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Départ précipité pour Carthagène

De
141 pages
Didier Gualeni, s’amuse à l’aide de nombreux personnages, à décrire quelques mois de la vie d'un homme qui quitte femme et enfants pour peindre en Colombie. Ce livre est un mélange de situations étonnantes, de personnages étranges, de hasards incroyables et de cheminements artistiques. L’expression d’un mal de vivre à deux, teinté d’histoires d'amour et d'aventures. Errance entre l’internet, Paris , Carthagène et Londres, on y trouve des photographies et des tableaux que l'on a l'impression d'avoir déjà vu quelque part.
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DØpart prØcipitØ pour
CarthagŁneDidier Gualeni
DØpart prØcipitØ pour
CarthagŁne
ROMAN' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2419-7(pourle fichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-2418-9 (pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etdechercheurs),cemanuscritestimprimØtelunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteurde tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
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TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comUN D PART PR CIPIT
Ce matin-l , en prenant mon petit dØjeuner,
j’Øcoutais d une oreille distraite la radio, qui dif-
fusait en continu des nouvelles peu rØjouissantes.
J’Øtais, comme tout le monde, tØmoin du dØclin
Øconomique gØnØral. Les grandes entreprises n en
finissaient pas de se restructurer, les plans so-
ciaux se succØdaient, les start-up disparaissaient
ou se faisaient racheter à bas prix, les tribunaux
croulaient sous des affaires de faillites. Tous les
commentateurs de cette actualitØ n’en finissaient
pasd annonceruneexplosionsocialeimminente.
Jetravaillaisdansuneassociationunpeuparticu-
liŁre. Cette institution aidait les handicapØs à s’in-
sØrer dans le monde du travail. Elle tirait ses res-
sources d une cotisation obligatoire, payØe par les
entreprises.
Quandtoutvamal,lesplusfaibles,lesplusdØmu-
nissontlespremiŁresvictimes. LacriseØconomique
aidant,cesprØlŁvementsØtaientremisencause. Les
entreprisespayaientdØj beaucoupdecharges,ilfal-
laitlesdiminuer,lesallØger,faireØclaterlescarcans
administratifs.
En me rendant au travail, je savais qu un emploi
sur deux serait supprimØ. L ambiance y Øtait dØtes-
table. LeprØsidentdecettestructure, ferventdØfen-
seur du management participatif, l utilisait comme
un laboratoire social. Il avait demandØ aux salariØs
7DØpartprØcipitØpour CarthagŁne
eux-mŒmesdeconcevoirunenouvellestratØgiepour
l association. Il nous laissait ainsi le soin de dØfi-
nir une nouvelle organisation oø appara traient les
postes maintenus. Il fallait que chacun trouve sa
place en fonction de ses aptitudes, aptitudes recon-
nues par les autres.
Des groupes d affinitØs s Øtaient formØs au sein
du personnel, les nØgociations sur les montants des
indemnitØs delicenciement tournaientcourt. Leco-
mitØ d entreprise avait ouvert les hostilitØs avec la
direction pour obtenir que les personnes licenciØes
puissentpartiravecuneenveloppehonorable.
Certains se voilaient la face, ils pensaient Œtre
indispensables et, de ce fait, s accrochaient à leur
poste. D autresprenaientlalistetØlØphoniqueoøfi-
guraitlenomdechacunafindedØterminerquireste-
raitetrayaientaufuretàmesurelenomdesemmer-
deurs,desr leurs,desfeignants,desprØretraitables,
desfonceursquiallaienttrouverrapidementunautre
boulot.
En montant l escalier, j ai croisØ des collŁgues,
j aiØchangØquelquesproposdepolitesse. J aifermØ
la porte, je me suis assis devant mon bureau et je
suis restØ plusieurs minutes la tŒte dans les mains,
je me suis rappelØ les moments heureux que j avais
vØcus avec AmØlie, ma femme. Notre rencontre,
notre installation dans le petit appartement parisien,
nos voyages autour du monde, la naissance de nos
enfants Milena et Antonin. Il y avait eu aussi des
instants moins amusants, les disputes sur des sujets
apparemment sans importance qui s envenimaient
d une façon injustifiØe, des moments plus graves,
des morts brutales de proches qui ne supportaient
plus de vivre, et puis la dØcouverte de la double vie
d AmØlie. Ma vie n Øtait ni heureuse ni malheu-
reuse, une vie tranquille, presque terne. Peut mieux
faire, c Øtait l apprØciation que je m’attribuais sur
mon livret d existence.
8Didier Gualeni
Le plan social Øtait en route, j envisageais mon
licenciement comme quelque chose d’inØluctable,
mes enfants Øtaient encore jeunes. J espØrais avoir
encore plus de quarante annØes à vivre. Un accŁs
d’angoisse me rØvØlait soudainement un environne-
menthostileetinjuste. Enfantsage,àquionavaitap-
prisàtournerdixfoissalanguedanslaboucheavant
deparler,j avaisenviedemerØvolter. Jemeredres-
saissurmonfauteuil,j essuyaismachinalementmes
larmes de tristesse et de colŁre qui embuaient mes
yeux.
Dans cette association, on avait l habitude des
bruits de couloirs, diffusØs par radio moquette, qui
colportaitdanschaqueØtagedesnouvellestanttô op-
timistes, tant t pessimistes avec des revirements de
situation soudains et inexpliquØs. Dans la mŒme
journØe, une lueur d espoir pointait le matin aprŁs
qu un dØputØ eut dØclarØ ceci ou cela, puis s Øtei-
gnait l aprŁs-midi dŁs que nous avions eu connais-
sance d une informationcontradictoire.
Chaque salariØ Øtait sur le qui-vive. Pourquoi
s’investir dans son travail si l on devait Œtre virØ
quelques jours plus tard ? Que deviendrait cette as-
sociationpar lasuite? Valait-il mieux partirou res-
ter ?
J avais un collŁgue qui ne se posait plus toutes
cesquestions,c ØtaitHonofrio. D’abordilnes Øtait
jamaisvraimentinvestidanssontravail. Ilavaitune
envieprofondedevengeanceenverscetteinstitution
quil avaitmisauplacardàlasuited unchangement
degouvernement. Iln avaitjamaispuassumercette
situation,ilfallaitromprelesliens. SadØcisionØtait
prise. Ilallaitpartir,fuir,rentrerenColombie.
D origine colombienne, la cinquantaine avancØe,
Honofrio, s Øtait attribuØ le titre de chef archiviste.
IlØtait facilement reconnaissable par un accent muy
typico.
9DØpartprØcipitØpour CarthagŁne
Son passØ Øtait assez obscur, il aimait raconter
qu il avait suivi des Øtudes de droit, qu il avait tra-
vaillØauxNationsUnies. IlenØtaitpartiunjoursur
un coupdetŒte. Puisil avaitØtØembauchØparl as-
sociation comme conseiller du prØsident, un certain
Vlamaeg. Iln avaitassurØcettefonctionquedurant
trois mois.
Honofrio aimait se vanter et s inventer une exis-
tencequin Øtaitpaslasienne,aussipouvait-ondiffi-
cilement croire à toutes les histoires qu il racontait.
Vrai ou faux, lorsqu il entra en France, il Øtait mi-
neur, et il aurait falsifiØ sa date de naissance pour
se vieillir de trois ans. Si cette anecdote s avØrait
exacte, on pourrait le croire capable de tout falsi-
fier, son passØ, sa vie avec sa femme, Jeanne, leur
divorce, sa passion pour Clara.
Son lieu de travail Øtait situØ au sous-sol du b -
timent, à la lumiŁre des nØons, dans un grand local
auxmursdebØton,brutsdedØcoffrage. Ils Øtaitfa-
briquØunesorted appartementprivØderriŁredesar-
moires mØtalliques. C Øtait Øgalement un homme à
tout faire, attirØ par les poubelles, il en avait profitØ
pourrØcupØrerlecanapØconvertiblequitr naitdans
lasalled’attentedubureaudel ancienprØsident. Ce
bureauressemblaitd’ailleursplusàunesuitequ un
vØritable bureau.
Table basse, fauteuil, rØfrigØrateur, petit rØchaud
à gaz, tØlØvision couleur, il les avait glanØs sur les
trottoirs de Paris, ce mobilier garnissait le coin per-
sonneld Honofrio,commeilaimaitàledØsigner.
Samission dans cette association Øtait simple: il
devait retrouver dans les archives les dossiers des
personnes handicapØes qui avaient dØj re u des
aides de l association afin d Øviter des demandes
abusives. Il Øtait Øgalement en charge de la saisie
de toutes ces informations sur une base de donnØes
informatique. Il travaillait à un rythme tel qu il
arriveraitàl gedelaretraiteavantlafinsat che.
10Didier Gualeni
Personnen’Øtaitdupe,aussiavait-ildesfonctions
complØmentaires. Il devait dØpouiller le courrier,
l’enregistreretledistribuerdanslesdixØtages. Cette
nouvelle fonction lui avait valu le surnom de « el
postino ». Il avait l habitude de bavarder à chaque
Øtage en prenant un cafØ, ce qui le poussait à termi-
ner sa tournØe vers midi, heure oø il prenait habi-
tuellement un apØritif dans son coin personnel. Ri-
tunt, tous les vendredissoir, ilinvitait le chef
du personnel à boire un whisky. Ils se tapaient sur
l’Øpaule, Honofrio par-ci, Marc par-l .
Marc avait mal vØcu ces changements de prØsi-
dents, ces prØfets mis au placard qu il fallait payer
surlebudgetdel’association,lesamispolitiquesdes
uns et des autres que l on ne voyait jamais mais qui
Ømargeaientsurlalistedupersonnelavecunsalaire
confortable.
Il se souvenait encore de ce directeur gØnØral qui
menait un train de vie de ministre. Toutes les cou-
leuvresqu onluiavaitfaitavaler,Marclesavaitmal
digØrØes. On pouvait dire qu il Øtait soßl tous les
aprŁs-midi, cela ne se voyait pas au premier abord.
Mais,quandilparlait,ilrØpØtaitquatrefoislamŒme
chose. On avaitl impressionqu ilutilisait tant t un
parfum anisØ, tant t un parfum à base de malt fer-
mentØ. Avec le plan social qu il devait mettre en
place, il buvait davantage.
Lebureaud HonofrioØtaitaussiunmeublederØ-
cupØration,ilavaitservipendanttroisansàmonsieur
Cravin, l ancien directeur gØnØral.
Monsieur Cravin avait pour habitude de raconter
des mensonges au nouveau prØsident, Franck Dela-
taille. IlavaitaussipourhabitudedepartirfrØquem-
mentendØplacementavecFanny,unesecrØtairequi
Øtait par ailleurs sa ma tresse. Ils allaient souvent
dans l HØrault se dØstresser sur leur temps de tra-
vail. Dans ce dØpartement, monsieur Cravin avait
unemaisondecampagne. IlluiarrivaitØgalementde
11DØpartprØcipitØpour CarthagŁne
passer des sØjours linguistiques aux États-Unis, ac-
compagnØdesaFannyetd organiserpoureuxdeux
unsØminairedecommunicationauxSeychelles.
Monsieur Cravin avait une mØthode de manage-
ment simple. La mØthode dite expresse, qui consis-
taitàlicencierunprochecollaborateursuruncoupde
tŒte. FranckDelataille,leprØsident,avaitapprisque
monsieur Cravin s Øtaitauto-attribuØen fin d annØe
une prime d excellence de 30 000 euros. À la suite
de cette dØcouverte, qu’une me honnŒte lui avait
soufflØe,danssonØlanparticipatif,ilavaitdØcidØde
rØunirlepersonneletdemandØauxsalariØsdevoter
sur les capacitØs de monsieur Cravin à diriger l as-
sociation.
Tout le monde avait ØtØ surpris de cette fa on de
faire. Une majoritØ du personnel avait votØ pour
exprimer son souhait de ne pas voter, histoire de ne
pasbafouerunmoded expressiondØmocratique,en
participantàunsimulacredevoteoølerØsultatØtait
connu d avance. Le lendemain monsieur Cravin et
son adjointØtaientlicenciØs sur-le-champ.
Honofrioaimaitpasserlamainsursonbureaude
ministreenle caressantet enproclamant:
−Tuterendscompte,cetenfoirØdeCravinm’adit
que j Øtais unbranleur, anelui apas portØ chance.
Il a ØtØ virØ et sa femme s est tuØe dans un accident
devoiturela semainequia suivisondØpart.
Ilpara tqu elleauraitre uunelettreanonymelui
dØvoilant les aventures sexuelles de son fumier de
mari. Je le sais, la lettre Øtait dans la voiture, quand
elle a foncØ droit sur un arbre isolØ en pleine ligne
droite. La police est mŒme venue ici, relever le nu-
mØro de sØrie des imprimantes pour tenter d’identi-
fier le corbeau.
La spØcialitØ d Honofrio Øtait de rentrer dans les
bureaux sans frapper, comme si le fait de distribuer
12Didier Gualeni
le courrier relevait d une extrŒme urgence, qui le
dispensaitdesrŁglesØlØmentairesdepolitesse.
− Et toi RØgis qu es ce que tu fait, tu restes ou tu
pars ?
− Tu sais, j hØsite toujours à partir, je dirais que
pourtoic estplussimpletun aspasd enfants,c est
fini avec Clara, tu tournes une page. Tu changes
de pays, tu reviens à tes racines. Pour moi, c’est
diffØrent il y a des jours oø j aurais envie de tout
quitter, de dispara tre et de peindre comme un fou
sansinterruption. Connaistud autrespersonnesqui
veulent partir ?
−Non,maisMarc,tusaiscommentilest,l aprŁs-
midi. Vendredi dernier il m’a dit, qu il serait virØ,
car on ne peut pas garder dans la structure celui qui
aorganisØlelicenciement. Ilavaitavecluiuneliste,
il m’a fait voir son nom sur la premiŁre ligne et j ai
cru voir le tien sur la derniŁre ligne.
Cette information confirmait un pressentiment,
une dose d adrØnaline se diffusait dans tout mon
corps.
Honofrio m avaitrØservØ unrôledeconfident. Il
savait que j Øtais toujours disponible pour Øcouter
ses aventures. À l Øpoque oø il vivait une passion
folle avec Clara, j Øtais son conseiller littØraire, son
scribe, son correcteur orthographique.
Il avait rencontrØ Clara à la terrasse d un cafØ, et
l’avait tout simplement invitØe à une soirØe poØsie,
qu unde sesamisorganisait. DansunØlanpassion-
nel, il lui avait promis de lui consacrer un livret de
poŁmes.
Entreprenant,illuiavaitsuggØrØdelaraccompa-
gner. Elle s Øtait retrouvØe avec le bras d Honofrio
surl Øpaule. Ill avaiteneffetraccompagnØeaupied
de son immeuble. Il s Øtait invitØ à la bercer pour
l’endormir. ClaraavaitdØclinØl’invitation.
13DØpartprØcipitØpour CarthagŁne
Son amour passionnel pour cette jeune femme
l avaitpoussØàØcrireunlivretdepoŁmes,qu ilavait
dØposØàlaSociØtØdesGensdeLettres,sousletitre
«Enber antClara». IlØtaitcomposØd unecinquan-
taine de textes qui retra aient leur rencontre, leurs
amours,leursdØchirements. Ilavaitchoisiunpapier
de couverture marbrØ, qui donnait au livret une al-
luresØrieuseetfroidequicontrastaitavecletitre.
Dans la journØe, il n hØsitait pas àm’appeler frØ-
quemment.
− Halo RØgis, c est Honofrio, tu peux venir me
corriger un poŁme ?
Quelques instants plus tard je me retrouvais dans
son joyeux bazar, il avait les yeux brillants, la mine
dØfaite, l air abattu.
− Je n ai pas dormi de la nuit, elle m obsŁde, je
l aiinvitØàd ner,ellen estpaslibreavantlasemaine
prochaine,ellevaveniravecsamŁre,tusaissamŁre,
elle est libanaise.
Tiens lis-moi çà etcorrige les fautes :
« Clara toutes mes pensØes sont pour toi
Je ne compte plus les fois
Oø dans la journØe je pense à toi.
Ton image est toujours prØsente
Dans lecreuxamoureux des plisdemon esprit.
Je m en libŁre parfois pour regarder
La pluie qui coule insouciante sur les toits.
Tu es prisonniŁre de mes pensØes
Lesmessagesquejet adressenesontpascryptØs
Ils sont clairs comme la lumiŁre des rŒves.
Ferme les paupiŁres, laisse-toi bercer par la mØ-
lodie.
N entends-tu pas les mots agitØs qui sortent de
mon c ur
Au rythme de la frØnØsie ?
Telle l Øtreinte qui a rØuni nos sexes Øblouis.
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