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Le ciel crache ses poumons et postillonne sur les visages obscurs des hommes en noir. Tu es partie, me laissant seul. Tu m’as quitté sans rien me dire. La valse des feuilles n’en finit pas. Tu me manques. L’attente est insurmontable, mais nécessaire, car le temps psychique n’est pas celui des hor‐ loges. )l sort, avec toi dans les bras. Maintenant, je te porte, et ressens la chaleur comme une insulte. Tu es devenue poussière. Alors, vole mon amour, vole. Profite de la fraîcheur du vent. Vole, mon amour, et sème avec lui le prin‐ temps. Je pleure et ne suis que douleur, car ton choix, je ne l’accepte pas. Vivre, tu devais vivre ! Je t’aime et te promets de faire de ma vie un rêve, et de ce rêve, une réalité.
ͳ͵
C e matin je m’apprête, sans un mot, juste le cafard, comme une gueule de bois. Un sentiment paradoxal m’habite ; saisi par la peur, mais happé par l’obligation de tenir ma promesse. Ainsi, j’arpente les rues glaciales et retrace le chemin tel un écolier, mais jusqu’à mon bureau. Comme d’habitude, Pipa ne me dit pas bon‐ jour, elle est plongée déjà dans une tonne de paperasses, qui la distrait toutefois de son quo‐ tidien monotone. Je ne lui en veux pas le moins du monde, c’est sa manière à elle de montrer qu’elle est surbookée et indispensable. La moquette grisâtre couine sous mes sou‐ liers, je me dirige d’un pas pressé vers le bu‐ reau ͵ͳͻ, celui où tout va exploser. Monsieur Taicon est affalé sur son fauteuil à roulettes et s’empiffre déjà d’un chausson aux pommes XL de la boulangerie d’en face. Un peu de compote s’exhibe sur sa cravate reluisante, mais je préfère ne pas lui en toucher mot, ques‐ tion de politesse bien sûr…
ͳͶ
— Entrez Malory, asseyez‐vous. — Merci monsieur. — Nous n’avons pas rendez‐vous, je crois. — Non monsieur. — Que se passe‐t‐il ? Je suis alors saisi par un plaisir intense, pres‐ que orgasmique, à l’idée de dévoiler ce qui me pèse depuis tant d’années, et qui me ronge de l’intérieur, oh oui, de l’intérieur ! — )l se passe que je m’en vais. — Comment ça ? — Je vous quitte cher monsieur, je démis‐ sionne. — Mais enfin Malory, vous n’y pensez pas ! — Si si… Je me barre, je me casse, tu com‐ prends ça ? — Mais voyons Malory, un peu de tenue, qu’est‐ce qu’il vous arrive ? — Ce qu’il m’arrive ? )l m’arrive que j’étouffe, que tu me les brises depuis bientôt dix ans, que je ne supporte plus ton hypocrisie, tes remarques malsaines. )l m’arrive que je prends mon envol, que je te laisse à tous tes chiffres, à tes plans de licenciement, à tes bénéfices et à tes actionnaires, que je prends ma liberté et surtout, que je te dis MERDE ! Monsieur Taicon reste à tel point estoma‐ qué qu’il ne réagit même pas lorsque je sors de son bureau de manière fracassante.
ͳͷ
D’un pas primesautier, je me dirige vers la rue, saluant Pipa qui fait mine de ne rien avoir entendu afin de ne pas s’attirer de problèmes avec le boss. L’atmosphère paraît beaucoup plus printa‐ nière, malgré la saison, et je décide de partir à la recherche d’un café serré, à l’italienne. Le troquet du coin fait l’affaire. Je me déleste de mon manteau de laine et commande un ex‐ presso à la jeune barmaid fraîchement engagée. Pour la première fois depuis des années, je me trouve à l’endroit où je suis. C’est‐à‐dire là, dans l’instant, sans chercher à savoir ce que je vais faire dans la minute suivante. Non pas sur pause, non, je ne suis pas à l’arrêt, mais en mouvement : le mien. Je conduis ma barque. Tu me manques cruellement, je pense à toi. Un vieil homme est accoudé au comptoir en zinc et épluche le journal. Deux gamins braillent au fond du bar et leur mère semble s’en déta‐ cher paisiblement, tel est son quotidien. La jolie demoiselle dép ose maladroitement ma soutasse, avec un sourire sincère : ͳ euro ʹͲ. La vie a bien augmenté, n’est‐ce pas ? Ce que je préfère dans le café, c’est le choco‐ lat qui va avec, mais là, il n’y en a pas. Je l’avale en une gorgée, pour être corsé, il l’est ! Les passants ont l’air soucieux. Moi pas.
ͳ͸
J’ai pourtant envie de plonger parmi eux, dans la foule, afin de sentir à quel point j’existe, au sein même du troupeau. Je laisse le vieux Prisunic derrière moi. Celui où j’ai été arrêté peut‐être trente ans plus tôt pour avoir dérobé des feutres avec un copain de classe ȋla vie devait être chère aussi à l’époque…Ȍ. Je me dirige maintenant vers la place aux (erbes, sillonnant les rues piétonnes. Le bruit des pas véloces sur les pavés accentue mon en‐ vie de prendre le temps, celui dont j’ai besoin pour vivre, tout simplement. Respire, comme la première fois. Respire. Respire… Arrivé au niveau du tribunal, je me réjouis de n’avoir rien à juger. Terminés les Droits et Devoirs ! Les fumeurs sont mis à la porte des bistrots, ils trépignent pour aspirer une petite bouffée avant de rentrer se réchauffer, allez, encore une petite dernière. Quant à moi je ne fais que passer.
ͳ͹
Un pour Un
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