours pareil avec toi ! Tu dis toujours non ! lance Alexandra.

– C’est pas vrai ! objecte alors Lilie. Et pourquoi je te prêterai mes jouets alors que toi tu ne le fais pas !

– si je te prête mes affaires ! En plus, souvent tu les prends sans rien me demander.

– tu mens !

– non c’est toi tu mens !

– non c’est toi !

– non !

– si !

– non !

– si !

– non !

– si !

Le ton monte entre les deux sœurs, chacune criant plus fort que l’autre à chaque échange, jusqu’à ce que leur mère intervienne. Elle leur demande ce qu’il se passe, quel est le sujet de leur dispute. Les filles, toujours énervées, se mettent à parler, ou plutôt à crier chacune sa version. Marie les interrompt et les fait reprendre l’une après l’autre. Elle finit par comprendre que, Lilie ne veut pas prêter sa poupée à sa sœur car cette dernière n’a pas voulu qu’elle joue à son jeu vidéo plus tôt dans la journée. Une broutille mais chacune des filles cette fois ne veut pas abandonner, chacune campant sur ses positions. Leur mère les interrompt de nouveau avant que la dispute ne redémarre de plus belle et les envoie chacune dans sa chambre, les sommant de la rejoindre dans la cuisine lorsque leur crise sera terminée.

Une demi-heure plus tard, Alexandra, calmée, revient vers sa mère.

– ça va mieux ? Lui demande alors Marie.

– oui. Désolée. Fait son ainée, penaude.

– on va pouvoir faire quelque chose ensemble, toutes les trois, sans que vous ne vous chamailliez ?

– je ne sais pas… répond alors Alexandra.

– où est ta sœur ?

– Lilie ne fait que pleurer depuis que tu nous as envoyé dans nos chambres.

Marie, se disant que la punition n’avait quand même pas été si sévère, reste abasourdie par cette dernière phrase. Elle s’en va rejoindre sur le champ sa cadette pendant qu’Alexandra s’installe devant la télévision.

Elle trouve en effet Lilie allongée sur son lit, pleurant à grosses larmes, le visage enfoncé dans son oreiller. Elle s’assoie près d’elle et lui ramène la tête sur ses genoux. Lilie commence par résister en s’accrochant à son oreiller puis finit par se laisser faire. Rien que ce contact maternel réfrène un peu son chagrin.

– qu’est-ce qu’il t’arrive ma chérie ? Pourquoi pleures-tu ?

– ce n’est pas juste ! Sanglote Lilie.

– qu’est-ce que tu racontes mon ange, vous vous êtes disputées et je vous ai toutes les deux punies. Je ne vois pas ce qui est injuste la dedans.

– c’est pas juste ! Répète la fillette.

– vous étiez toutes les deux à vous disputer. Reprend calmement la mère.

– oui mais c’est Alex qui a commencé.

– peut-être, mais tu as continué. Donc…

– c’est toujours pareil ! Je ne fais que me faire punir à cause des autres. S’écrie alors Lilie, les larmes revenant de plus belle.

– de quoi tu parles ma chérie ? demande alors Marie comprenant que le chagrin de sa fille n’est pas seulement dû à sa dispute avec sa sœur.

– personne ne m’aime ! lance alors Lilie.

– mais si voyons. Nous t’aimons ton père et moi. Et ta sœur aussi. Je suis certaine que tes copines elles aussi t’apprécient beaucoup.

– non ! répond-elle en se mettant à pleurer encore plus fort.

– chuuuut ! fait alors sa mère caressant le visage de son enfant pour la calmer. Elle y parvient peu à peu et ajoute : bien sûr que si, tes copines t’aiment ma fille.

– alors pourquoi en presque deux semaines de vacances je n’ai pas eu de nouvelles ?

– parce que ce sont les vacances de Noël mon cœur. Tout le monde se retrouve en famille à cette période. Elles n’ont pas pu ni t’appeler ni venir te voir car elles ont profité de leurs grands-parents, oncles, tantes, cousins… et c’est normal. Toi-même tu as passé beaucoup de temps avec tes cousines que tu ne vois pas souvent. Essaie de la rassurer sa mère.

– oui mais moi je leur ai écrit pendant qu’on était en vacances. Objecte Lilie.

– bien sûr chérie. Mais tout le monde ne fait pas pareil. C’est comme ça. Ça ne veut pas dire qu’elles t’ont oubliée, juste qu’elles ont été très occupées. Tu verras, à la rentrée, vous vous retrouverez et rien n’aura changé.

– justement, je n’en suis pas sûre… dis doucement Lilie. On s’est un peu disputé avant les vacances et je crois qu’elles me font la tête.

– mais non ne t’inquiète pas. Je suis sûre que c’est déjà oublié. Elle caresse tendrement le visage de son enfant, essuyant ses larmes du bout des doigts.

Changeant de sujet car elle voit bien qu’elle tourne en rond et n’arrive pas à convaincre sa fille que tout va bien, elle lui propose :

– et si nous faisions un gâteau toutes les trois pour le goûter ?

Lilie hoche la tête en signe d’acquiescement et répond timidement :

– un au chocolat ?

– si tu veux, mais d’abord, tu me sèches ses larmes. Lui dit sa mère en lui déposant un baiser sur le front. Je te laisse cinq minutes pour nous rejoindre. D’accord ?

– oui maman.

– Commence par me faire un sourire. Lilie s’exécute et fait apparaître une esquisse de sourire au travers de ses larmes qui s’assèchent peu à peu.

– c’est déjà mieux comme ça mais je suis sûre que tu en as un autre bien grand en réserve ! lui dit Marie en se levant. Allez à tout de suite ! Finit-elle en sortant de la chambre.

Lorsque Lilie apparaît dans la cuisine, sa mère et sa sœur ont déjà posé sur la table tous les ustensiles et ingrédients nécessaires à la réalisation d’un gâteau au chocolat.

– nous n’attendions plus que toi ! lui dit sa mère. Tiens voici ton tablier.

Une fois équipé de leurs protections, les deux sœurs exécutent la recette sous la surveillance maternelle, qui les observe avec tendresse. Tout se passe dans une parfaite harmonie : l’une pesant la farine tandis que l’autre ajoute le sucre, puis la première casse les œufs pendant que la seconde fait fondre le chocolat. La pâte est versée dans le moule et le gâteau atterrit au four sans l’ombre d’un souci. Pendant le temps de cuisson, leur mère fait la vaisselle et Alexandra l’essuie. Lilie est censée la ranger mais elle est occupée à racler le cul de poule avec son doigt, se délectant des restes de pâte à gâteau :

– ça va c’est bon ? lui lance alors Alexandra, un brin moqueuse.

– il en reste ou je peux enfin laver le plat ? ajoute sa mère sur le même ton que sa fille ainée.

Pour toute réponse, Lilie leur tire la langue, tend le saladier à sa mère et se met (enfin !) à ranger la vaisselle essuyée par sa sœur.

La fin des vacances se passe sans aucun problème, l’incident, visiblement oublié de toutes. Lorsque le dimanche soir, le moment d’aller se coucher arrive pour être en forme pour la rentrée, Lilie fond de nouveau en larmes.

Les sentiments se mêlent dans le cœur de la fillette. Certes, il lui tarde de retrouver ses copines mais, dans le même temps, elle est déçue que certaines n’aient pas donné de nouvelles pendant les vacances. Il est vrai qu’elle s’est disputée avec Malia et Sofia juste avant le départ en congés scolaires. Mais cela ne justifie pas à ses yeux, leur silence. D’autant plus qu’elle se plie pourtant en quatre pour ses « amies », qui, elle le sent bien, se détournent d’elle. Un exemple lui vient en tête : il y a quelque temps déjà, l’école avait repris depuis un bon mois déjà. Sofia trouvait la nouvelle trousse de Lilie très jolie et l’a suppliée pendant des jours depuis la rentrée de la lui prêter. Lilie a fini par accepter de lui céder pour un mois. Elle a donc repris sa vielle trousse de l’année précédente, un peu abimée mais toujours utilisable, pour lui faire plaisir. Sofia a toujours la trousse. Cela fait tout un trimestre ! Lilie a bien essayé de la récupérer mais Sofia trouve toujours une « bonne » excuse pour la garder. La fillette n’en a rien dit à ses parents car elle ne voulait pas se fâcher avec sa copine. Son père s’est aperçu peu avant les vacances que Lilie utilisait sa vielle trousse lorsqu’elle faisait ses devoirs. Elle lui a répondu qu’en fait elle utilisait les deux. Celle-ci, à la maison et l’autre restait à l’école pour être sûre de ne jamais oublier son matériel d’écriture. Evidemment ce n’était pas vrai. Son père s’en est vite aperçu et elle a dû redemander à Sofia de lui rendre ladite trousse. Sofia n’a pas voulu lui rendre, prétextant que Lilie lui avait donné et qu’on ne reprend pas ce que l’on a donné. Du coup quand il lui a demandé où était sa nouvelle trousse, Lilie n’a pas pu dire autre chose que :

– c’est Sofia qui l’a. Je la lui ai prêtée parce qu’elle la trouvait jolie et maintenant elle ne veut pas me la rendre.

– encore Sofia ! Désespère Philippe. Je t’ai déjà dit que je ne voulais plus que tu lui parles.

– mais c’est ma copine ! Objecte Lilie.

– oui bien sûr. Et une copine vole les affaires de ses amies peut-être ?

– elle ne m’a rien...