Des ronds dans l’eau

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Un voyage en train, une rencontre étrange, un jeune homme en quête de lui-même et voilà que la vie se met à faire des ronds dans l’eau : que va découvrir Paul en lisant le journal que lui a confié la mère de son amie et pourquoi le lui a-t-elle remis ?


Publié le : mercredi 15 octobre 2014
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EAN13 : 9782332785374
Nombre de pages : 70
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ISBN numérique : 978-2-332-78535-0

 

© Edilivre, 2016

Des ronds dans l'eau

 

 

Coïncidences, hasard ou destinée ? Qui construit le grand puzzle de nos vies ? Parfois, une seule pièce bien placée semble nous montrer la voie quand des dizaines d’autres éparpillées n’auront cessé de nous égarer…

En ce matin de novembre 1995, je traversais la gare d’Austerlitz à grandes enjambées, le front soucieux, encore contrarié par les propos de ma mère chez qui je venais de passer un court séjour.

– Enfin Paul, où vont te mener tes études littéraires si tu ne veux pas ensuite enseigner ? Arrête un peu de rêver et regarde la vie en face. J’ai cru bien faire en te laissant quitter Paris et je pensais que l’air du Béarn te serait bénéfique mais tu es toujours aussi maigre et tu ne respires pas la joie de vivre ! A ton âge, tu devrais avoir des tas de projets. Ces dernières années n’ont été faciles ni pour toi ni pour moi, mais il faut tourner la page et cesser de vivre dans le passé.

Depuis notre retour en France, la vie m’avait paru plutôt terne et je m’étais peu à peu replié sur moi-même, me réfugiant dans mes lectures et mes tentatives d’écriture. Nous avions jusque-là vécu au Canada où ma mère avait émigré seule, six mois avant ma naissance. Accueillie par des amis français installés là-bas depuis plusieurs années, elle s’était assez rapidement adaptée à sa nouvelle vie. Elle avait ensuite fait la connaissance d’un propriétaire terrien en Gaspésie et l’avait épousé quatre ans plus tard, me dotant ainsi d’un beau-père. Bien que jaloux au départ, j’appris à aimer cet homme rude au cœur tendre qui me fit partager sa passion pour les terres indomptées et les grands espaces porteurs de liberté. Combien de fois j’avais couru avec lui le long des rives escarpées du Saint-Laurent pour écouter chanter les baleines ! Je ne connaissais que deux saisons, celle où la vie chuchote et se pelotonne pendant les longs mois d’hiver puis celle où tout se met à danser et à virevolter dès que le soleil fait fondre les dernières glaces. Mais la vie fait parfois prendre des virages qui renversent en un quart de seconde ce que l’on a mis des années à construire. Mon beau-père mourut dans un stupide accident un soir d’octobre et, bien qu’habitué aux rigueurs de l’hiver canadien, je ne me souviens pas d’avoir eu aussi froid que ces quelques mois qui suivirent. Je ne saurais dire avec certitude ce qui poussa alors ma mère à vouloir revenir vivre en France. Ses espoirs détruits, elle éprouvait sans doute le besoin de faire face à son passé en retrouvant Paris, sa ville natale, qu’elle avait fuie quinze ans auparavant. Elle n’aimait pas parler de son passé ; je savais seulement que mon géniteur était mort lui aussi et qu’il n’avait jamais eu connaissance de mon existence. Comme la vie parisienne me parut insipide et futile alors ! Les jeunes de mon âge ne m’intéressaient pas et c’était je crois réciproque. Je n’étais à leurs yeux qu’un garçon taciturne et studieux. Ayant passé mon bac avec succès, je décidai de parcourir les routes de France pour découvrir ce pays auquel il fallait bien que je m’habitue puisqu’il était le mien. J’espérais, lors de mes pérégrinations, rencontrer d’autres voyageurs solitaires avec qui j’aurais enfin des points communs. C’est ainsi que je découvris le Béarn et plus particulièrement la ville de Pau. J’eus immédiatement le coup de foudre pour cette petite ville de Navarre aux pieds des Pyrénées. La présence de la montagne m’apaisait et me rappelait un peu mon enfance. Je fis de grandes randonnées, parcourant les sentiers autrefois empruntés par les bergers, regardant ébahi passer les oies sauvages dans leur longue migration et observant le vol majestueux et lent des vautours au-dessus des sommets. La nature semblait me parler, m’appeler. Je réussis à convaincre ma mère de me laisser m’installer à Pau pour y suivre mes études de lettres et ma première année s’y déroula sans histoire. Je n’avais pourtant pas réussi à me faire de vrais amis et j’entamai ma deuxième rentrée universitaire avec un peu d’amertume au cœur et le sentiment que je n’étais pas fait pour vivre en société. Se pouvait-il que je tienne mon tempérament solitaire et rêveur de ce père que je ne connaîtrais jamais ?

C’est dans cet état d’esprit que je montai dans le train me ramenant à Pau et j’avais maintenant hâte de m’installer bien au calme. Par chance, je trouvai une place dans un compartiment occupé seulement par une dame d’un certain âge à l’air paisible. Après un échange de politesse habituelle, le silence s’installa naturellement. J’en profitai pour prendre mon bloc-notes afin de tenter de mettre un peu d’ordre dans mes idées. Une fois couchées sur le papier, les pensées prennent corps et révèlent leur vraie nature : plus possible de tricher lorsqu’elles sont ainsi épinglées. J’étais concentré, ne voulant rien perdre de ces mots qui se précipitaient dans l’entonnoir de mon stylo et j’eus alors une drôle d’impression, comme si quelqu’un était assis juste à côté de moi, épiant par-dessus mon épaule pour lire ce que j’allais écrire. Une fois de plus, mon imagination fertile me jouait des tours ! Ou était-ce cette douce somnolence qui commençait à m’envahir et modifiait l’acuité de mes sens et de ma conscience ? Mais une agitation soudaine me fit sursauter. Ma compagne de voyage s’était mise à parler vivement et, bien qu’il n’y eut personne d’autre qu’elle et moi dans ce compartiment, il était évident qu’elle conversait avec quelqu’un qu’elle seule pouvait voir ; une jeune fille à en juger par ses propos. Elle paraissait troublée et mettait toute son énergie à tenter de la rassurer :

– Ne t’inquiète pas ma chérie, cesse de te tourmenter, je suis avec toi. Tout ira bien, tu verras, nous ferons un beau voyage. N’est-ce pas Pierre que tout ira bien ? N’est-ce pas Pierre ?

Maintenant la vieille dame s’adressait à moi et ses yeux étranges me fixaient avec insistance. Elle me prenait pour cet homme qu’elle appelait par son prénom. Je voulus lui dire qu’elle faisait erreur mais n’en eus pas le temps car après un profond soupir, elle ferma les yeux et s’endormit aussitôt.

Déconcerté par cet incident et assez mal à l’aise, j’éprouvai le besoin de sortir dans le couloir pour changer d’air. Ce compartiment était-il ensorcelé ou avais-je tout simplement rêvé ? Je trouvai là un copain de fac qui rentrait lui aussi à Pau et ne pus m’empêcher de lui raconter ce qui venait de m’arriver. Il éclata de rire.

– Pas mal pour un début de roman, non ? Mais, rassure-toi, cette vieille dame n’est pas dangereuse, juste un peu dérangée. Cela m’étonne d’ailleurs que tu ne l’aies encore jamais rencontrée : elle fait ce trajet régulièrement et généralement à la même place. Je la connais un peu, c’est la marraine de ma voisine, Dannie. D’ailleurs j’organise une petite soirée la semaine prochaine et Dannie sera des nôtres. Cette fille devrait te plaire, c’est tout à fait ton genre. Tu viendras j’espère ?

– Ma foi, tu as des arguments pour convaincre et c’est sympa de penser à moi… C’est promis, je viendrai.

Je repris ma place dans le compartiment laissant mon camarade en grande conversation avec le contrôleur et le reste du voyage se déroula calmement. Seuls, parfois, les murmures incompréhensibles de la vieille dame rompaient le silence.

Le vendredi suivant, à peine arrivé à la soirée, mon hôte m’accueillit en me présentant sa voisine :

– Voici la filleule de ta compagne de voyage de l’autre jour.

– Salut Paul. Bruno m’a raconté ta rencontre avec Jeanne dans le train. Il ne faut pas lui en vouloir pour ses bizarreries. Ma marraine est vraiment une femme adorable mais elle vit un peu entre deux mondes et cela s’est accentué ces dernières années. Alors, parfois, elle nous échappe et nous avons pris l’habitude de ses petites escapades…

J’avais à peine écouté ce que disait Dannie. Sa silhouette frêle, son visage à l’ovale parfait auréolé de cheveux fous et bouclés dont les mèches dorées semblaient incontrôlables, ses grands yeux d’un gris très clair, presque translucide, tout en elle me conquit à la première seconde !

Dannie était étudiante en droit. Nous prîmes l’habitude de nous retrouver entre les cours, puis après les cours et très vite il nous fut impossible de nous passer l’un de l’autre. J’habitais un petit appartement tout en haut d’un vieil immeuble et, depuis mes fenêtres, j’avais une vue imprenable sur les toits de Pau et la place du Hédas avec son lavoir et son fronton où quelques amoureux de la pelote basque venaient parfois s’entraîner. Dannie venait souvent me rejoindre le soir et nous passions de longs moments accoudés à la fenêtre, serrés l’un contre l’autre, à regarder les allées et venues des passants et à écouter tous les bruits du quartier qui montaient vers nous comme des bulles pour éclater à nos oreilles. L’avenir m’apparaissait enfin plein de promesses et je me sentais renaître à la vie. Très vite Dannie m’amena à...

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