Dernière sortie avant péage

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Tuer n’est pas un métier facile. Surtout quand votre employeur est la Sécurité Sociale. Tueur à gages averti, Philippe parcourt les hôpitaux du Sud Ouest de la France. Inlassablement, il accomplit sa mission avec la plus extrême minutie. La vie de ce célibataire endurci est réglée comme du papier à musique jusqu’au jour où Philippe tombe sous le charme d’une jolie blonde rencontrée au supermarché. C’est le grain de sable qui va faire dérailler le mécanisme trop parfait de son existence. Roman à l’humour caustique, Dernière sortie avant péage navigue entre idées noires, vengeances absolues et romantisme option débutants.
Publié le : samedi 11 septembre 2010
Lecture(s) : 230
EAN13 : 9782304035162
Nombre de pages : 232
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Titre
Dernière sortie avant péage
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Titre Stéphane Zirilli
Dernière sortie avant péage
Roman
5 Éditions Le Manuscrit Paris
© Éditions Le Manuscrit, 2010 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-03516-2 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304035162 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-03517-9 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304035179 (livre numérique)
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Chapitre 1
CHAPITRE1
Le corps bougeait encore un peu. Les derniers soubresauts. La vie qui s’échappe, inexorablement. J’appuyais un peu plus sur l’oreiller. À cet âge-là, ça ne devait plus trop tarder. Voilà. Ses jambes se raidissaient. Plus de mouvement. Je retirai l’oreiller. Le vieil homme avait l’air serein. Son visage était détendu. Relâché, même. Tout autour était d’un calme angélique. Même pas le sacro-saint moniteur pour lancer ses bips réguliers, ou, pire, ses appels d’urgence quand les battements du cœur s’affolent. Débranché. Un noir d’encre enveloppait mes activités. Sous la porte d’entrée filtrait un mince filet lumineux, cette lumière blafarde des hôpitaux qui s’insinuait partout et qui rendait ce milieu anxiogène. Trêve de digressions. Je ne devais pas me laisser perturber. J’avais une mission à effectuer. Je glissai mon index sous ses narines, pour vérifier. C’est que, l’être humain est malin. Surtout quand il s’agit de survie. Lors d’une de mes toutes premières interventions, un petit
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Stéphane Zirilli
vieux avait simulé sa mort. Il m’avait ensuite bondi dessus (quand j’y repense, quelle énergie pour un mourant !) et mordu deux doigts. J’avoue que, sous le coup de la surprise, je n’avais pas réagi de manière professionnelle. Mon coup sur la nuque, sec et puissant, lui fut fatal. J’avais sur-réagi, dira-t-on. Je n’aime pas travailler à mains nues. C’est une manière rustre d’arriver à ses fins. Et puis, ça laisse des traces. Il y a tellement de façons plus discrètes et plus satisfaisantes pour occire quelqu’un. L’oreiller en est une. Efficace, insonore, aucune trace. L’arme parfaite. J’aime l’oreiller. Je connais bien une demi-douzaine de façons d’abréger les souffrances d’une personne à l’aide d’un oreiller. Et ça ne s’apprend ni à l’école, ni dans les livres. Rien ne vaut l’expérience. Pas de risques. Ne prendre aucun risque. Mais là, c’était parfait. Il ne respirait plus. Je l’avais délivré de son mal. Demain, une famille entière sera partagée entre la douleur et le soulagement. Mais ce n’était plus de mon ressort. Je restais un moment là, contemplant et savourant le silence. Où était à présent mon triste colocataire ? Son âme était-elle en attente d’un accès au paradis ? Mais avions-nous seulement une âme ? Du fond de mes entrailles remontaient des voix cristallines. Un chœur d’anges, à s’y méprendre. Et puis, une guitare saturée qui
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arrive, la batterie qui impose son rythme urgent. C’était Stilskin, Inside. Un one-hit wonder, comme on les appelle, ces groupes qui n’ont pu pondre qu’un seul hit – monumental au demeurant -, mais qui n’ont jamais pu faire mieux. La petite consécration du morceau avait été sa récupération par Levi’s pour une de ses publicités télévisées. J’aime beaucoup le rock. Cela m’aide à me concentrer dans mon travail. Je n’ai pas besoin de walkman, de lecteur CD ou de MP3. Tout est chargé en moi, je suis une machine musicale ambulante. C’est pour ainsi dire ma seule distraction. Je me glissais dans les couloirs de l’hôpital, sans hâte. La nuit, le personnel de surveillance est des plus restreints. Je retrouvais ces couloirs aux couleurs fades, assommantes qui étaient mon lot quotidien. Je n’arrivais toujours pas à m’y faire, je n’aimais pas les hôpitaux. Mais qui les aimait ? L’infirmière de garde se rendrait compte du décès d’ici deux ou trois heures. Diagnostic du médecin appelé en renfort : mort de sa belle mort. Dans son sommeil. La cruelle et longue maladie aura eu raison de ce malheureux patient. La nuit était belle, sans étoile. J’avais fini ma journée. J’humais l’air léger alentour. C’étaient les meilleurs moments de mon boulot : la nuit,
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seul, le silence, le sentiment du devoir accompli. Je pouvais rentrer l’esprit libre.
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