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Dépendances imaginaires

De
91 pages
Ce que l’on ressent n’est valable que pour nous-mêmes. Chacun, dans sa forteresse, incarne un rôle, une tentative, mais nous n’avons que peu d’importance, et pourtant beaucoup, lorsque les cordes, qui nous attachaient aux socles, sont rompues. Mon visage se reflète dans la vitre de la chambre, au-dessus de la colonne, comme un hologramme ou un songe trouble. Les masques et l’ennui s’en vont, eux aussi, toute trame s’efface. Rien ne tient.
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Dépendances imaginairesFrédéric Delalot
Dépendances imaginaires
ROMAN© manuscrit.com, 2003
ISBN: 2-7481-2719-6 (pourle fichiernumérique)
ISBN: 2-7481-2718-8 (pour le livreimprimé)Avertissement de l’éditeur
DécouvertparnotreréseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littéraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimé telunlivre.
D’éventuelles fautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptéeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l’ouvrage, le texte en l’état.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone:0148075000
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com“Ils étaient un genre d’errance planétaire, l’oisif
projet,orchestréparlesDécimanes,aussiloinquela
moindrepartiedesanciensrâles. Ilsétaientl’inépui-
sableentrain,horsdesportesdulabeur,despiliersdu
musée dur, constitué de reliques, des capitaux figés
lors de l’an un. Peut-être n’aurions-nous eu aucune
bataille, sans cette trappe à vies pressées. Peut-être
que nous aurions pu continuer à alimenter le Mar-
goce, que l’ElWoM n’aurait pas disparu.
Ils projetaient leurs concepts à travers les jardins
bleus, entourés d’aquariums remplis de requins ap-
privoisés,leursidéesflambantes,autourdeterrasses
closes, de dalles végétales. Les médailles des di-
rectoires, ornant les murs transparents, rappelaient
des eaux troubles, des cercles infinis, où le peuple
s’animait, après avoir fabriqué ou modelé certaines
lipailles, qu’il s’offrait, en contrepartie de rares ef-
forts, autorisés par l’Ordre, du moins ceux que l’or-
ganisme régentait encore.
L’an un est un vieux souvenir, une décimale sup-
plémentaire,ajoutéeautempsretrouvé. Maintenant,
nous sommes sous le contrôle du monde, lui-même
assujettiautempsdécimane,créé,répertorié,auquel
nousavonsdroit,parordredeceuxquiontlepouvoir
sur l’étanchéité de l’espace, et de l’histoire. Nous
7Dépendances imaginaires
ne pouvons pas en sortir, à moins que certains n’ac-
ceptent notre départ des zones parfaites, afin de re-
joindrelesconfins,derechercherunélément,uneré-
ponse. Les liens de causalité déterminent, par trop,
cequidoitadvenir,lesmoyensd’accomplirl’oeuvre
du pur retrait. Il faudrait nous immiscer entre ces
noeuds de volonté, arracher les sphères de la conti-
nuité, juger un ensemble dont nous sommes la par-
cellaire matérialisation, l’immédiat accès.
Lerubanonirique,déjà,lesmaintenaitbienendif-
féré, à la veille des décisions, avant leur réalité. Ils
se réunissaient, observaient les longs bassins, blin-
dés, hypnotiques, nourris comme prévu. Les nuits
étaient venues, succédant aux célébrations du Virt,
aux cavales sensuelles, quand les poissons géants
tournaient, au coeur des vagues artificielles, en ar-
rière-plan des tactiles oublis. D’autres, scrutant les
scènes nues, depuis des balcons en bois, cernés de
plantes grimpantes, s’agrippaient aux élixirs flot-
tants, expulsés des cavernes rechargées, parées de
trophéesantiques,oùjaillissaientdesfontainesd’eau
potable. Ilssetouchaient,danslesherbeshautes,de-
mandaient à leurs corps de jouir.
Certains vestiges de lipailles restaient accrochés
auxportibules,au-dessusdesarbres,enunesortede
lévitation symbolique, d’obélisque surdimensionné,
reproduisant des figures de l’Ordre, pour un mo-
ment. Illusion entretenue d’une époque plus huma-
niste, scandée par des intermèdes, ces tableaux lu-
mineux résumaient une période faste, réveillée, que
nous connaissons grâce aux écrans liquides. L’ap-
parente liberté n’était cependant qu’une complainte
invisible, aux accents intrépides, une demande ex-
primée envers la routine, et la horde, et les trames
fatiguées. Ellen’était pas préméditée, encore moins
un concept, comme à présent.
8Frédéric Delalot
La grande amertume avait gagné les termes du
temps,embarquantceuxduNorddansunpéripleca-
ractéristique, auxlisières delafrontièreimpalpable.
Ils avaient suivi.
Il y a longtemps, ils avaient dû se battre ardem-
ment pour l’eau, et tous ses dérivés. Cette humide
tempête, dirigée vers les coins obscurs, n’avait pas
de commencement, elle était la cause même, la fin
de toute logique. Il fallait obtenir de l’eau, par tout
moyenpossible,éviterlapénuriebleue,oùtrônaient
les Décimanes, et à côté des zones parfaites, égale-
ment, malgré les rivalités, l’inconscience manifeste
desfactionsrécalcitrantes,enhautdumassifdeSald-
bergh. Ils avaient suivi.
Danscettefresqueensorcelante,ilsavaientsauvé
quelques requins, le fond des étendues. Ils étaient
d’une race superbe, d’une antique ascendance,
perdue au coeur de ce que l’on appelait l’histoire,
comme l’on disait aussi, pour classer les bêtes
gigantesques, la préhistoire. Ils avaient perduré,
après ces vagues impressionnantes, mais terminées,
après l’histoire. Peut-être avaient-ils capturé assez
d’instants précieux, puis l’ensemble des diversités.
Peut-être avaient-ils parcouru, à jamais, ces vastes
villes souterraines, touché au panel entier des maté-
riaux biologiques. Nous ne pouvons qu’extrapoler
le cours des choses, car les bibliolubes, terrées
dans les glaciers ultimes, ne sont plus opérantes.
Les monuments, les idées, les techniques passées,
condensésdanslavalléedePartres,n’indiquentque
des parcelles d’éternité, le soir de ce monde âgé, et
foisonnant.
Nous les voyons s’ébattre, autour des bassins,
maintenant, sur leurs plates-formes de prédilection,
en altitude. Ils glissent l’un sur l’autre, depuis
l’heureducielartificiel,vertetor. Ilsplongentdans
de profondes picéanes, se tournent, se retournent,
sous l’effet des gouttes d’alcantique, qui puisent
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