Dernier de lignée

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1960. Dans une bourgade de France, une famille de l'ancienne noblesse française tente de maintenir son rang en appliquant les principes de loyauté de l'Ancien Régime malgré les aléas de la politique moderne.

Et pour se convaincre aussi que les défauts humains ne sont pas irrépressibles.

Cet ouvrage a reçu le Prix de Littérature de la Fondation de France le 23 Mars 1983.


Publié le : jeudi 15 janvier 2015
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EAN13 : 9782332808790
Nombre de pages : 170
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-80877-6

 

© Edilivre, 2015

Du même auteur

Du même auteur :

– Poèmes inédits de chansons

– Nouvelles brèves

Série Policière « Al Stabritt, Détective Privé » :

– Le rire de la peur

– La main du diable

– Violences feutrées

– Incendie au Grant Hôtel

Romans :

– Gorgonie (ou La maison à béquilles)

– Le Baron Sampain (ou Les Mondanités)

– Pousse d’ivraie (ou une Leçon de Vie)

– Dernier de Lignée (ou Noblesse oblige)

Dernier de lignée

 

 

Œuvre de Fiction

Toute ressemblance avec des événements ou des personnes existants ou ayant existé serait fortuite.

Tous droits réservés

Copyright Géraud de MURAT

 

 

Du Château, il ne restait que ruines. Dominant de haut le large fleuve dont, cent mètres en amont, un bras s’était détaché pour passer tout près et s’associer, en le soulignant, au fier défi par lequel, ainsi dressées, elles attestaient encore de leur majesté passée.

En ce lieu, l’homme avait profané puis détruit un chef-d’œuvre de l’homme. Malgré l’oubli du temps, la crête des murs, indélébilement noircie, accuserait toujours les traces de l’incendie révolutionnaire tandis que les pierres, étonnamment blanches, paraissaient avoir été lavées du viol par la pluie et purifiées des contacts sauvages par le soleil.

Il surprenait d’autant que l’environnement fût aussi soigneusement entretenu. Visiblement tracées sur les dessins originaux, les pelouses étaient rigoureusement tondues et d’immenses massifs de fleurs s’épanouissaient un peu partout en dégageant cependant l’entrée de la vaste Cour d’Honneur paradoxalement intacte.

Seule discordance apparemment voulue, un énorme cèdre calciné et figé en avant-garde d’arbres séculaires, tendait vers le ciel des branches implorantes en imposant fortement l’étrange sensation d’une présence permanente, invisible gardienne d’un mystère.

Alban de Sancilly, le Marquis de l’époque tout à coup devenu ci-devant, avait confié à sa descendance un testament oral. Plusieurs fois, et afin qu’ils complètent les terribles images qu’ils avaient pu conserver du drame, il avait répété à ses deux fils de quatre et cinq ans les moindres détails de la soirée tragique.

Ainsi était-il certain qu’ils pourraient, à leur tour, transmettre à leurs propres descendants un récit les incitant à en perpétuer le souvenir tout en respectant le devoir sacré qu’il avait instauré.

Déjà informé des troubles qui secouaient la Capitale depuis quelque temps, le Marquis n’ignorait pas l’éventualité d’un déferlement subit et désordonné vers la Province. Il savait que le pire pouvait se produire et que nul n’aurait alors la possibilité d’y échapper puisque toute forme de protection lui apparaissait illusoire.

Attaché à son nom, responsable de ses gens, esclave de sa terre, il avait décidé de ne pas se laisser aller à la déshonorante solution de la fuite. Il se devait, pour son Pays, pour ses ancêtres, pour lui et les siens, de faire face. Le courage étant sa force, il pensait que, dépositaire d’une longue tradition de loyauté et de dévouement, sa seule présence suffirait à écarter tout danger.

Mais, en cette fin de journée ensoleillée, il comprit brusquement que tout était perdu et combien il avait eu tort de croire au pouvoir des plus louées des vertus. Remontant le chemin de halage, formés en horde déchaînée et brandissant les armes les plus diverses en chantant des refrains hostiles, des hommes se ruaient vers le Château.

Ce fût à peine si Baptistin, le garde forestier, avait eu le temps de partir en direction de la forêt avec les deux enfants lorsque le Marquis s’était élancé au-devant des émeutiers pour tenter d’arrêter leur fol assaut dévastateur.

En vain. Bousculé, frappé, piétiné, il crut que sa dernière vision de l’humanité serait, sur fond d’azur, cet affreux tableau fait de corps tendus dans la révolte et de visages déformés par une haine qu’il ne pouvait comprendre puisqu’il ne l’avait pas motivée.

Après le pillage, les hautes flammes éclairèrent toute la nuit la grandiose agonie du berceau ancestral.

À l’aube, les derniers vandales ivres de colère et d’alcool partis, Baptistin avait retrouvé, dans l’âcre fumée de la désolation, un corps pantelant qui devait rester infirme. Plus tard, ayant recouvré ses esprits, Alban de Sancilly mesurait toute l’étendue de la tragédie en constatant que sa femme avait péri dans l’incendie ainsi qu’en témoignaient, épars dans les décombres, des lambeaux du vêtement qu’elle avait porté ce jour-là.

Son merveilleux amour anéanti, cachant au plus profond de ses pensées l’ineffaçable souvenir de son bonheur, il pensa à ses fils, à son devoir. La fermeté de son caractère ne permettant pas de ne point survivre à une épouse adorée, sa volonté tira son corps douloureux vers une inlassable activité qu’il employa aussitôt à recréer sur place le foyer des Sancilly et la maison de Ferme principale abrita désormais sa tristesse désespérée et la précoce gravité de ses enfants.

Afin de faire disparaître toute trace des ravages autour des ruines, les pelouses avaient été reconstituées et ornées d’une floraison permanente pour faire des murs mutilés de son Château un haut lieu bien dans l’esprit de sa vénération.

Un sanctuaire dont il entendait que l’ensemble demeurât tel que l’avait laissé cette foule odieuse, atteinte d’une meurtrière folie, pour que tous les aînés des Sancilly acceptent, l’un après l’autre, la charge intangible d’en maintenir l’exemple.

Au cours des années qui suivirent, la Ferme fut transformée en une magnifique demeure. Des constructions successives avaient pu être réalisées grâce à des prodiges d’énergie car, en effet, le Marquis avait voulu que restât enfoui pour toujours sous les ruines le trésor familial disparu et recouvert par des cendres auxquelles nul n’aurait jamais le droit de toucher.

Les terres immenses, les épaisses forêts devaient suffire à l’élaboration d’une nouvelle sécurité pour ses descendants et les inciter à suivre filialement les désirs de son cœur.

Alban de Sancilly eut encore la force de vivre une quinzaine d’années. Le temps de voir ses fils devenir des hommes. Des hommes forts ayant fait leurs les idées paternelles. Il s’éteignit enfin, conscience en repos, dans un long soupir de soulagement et, ainsi qu’il l’avait exigé, il fut inhumé au pied du grand cèdre brûlé, symbole de la détresse humaine, face à ce gigantesque mausolée à ciel ouvert.

 

 

La pluie avait commencé en caressant les persiennes puis, peu à peu, intensifiant sa présence, elle semblait vouloir pénétrer ce domaine inconnu qui lui était refusé. Comme prise à son propre jeu, elle s’aidait du vent pour appliquer sur cette frontière des coups violents et de plus en plus rapprochés qui la faisaient gémir. Enfin, lassée par ses vains efforts, elle devint diluvienne pour marteler rageusement le rebord de la fenêtre.

Valérie, étendue sur son lit dans la pièce obscure, appréciait cette forte colère de la nature avec laquelle, ce soir là, son état d’esprit se trouvait en harmonie. Il lui plaisait que les éléments parussent approuver sa propre révolte tout en prolongeant l’écho d’intimes pensées chaotiques suggérant une action décisive et, dans le paroxysme de son inquiétude, elle souhaitait, de tout son être fébrile, une progressive détente qui lui permettrait de concrétiser une décision s’obstinant à la fuir.

La pluie ne cessait point mais, son ire calmée, elle s’était transformée en un bruit sourd et régulier, insidieux, berçant des idées enchevêtrées dont le sommeil s’emparait.

La faisant enfin sortir de l’ambiance onirique dans laquelle l’avait plongée le lourd repos de cette fin de nuit, la préoccupation subconsciente de Valérie l’avait réveillée et placée à nouveau devant la déplaisante réalité.

Elle en convenait, bien d’autres à sa place se seraient estimées satisfaites par une tranquillité matérielle à toute épreuve et auraient évité de prendre des initiatives susceptibles de venir la troubler. Mais, en ce qui la concernait, elle avait l’absolue conviction que la rencontre avec le bonheur passait avant tout autre considération.

Et c’est bien pour cela qu’elle se rebellait contre l’ordonnance ouatée d’une existence dont le climat sentimental, limité par de hautes barrières de respect, ne pouvait qu’écarter toute possibilité de changement… à moins que, se sachant parfaitement capable des pires audaces comme des renoncements définitifs, elle ne se décidât, ainsi qu’elle y pensait de plus en plus sérieusement, à provoquer la rupture des habitudes par un éclat quelconque…

Ce n’était cependant pas facile. Si, chaque matin en reprenant les gestes machinaux, elle ne pouvait s’empêcher de souhaiter ardemment la manifestation de cet événement auquel elle pourrait devoir de connaître la direction à prendre pour franchir la ligne qui bornait son horizon, elle ne l’accepterait, et elle le savait bien, qu’à la condition que cela puisse se faire sans dommage et que peines ou remords en soient exclus.

Oui, ses vingt ans frémissants s’impatientaient vraiment et leur hâte à s’exprimer ne cessait de l’opposer à la tradition avec une violence dissimulée mais chaque jour plus difficile à réprimer. La veille encore, elle s’était cabrée une nouvelle fois lorsque, chacun observant, après le dîner, un délai poli avant de se retirer, Bertrand lui avait dit d’une voix mielleuse :

– Ce serait une telle bonne chose si vous consentiez à épouser Ancelin de Sancilly…

Son oncle Bertrand, frère puîné de son père, était un Bénédictin de vocation tardive. Gravement blessé au cours d’une de ces petites guerres qui laissent de grandes plaies, il avait dû abandonner tout espoir de redevenir un homme normal et, se tournant vers la Religion, il s’était forgé une personnalité mouvante qu’elle n’appréciait guère. Seules, son éducation et sa bonté naturelle lui avaient fait répondre doucement :

– Oui, mon oncle, je sais. Je sais toute la joie que vous éprouveriez tous deux si j’épousais un Sancilly. Mais, je vous l’ai déjà dit, je connais à peine mon petit-cousin et il ne m’attire réellement pas. Je persiste à vous dire que je ne pense pas qu’un mariage puisse être consenti. Il doit être désiré.

– Les sentiments, ma chère, peuvent se révéler plus tard… Vous ne ressentez aucune inclination en ce moment, soit, mais vous n’éprouvez point de dégoût… Le devoir s’assortit parfois de bien des excuses…

– … dont je n’ai nullement le désir de faire profit… Quant au devoir…

Il l’avait interrompue :

– Et que pensez-vous de Léopold Sieradesky ?

– Décidément, mon oncle, vous avez grandement peur que je ne me voue au célibat ! Pour tout vous dire, je ne pense pas grand-chose de Léopold Sieradesky !… Conversation banale, manières apprêtées…

Il l’avait à nouveau interrompue :

– Il est d’excellente famille, beau garçon… de bon commerce…

– Peut-être. Mais Père ajoute qu’il est israélite.

– Allons, Valérie !… Voyons… le temps de ces préjugés inhumains est dépassé ! Seule la qualité de l’homme mérite d’être prise en considération. Les Religions se rejoignent toutes et ne peuvent plus constituer un obstacle.

– Bravo !… C’est mon opinion depuis longtemps mais il apparaît qu’en ce qui concerne Père les restrictions sont toujours valables… Et pour ce qui est de vous, mon oncle, je pense que votre mise au point découle indubitablement des directives assez révolutionnaires, avouons-le, du Concile œcuménique !… Faut-il enfin que toutes vos relations se sentent faibles devant le progrès pour avoir tout à coup décidé d’une union tellement contraire à tout ce qu’elles se sont séculairement évertuées à imprimer dans l’esprit des enfants…

– Valérie, je vous interdis… !

Alban, son père, était intervenu d’une voix forte. Par coutume impérative, tous les premiers enfants mâles de la famille recevaient ce prénom et se devaient de perpétuer les prérogatives et les servitudes des anciens titulaires d’un nom au prestige déjà incontesté avant les Croisades.

C’était devenu pesant et malaisé mais, bien qu’un tel usage allât inéluctablement vers sa péremption, l’autorité de l’actuel Maître de Sancilly ne pouvait qu’être admise sans discussion. Sa volonté, son sens des obligations, toutes ces qualités qui lui avaient été imposées aussi bien par une stricte observance des principes que par d’obscures règles héréditaires, ne parvenaient point cependant à masquer tout à fait l’expression d’un tourment devenu chronique.

Cela tenait à ce qu’il avait cru au bonheur et n’avait jamais été heureux. Abordant les grands actes de la vie dans ce même esprit de caste avec lequel il n’aurait su transiger, il s’était marié selon son rang… En pensant sans doute, lui aussi, que les sentiments pouvaient se révéler plus tard…

Hélas ! Il s’était très rapidement aperçu que ce n’était qu’illusion. Peu après la naissance de son enfant, la mère de Valérie avait tout sacrifié à la recherche de son propre critère de la félicité. Moralement exténuée, se révoltant brusquement devant le chemin de vie qui lui était assigné avec rigorisme et prépotence, souffrant sans doute d’une psychose née de sa maternité, elle s’était adonnée à une inconduite qui devait l’anéantir.

Atteint dans sa fierté atavique, Alban avait mal réagi. Partiale, son analyse de la situation ne lui permit pas de comprendre sa part de responsabilité dans cet indigne comportement et, se considérant comme abominablement outragé, abhorrant toute féminité comme s’il se fût agi d’une abjection, il se prit à regretter profondément que le fruit de cette union de convenance ne fût pas un mâle.

Refoulant désormais toute aspiration, craignant la femme, il s’était confiné dans l’unique souci d’accomplir avec dignité une destinée obligatoire. Ceci bien que convaincu de son inutilité puisqu’il lui était ainsi dévolu de clore le chapitre de la longue lignée des Sancilly de la Branche aînée.

Comme si rien ne s’était passé, car il était d’usage tacite et bien établi dans la famille de ne jamais insister sur les choses désagréables, Valérie embrassait les deux hommes et se retirait, également soumise et douce :

– Bonne nuit mon oncle, bonne nuit père…

 

 

Au matin, après cette trop longue nuit alourdie d’angoisse, Valérie savait qu’elle n’échapperait pas à son désarroi qu’en ayant le courage de ressasser les mêmes pensées moroses afin de finir par trouver une solution en étudiant sans indulgence tout ce qui s’était produit autour d’elle.

Certes, elle les aimait bien ces deux êtres dont l’affectueuse présence avait entouré toute sa vie. Chacun d’eux selon sa nature, Bertrand avec une faiblesse nimbée d’onction et Alban avec toute sa force têtue, ne lui avait-il pas toujours témoigné une grande tendresse ?

Un oncle important, adipeux, dont il fallait deviner que le sourire permanent, paresseusement mondain, était pourtant sincère et que sa santé ébranlée obligeait à passer plus de temps à Sancilly qu’en son Abbaye…

Un père grand et sec, tendu, visiblement empêtré dans les multiples charges héritées de l’étonnante survivance du Droit d’Aînesse auxquelles s’ajoutaient les tourments inavoués de la déception.

Une dissemblance frappante qui rendait d’autant plus remarquable cette même façon de penser qu’ils exprimaient en complet accord dès qu’il s’agissait de leur chère Valérie.

Ce sentiment, d’autant plus fort qu’il était exclusif et associé à cette unité d’action contrôlée par le respect de l’esprit de caste, était évidemment émouvant, compréhensible, respectable même, mais très insuffisant pour lui faire oublier que tous deux eussent certainement préféré à la sienne la venue d’un nouvel Alban pour continuer la glorieuse Lignée !

La preuve ?… Leurs tentatives pour effacer l’erreur pourtant définitive de la nature par un palliatif consistant en un mariage providentiellement possible avec un arrière, arrière, arrière petit-cousin nommé Ancelin de Sancilly !!

Car, depuis une année environ, par petites touches que leur renouvellement privait de délicatesse, ils essayaient de l’amener à envisager cette possibilité. Il n’était pas douteux que ce fut dans leur désir commun de conserver au Domaine ce nom qui allait logiquement se perdre en raison de leur état d’impuissance, l’un par une misogynie paralysante et l’autre par des blessures dévastatrices, qu’ils tentaient de la diriger vers la seule voie possible.

Une voie qui, selon eux, devait lui permettre de passer outre à des aspirations dont ils étaient peut-être conscients mais qu’ils jugeaient enfantines. Et elle se révoltait contre cette insistance courtoise qui dissimulait néanmoins un pitoyable calcul dont on souhaitait ne pas avoir à parler.

Objectivement, elle convenait que son petit-cousin ne méritait ni mépris ni indifférence. Elle le connaissait très peu et, s’il est vrai qu’elle ne se sentait nullement attirée vers lui, il lui fallait admettre que son attitude et sa personne n’y étaient absolument pour rien.

Ancelin était racé ; sans ostentation et d’une manière qui ne s’apprend pas. Physiquement, il ressemblait assez à Alban de Sancilly mais, si sa réserve était égale, son comportement et ses gestes semblaient empreints d’une plus grande humanité.

Issu de collatéraux fixés à La Bâtre, petite Ville proche où les avait autrefois relégués la coutume, il avait osé faire ce qui lui plaisait. Éclectique, nanti de Licences et de Doctorats divers, il attendait, à vingt-huit ans, sa nomination comme Professeur de Mathématiques Supérieures ; une carrière dans l’exercice de laquelle, sans une ombre d’austérité, il apporterait certainement le sérieux des réflexions profondes mais, surtout, la fantaisie d’un caractère qui s’était avéré fort gai. En résumé, il n’était pas mal, pas mal du tout, Ancelin. L’impérieuse raison qui la poussait à ne pas s’y intéresser ne résultait-elle pas tout simplement de l’effort qui tendait à l’y contraindre ?

Quant à Léopold Sieradesky, c’était tout à fait différent. Lorsqu’elle avait répondu à son oncle qu’elle n’en pensait rien, c’était bel et bien qu’elle n’en voulait rien penser.

Tout d’abord, elle avait noté qu’il excellait à parler de lui et n’avait pas tardé à définir que c’était le meilleur moyen d’éviter les questions qui peuvent gêner. Enfin, elle s’était aperçue que, s’il veillait à donner l’impression d’un être raffiné, il joignait à certaines façons d’être, un rien de mauvais garçon semblant relever d’une tactique équivoque pour attirer l’attention des femmes. De toutes les femmes, pour mieux capter leur intérêt…

Aussi bien pensait-elle qu’en Bénédictin agissant avec la diplomatie d’un Jésuite, son oncle Bertrand n’avait parlé du second que pour mettre davantage en évidence les qualités du premier.

Mais que faire ?… Fuir pour un temps l’atmosphère déprimante ? S’évader pour tenter de trouver dans l’inconnu de la solitude le moyen de parvenir à éviter le trop raisonnable parti d’un mariage précisément dit de raison ?

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