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Des Je provisoires

De
179 pages

J'ai appris le sens du mot provisoire et le velouté qu'il confère a toutes les minutes de la vie. Je compris pour toujours que si les étés, les amours et le temps des cerises sont provisoires, le chagrin l'est aussi.

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Ajouté le : 02 novembre 2002
Lecture(s) : 121
EAN13 : 9782748100822
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Des je provisoires
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748100832 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748100824 (pour le livre imprimé)
Isabelle de PenfentenyoBarrett
Des je provisoires histoires courtes
NOUVELLE
…j’ai appris le sens du mot provisoire et le veloute qu’il confère a toutes les minutes de la vie. Je compris pour toujours que si les ét és, les amours et le temps des cerises sont provisoires, le chagrin l’est aussi. Je suis, désormais et joyeusement, une femme provisoire.
GENEVIEVE DORMANN
‘Le Figaro’1977
7
DÉJÀ
Costume gris, chandail gris en pointe tricoté par sa sœur, ou sa bonne, ou une fidèle bien attention née, cheveux plaqués, mains encombrés par sa serviette en cuir noir élimé, le prêtre entre, image d’Épinal, et s’avance vers le lit : « Bonjour, Monsieur Jean.  Déjà ? 3 répond mon père, reconnaissant le visage, et dans sa demiconscience, la raison de cette visite. Déjà ?
Déjà partir ? Déjà fini ? Qui a dit que j’étais malade, vieillissant, mourrant ? Déjà là, ou déjà plus là ? Mon corps est prêt, mon âme répugne à quitter cet endroit. Ils sont tous là autour de moi, ma femme, mes enfants, eux ils sont prêts pour mon grand saut ; mais moi ? Je ne les vois pas, je les devine, j’entends leurs souffles retenus, je sens leur odeur à chacun : celui qui a coupé du bois, la sciure mêlée à la transpiration ; l’eau de toilette épicée, fleurie, l’odeur de l’encre et du papier, ça c’est ma fille, je la sens toujours de loin, ma fille chérie, ah les câlins, les jeux, les promenades… Déjà ? Et là, tout près, ce parfum, juste sa peau, un peu d’Heure Bleue peutêtre, cette peau, viens plus près, mon amour… L’air se déplace, je la sens qui recule, remplacée par l’encens et la cire.
9
Des je provisoires
Le drap me fait mal. Ils n’imaginent pas comme c’est rêche un drap, même imprégné d’adoucissant. Chaque infime mouvement fait frotter le tissu contre ma jambe, ou sur mon orteil. Parfois, quelqu’un retend le drap ou le reborde. J’ai envie de crier qu’on arrête, mais aucun son ne sort. Comme autrefois lorsqu’en pension je sautai presque habillé dans le lit glacial, je n’ose le plus petit mouvement. Le matin, au contraire, il était impossible d’en sortir tant l’immense dortoir était froid en hiver. Parfois, une heure plus tard, un père venait nous chercher en cours après ins pection du drap trouvé tâché. « Allez vous confesser » lançaitil aux coupables. Je passais des nuits blanches à ne plus oser rêver, craignant les rires narquois de mes camarades. Puis on s’habituait et l’on riait aussi en sortant de la classe. Finalement, devenaient seuls la risée des élèves ceux que la puberté n’avait pas encore émoustillés. Jusqu’au jour où l’on changea notre confesseur. Le Père Ignace, nouvellement arrivé, nous étonna de prime abord par sa gentillesse. Nous avions l’habitude d’avoir des relations polies et distantes avec les prêtres. Celuici, le visage rond et le teint rose, ses yeux cachés derrière d’épais verres de lunettes, ne souhaitait pas nous entendre débiter des chapelets de péchés sans intérêt, mais semblait à l’écoute des ques tions qui nous préoccupaient. Il proposa de confesser ailleurs que dans la chapelle afin de rendre moins formelles ces séances d’autocritiques, et nous allâmes désormais dans son bureau ; il s’asseyait sur une chaise canée et nous devions nous agenouiller sur un repose pied à ses côtés.
Je vois encore le tissu lustré de sa soutane sur la quelle nous devions poser le front, je sens l’odeur ré pugnante du tissu imprégné de fumée de tabac, pendant qu’il posait sa main sur notre tête. Lorsqu’il se laissait aller parfois à caresser nos cheveux, je tenais tous mes muscles tendus de dégoût. Un jour, il demanda à mon
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