Des causes de la grandeur des villes

De
Publié par


Quels sont les facteurs de la croissance urbaine ? Pourquoi certaines villes se développent-elles plus que d’autres ? Comment explique-t-on qu’une population cesse d’augmenter ?


Autant de questions, propres aux sciences sociales modernes, qui dès 1588 orientent la réflexion de Botero dans ce petit livre, chef-d’œuvre de la géographie et de la pensée urbaine. Nourri de l’information produite par l’extension considérable du monde connu au XVIe siècle et d’une forme nouvelle de comparatisme, il témoigne d’une approche déjà « globale » et présente une idée neuve de la ville.


Édition de Romain Descendre

Publié le : samedi 19 septembre 2015
Lecture(s) : 0
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782728839704
Nombre de pages : 192
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
1 Note sur l’édition
G iovanni Botero publieDelle cause della grandezza delle cittàà Rome, chez Giovanni Martinelli, en juin 1588. Dès l’année suivante, il reprend le texte en appendice au deuxième tirage de l’édition princeps deDella ragion di Stato(Venise, 1589). Bénéficiant du très grand succès du traité sur la raison d’État, le texte connaît huit éditions en dix ans. Depuis sa première édition, le texte original n’a plus eu de circulation autonome : lesCausesparurent toujours à la suite de laRagion di Stato. 2 Seul Mario De Bernardi reproduisit en 1930 l’édition de 1588 . Très vite ont été publiées des traductions en espagnol (1592), en 3 allemand (1596), en latin (1602), en anglais (1606 et 1635) . En français, aucune traduction n’avait paru jusqu’à présent. Il n’existe pas d’édition critique. La dernière leçon à avoir vu le jour, celle que Luigi Firpo procura en 1948 en prenant appui sur l’impression vénitienne de 1598, est la plus fiable des éditions modernes mais reste fautive.
1. La traduction, l’appareil critique et la postface de ce livre doivent beaucoup aux collègues et amis qui ont accepté de les relire de près – JeanLouis Fournel et JeanClaude Zancarini, Patrick Boucheron et Christophe Brun –, et à ceux qui m’ont invité à en parler sur de lointains rivages – Eni Orlandi et Eduardo Guimarães. Je leur adresse ici mes remerciements les plus chaleureux. 2. G. Botero,Delle cause della grandezza delle città. Ristampa dell’edizione del 1588, Turin, Istituto giuridico dell’università di Torino, 1930. Comme l’a écrit Firpo, le texte a été édité par De Bernardi selon des critères relevant d’une « reproduction plus mécanique que critique ». Voir L. Firpo, «BoterianaV. La fortuna di un piccolo capolavoro : ilDelle cause della grandezza delle città», p. 103. 3. Signalons que c’est en anglais et, un peu plus tard, en latin, que le texte a circulé de façon autonome : deux traductions anglaises différentes sont publiées à Londres en 1606 et en 1635 ; une version latine, à Helmstadt en 1665 (qui reproduit celle qui avait été publiée en 1602 à Strasbourg, à la suite de laRaison d’État latine, laquelle était en fait une traduction de la version allemande publiée en 1596).
5
La présente traduction s’appuie sur la version originale de 1588. Nous avons cependant collationné toutes les éditions parues du vivant de l’auteur. Celuici apporta des modifications à quatre reprises, en 1589 (Venise), 1 1590 (Rome), 1596 (Milan), 1598 (Venise) . Les variantes (corrections, coquilles, omissions, adjonctions) sont peu nombreuses mais la plupart du temps significatives. Je les ai toutes signalées et traduites en note. C’est ici la première fois que l’opuscule de Botero est systématiquement annoté. Ces notes sont gouvernées principalement par cinq exigences : – Signaler et éclaircir les multiples références littéraires, philosophiques et historiques qui le constellent, presque toujours implicites. – Souligner et expliciter les faits linguistiques et conceptuels les plus significatifs et justifier certains choix de traduction. – Apporter la traduction des variantes. – Identifier le plus grand nombre possible de sources. Elles sont cependant trop nombreuses et variées pour que nous puissions prétendre à l’exhaustivité; l’auteur n’aide pas l’éditeur en ne les mentionnant que très rarement. – Apporter les informations biographiques, historiques, géographiques, littéraires et théoriques nécessaires à la compréhension du texte. L’éditeur Martinelli publie simultanément un court recueil, conçu comme un complément àDelle cause della grandezza delle città: lesTre discorsi appartenenti alla grandezza delle città. L’uno di M. Lodovico Guicciardini. L’altro di M. Claudio Tolomei. Il terzo di M. Giovanni Botero», le. C’est le troisième de ces «discours Discorso di M. Giovanni Botero che numero di gente facesse Roma nel colmo della sua grandezza, dont nous donnons la traduction à la suite desCauses.
R. D.
1. Voir en bibliographie les références complètes de ces cinq éditions. Les autres impressions sont des reproductions des éditions précédentes : Ferrare 15891590 reproduit Venise 1589 ; Turin 1596 reproduit Milan 1596 ; Milan 1598 (mais 1597 pour lesCause) reproduit Milan 1596 ; Venise 1601 e et Venise 1606 reproduisent Venise 1598. Quatre autres éditions ont paru auXVIIsiècle après la mort de Botero en 1617 (toutes à Venise : 1619, 1640, 1659 et 1671). Le texte italien a ensuite été édité e e trois fois auXIXsiècle (Milan 1830 et 1839, Turin 1872) ; trois fois encore auXXsiècle, par Carlo Morandi (Bologne 1930), Mario De Bernardi (Turin 1930) et Luigi Firpo (Turin 1948).
6
1 Des causes de la grandeur des villes
À l’illustrissime et excellentissime dame, 2 madame Cornelia Orsini d’Altemps , 3 duchesse de Gallese, etc.
D e même que, parmi les œuvres formées sous le ciel par Sa Divine Majesté, la plus noble et la plus digne est l’homme, de même, parmi les œuvres extérieures de l’homme, il n’en est aucune qui soit plus grande que les villes. En effet, l’homme étant naturellement sociable et enclin à communiquer ses biens, la conversation et la communication réciproque de tout ce qui appartient à la vie trouvent leur accomplissement dans les 4 5 6 villes . Ici, l’industrie, les arts et le commerce, ici la justice, la force , la libéralité, la magnificence et les autres vertus ont leurs théâtres, où elles s’exercent pour le bien commun et resplendissent de leur plus grande gloire. Les villes sont, en définitive, comme de petits mondes formés 7 par l’homme, dans le grand monde créé par Dieu . Et de même que la contemplation de la nature conduit à la cognition des grandeurs de Dieu, 8 de même la considération des villes apporte une certaine connaissance particulière de l’excellence de l’homme, qui rejaillit aussi pour la louange et la gloire de Dieu, dont il est la créature. Voilà ce qui me conduisit naguère – à l’occasion des différents voyages qu’il m’a été donné de faire 9 ces dernières années – à rechercher les causes qui font qu’une ville est plus grande qu’une autre, et ce qui me conduit, à présent que je veux confier mes discours aux presses, à les honorer du nom très illustre de Votre Excellence, puisque c’est à vous, à plusieurs égards, qu’ils conviennent particulièrement. Ils conviennent à la hauteur de votre lignage et de votre sang, parce qu’ils traitent de matières seigneuriales ; à la multitude de vos titres et états, parce qu’il s’agit de fonder et d’agrandir des villes ; à la noblesse de votre entendement, parce que l’on y discourt des choses les plus importantes qui puissent se présenter dans les conseils des princes.
9
Ils conviennent à la solitude dans laquelle Votre Excellence s’est trouvée, donnant grand exemple de constance et de vaillance dans un âge encore 10 si jeune et si vert , puisque, sans qu’il vous soit besoin de quitter votre maison, vous trouverez là, en un succinct abrégé, tout ce qu’il y a de grand et de magnifique sur Terre. Ils conviennent à votre religion et à votre piété, puisqu’ils ouvrent, pour ainsi dire, un vaste champ où l’on perçoit l’infinie providence de Dieu qui, tel un excellent pasteur, fait paître entre les murailles de villes immenses l’innombrable multitude de ses brebis douées de raison. Et la petitesse de la chose ne me retient pas, parce que plus elle sera faible et basse, plus elle sera propre et apte à découvrir et à rendre manifeste l’incomparable bonté de Votre Excellence. Y atil chose plus grande que le soleil ? Et pourtant, il ne montre en nul lieu plus clairement que dans la concavité d’un petit miroir l’intensité de sa lumière et de son ardeur. Mais quand bien même tout manquerait à mon opuscule, je suis sûr qu’il sera accueilli par vous avec un œil serein et un plaisir singulier, ne seraitce que parce qu’il est issu de la maison de monsieur le Cardinal 11 12 Borromée , sous la faveur de l’illustrissime monsieur d’Altemps . Je supplie Dieu notre Seigneur pour la pleine félicité de Votre Excellence, et vous baise très humblement la main. 13 e 14 De notre maison , le 10 jour de juin . Le très dévoué serviteur de Votre Excellence, Giovanni Botero
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.