Dérapages

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Insolites et déconcertantes, ces nouvelles traduisent l'irrationnalité du destin. C'est avec un humour corrosif et un cynisme tempéré de tendresse que l'auteur se livre à une habile exploration des travers humains. F. KLEIN sait rendre fascinante une histoire simple. Ceci, à travers des personnages ordinaires mais très attachants car ils réagissent de façon imprévisible à l'événement qui perturbe le cours de leur existence. Une citation littéraire appropriée précède chaque nouvelle.
Publié le : mardi 2 juillet 2002
Lecture(s) : 58
EAN13 : 9782748115468
Nombre de pages : 279
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Dérapages
F. Klein
Dérapages
NOUVELLE
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748115473 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748115465 (pour le livre imprimé)
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“Je le crois parce que c’est absurde”
(Tertullien : l’Apologétique)
LA TABLE NUMERO TREIZE
« Partons à cheval sur le vin Pour un ciel féerique et divin » (BAUDELAIRE : Les Fleurs du Mal)
Un frisson de dégoût lui fit détourner la tête de l’assiette que le garçon venait de glisser sous le nez de son compagnon. Penché sur elle, la lèvre gour mande et l’œil brillant de convoitise, l’homme sem blait vouloir se ruer sur cette chose écœurante : une tête de veau au chou caramélisé. Horrifiée, elle crut un instant que ce goinfre allait baver dessus. Ce plat succédant à un pied de cochon farci aux champignons, dont l’apparence l’avait déjà forte ment incommodée, l’idée l’effleura de quitter brus quement la table sans un seul mot d’explication. Indignée, elle trouvait proprement incroyable que dans un restaurant français d’une telle réputation, situé de surcroît en plein cœur de Londres, phare de l’humanité en matière de bon goût et de sens de la mesure, on puisse proposer des mets encore plus répugnants que les indécentes cuisses de grenouille. Première déception, tout à l’heure, en découvrant ce prestigieux établissement : une entrée fort banale, chichement ornée d’un modeste bac à pétunias. La plante qu’elle détestait sans doute le plus. Moquette et murs d’un beige affligeant, fauteuils à armature chromée garnis de coussins couleur rose fade. Rien,
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dans tout cela, qui soit susceptible d’émouvoir une âme ayant le sens de l’esthétique. Et pour comble de mauvais goût, sur chaque table, un mesquin bouquet de fleurs séchées dans un ridicule vase en faux verre de Lalique. Seule note d’élégance : des assiettes en porcelaine de Limoges « indienne platine ». Elle déplora que chez « Valentin », la clientèle soit plus sensible au plaisir des papilles gustatives qu’au raffinement du décor. Et puis cet emplacement de leur table ! A côté de l’escalier conduisant au soussol : de son fauteuil, sans même lever la tête, elle voyait scintiller en per manence le néon des TOILETTES. Le maître d’hôtel s’était d’ailleurs excusé : « La numéro douze n’est pas, hélas, notre meilleure tableC’est vrai, mais votre réservation si tardive, vous comprenez» Prenant un malin plaisir à ne pas commencer à manger, elle jeta un regard oblique à son commensal. « C’est pourtant vrai que cet animal va se mettre à baver » eutelle le temps de penser avant que celuici ne plante allègrement sa fourchette dans son horrible morceau de boucherie. En marmonnant : « Désolé, mais faut jamais laisser refroidir. » Lorsque vers la fin de l’aprèsmidi, son patron ruisselant de déférence lui avait présenté cet impor tant client, elle ne put s’empêcher, sur le moment, d’être séduite par l’impressionnante phraséologie fi nancière de l’individu. Au point de ne pas remar quer ses oreilles aussi poilues que celles d’un pota mochère. Elle cherchait à présent à comprendre la raison qui l’avait poussée, femme d’une aussi grande finesse de goût et de sentiments, à accepter cette invitation à dîner. Sans aucune obligation professionnelle, en outre, ayant pris librement sa décision alors qu’elle raccompagnait ce client à la porte de leurs bureaux.
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