Des moi et des mots

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Sept samedis et sept dimanches, onze personnes se sont réunies autour d’une douzième, pour écrire. Cela s’appelle un ATELIER D’ECRITURE, c’est à la mode, on ne va bientôt plus s’étonner de la chose. Pourtant, rien ne va de soi pour qui écrit, c’est la condition même d’écrire : que chaque mot posé interroge qui le pose, et ceci de manière d’autant plus aiguë que le propos est autobiographique. Il l’était, le meneur de jeu n’offrant à chaque séance des entrées différentes (le vêtement, la maison, les portes, le règlement de comptes ou l’hommage) que pour permettre à chacun de forer plus profond son gisement intime, et de s’autoriser de l’audace des autres pour, à son tour, oser. Ce fut une expérience, ce livre en est la trace.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 49
EAN13 : 9782748112443
Nombre de pages : 135
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Des moi et des mots
Aleph Écriture
Des moi et des mots Sept weekends d’écriture autobiographique
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AtelierÉcrire au singulier ALEPH ÉCRITURE Collection OBJETS D’ATELIER 2001
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EN GUISE D’AVANTPROPOS
UNE HISTOIRE DE CORPS
En commençant cet atelier d’écriture autobiogra phique, j’avais, présent à l’esprit, cet autre atelier où, lors d’une pause après lecture des textes, encore sous le charme d’évocations fragmentaires d’une en fance d’autrefois — enfance rude en milieu ouvrier, évocations précises, finement rendues, sans fiori tures —, j’entendis leur auteur, tout à coup débridé, y revenir sans retenue, avec force anecdotes, excla mations et paraphrases. Je m’enfuis, indigné.
Comment cette personne pouvaitelle ne pas être consciente de la trahison qu’elle commettait ? Com ment ne sentaitelle pas que son corps, son regard, sa voix, si émouvants tout à l’heure, lorsqu’ils étaient pleins du texte qu’elle lisait, portés par lui en même temps que lestés, n’étaient plus à présent que chair inhabitée, répandue, obscène ? Elle qui avait su, par le choix circonstancié des mots, prendre la juste distance entre ellemême et ellemême, et ainsi faire s’ouvrir à la sienne les portes de nos intimités, nous donnait tout à coup le sentiment d’un viol.
Puis la séance reprit. À nouveau cette personne se raconta, à nouveau ce furent des mots pesés, des phrases sans détours ni commentaires. À nouveau le charme opéra. Cette enfance qu’elle évoquait, nous
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Des moi et des mots
y étions. Ce corps avait retrouvé sa place, sa juste place. Et le nôtre, la liberté d’en être ému.
C’est pour cet accès privilégié aux personnes, pour ces instants où surgit l’Écriture — qu’on soit ou non écrivain n’est pas la question : on l’est le temps d’une phrase, d’un mot, d’un blanc entre deux mots —, c’est pour ce petit miracle qui à chaque fois me réassure dans mon propre travail solitaire, que j’anime des ateliers, cet atelier autobiographique en particulier.
Et qu’on ne croie pas que l’épisode que je viens de raconter m’ait incité à la prudence. Il n’a fait que radicaliser ma posture, entre deux pôles diamétrale ment opposés : l’avant et l’aprèsécriture. Avant : inciter sans relâche les personnes à puiser leurs mots au plus vif d’ellesmêmes, là où ça trouble, où par fois ça fait mal ; après, une fois ces mots sur le pa pier — alors que la parole voudrait reprendre le des sus, qu’elle voudrait expliquer, justifier, combler les manques de l’écrit : faire impitoyablement barrage à ce retour du corps pour ne prendre en compte que les phrases. C’est à cette condition seulement qu’on saura si le corps est passé dans les mots : s’il y a eu Écriture.
Ce recueil est trop fragmentaire, trop disparate pour avoir valeur d’objet littéraire en soi. Son inté rêt à mes yeux, et à ceux de ses auteurs, je crois, c’est de porter la trace de cette luttelà : entre l’ébranle ment intime et les exigences d’un texte destiné à exis ter indépendamment de celui qui l’a produit, chacun ayant eu l’occasion, somme toute assez rare en ate lier, de faire un choix, de se demander à chaque fois : ce texte tiendratil le coup dans l’anonymat de l’im primé, loin de ma voix, de mon visage, de mes gestes, hors du cocon où il est né ?
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