Des vieux bouts de ficelles usés et pourris

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Finalement, j'étais heureux d'être ici, dans cette contrée qui me correspondait si bien par ses paysages et son aura mystique, ténébreuse et doucement sauvage. Il me semblait être un euphémisme de dire que j'étais content d'être avec Marie et la simple vision de son visage joyeux et épanoui m'emplit du réconfort tant réclamé par chaque homme se sentant trop seul sur cette terre. Ces yeux dorés et joliment verdâtres enveloppaient mon allégresse dans une douce admiration silencieuse. C'est l'histoire des liens amoureux qui inexorablement se détériorent, de l'Amour qui ne trouve pas sa place, des âmes qui errent à la recherche de ce qu'elles ont oublié. C'est l'histoire d'un jeune homme, dont nous ne connaissons que le surnom de Corla, qui assiste résigné et impuissant à sa propre vie, tiraillé entre son amour pour sa compagne Marie et son attirance pour l'envoûtante Hélène. C'est l'histoire des regrets, des espoirs, des rêves que l'on n'ose s'avouer, des joies teintées de doute, de la désillusion qui s'immisce partout. C'est une histoire humaine, tout simplement.
Publié le : jeudi 6 mars 2014
Lecture(s) : 9
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342020311
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342020311
Nombre de pages : 178
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Sébastien Coraboeuf DES VIEUX BOUTS DE FICELLES USÉS ET POURRIS
Mon Petit Éditeur
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À l’Amour, passé et futur ; à celui qui ne s’oublie pas et perdure dans l’immensité des cœurs sensibles
Sans oublier un immense remerciement à Guillaume Diolez pour sa magnifique illustration
I Allongé sur mon lit, je pensais àelle. Je me souvenais presque toujours de ces mêmes instants terribles et malicieux, vieux d’à peine deux années, sans que je ne sache réellement pour quelle étrange raison; et ils étaient maintenant enfermés dans mon esprit comme un songe lointain. Il s’agissait toujours de ce sempiternel moment où nous marchions dans la rue en direc-tion de chez elle, de retour de son travail où j’étais venu la chercher. Je me rappelais encore maintenant détester arriver à cet endroit, à cette rue, toujours la même, calvaire de notre sé-paration toute proche. À chaque fois résonnait cet éternel bourdonnement silencieux d’une vie qui se cachait dans ces rues pavillonnaires. Seuls les aboiements des chiens enfermés der-rière les portails ou les cris joyeux des enfants rentrant de l’école venaient rompre le curieux silence ambiant. Les saisons s’alternaient, mais ces souvenirs se confondaient pour devenir une seule remémoration unique et comme intemporelle. La rue restait éternellement peu fréquentée, avec ces maisons dispa-rates et ces lignes électriques qui les surplombaient. Au fur et à mesure que nous avancions elle et moi dans cette rue, mon esprit se fermait à tout élément extérieur, devenant détaché de tout sauf de la montée d’un marasme abstrait qui prenait vie en moi. Mon visage devait en faire de même, se fi-ger, me trahissant involontairement, car à chaque fois, irrémédiablement, elle sentait le changement en m’observant à peine et m’en faisait part. Mes pas se faisaient alors plus lents, je tentais tout pour la faire rester avec moi, la suppliant même
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parfois, empli de pathétisme, lui demandant de s’asseoir un moment, juste un moment de plus, simplement une minute ou deux, pour que ma solitude puisse s’éloigner encore un peu de ce temps qui défilait comme un train lancé à pleine vitesse. Mais elle refusait toujours catégoriquement, irréfutablement, dans une sorte de placide consternation. Notre séparation approchant, c’était comme si la terre s’écroulait sous mes pas. Le gouffre s’ouvrait, béant, infernal ; et je plongeais bas, très bas. C’était un autre moi, peut-être le véri-table moi en fait, qui prenait le relais, égoïste, capricieux, enfantin. Le sablier s’écoulait, me plongeant un peu plus dans l’incapacité de jouir de cet instant présent, de cecarpe diemchi-mérique. Et nous avancions. Je lui en voulais autant qu’à moi-même, incapables que nous étions de profiter de ce moment offert par les cieux. Mes re-proches fusaient de toutes parts, je voulais simplement qu’elle reste avec moi, un moment de plus, qu’elle ne m’abandonne pas, qu’on ne m’abandonne plus. Penser que je la reverrai sûrement bientôt m’était impossible ; cet abandon devrait être le dernier. Pourtant, je la revoyais bien à chaque fois quelques jours après, mais peu m’importait. Toujours au même endroit, au même moment, aux mêmes instants prisonniers de leur destinée, nous finissions par ne plus nous parler du tout. Elle était en colère contre moi de lui faire subir cette même tragique comédie éter-nellement et moi j’étais trop pris dans le tourment de mes angoisses pour me préoccuper de quoi que ce soit d’autre. Elle souhaitait simplement être à l’heure pour ne pas se faire dispu-ter par son père, en espérant qu’il n’ait pas encore trop bu ou ne soit pas dans un de ses nombreux mauvais jours. À vrai dire, je m’en moquais bien de ses raisons. Elle était toujours revêtue d’un je-ne-sais-quoi d’onirique. Son visage si particulièrement rempli de vie était à portée de main mais m’apparaissait comme un lointain tableau intou-chable. J’en devinais simplement les contours, la beauté, mais il
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n’arrivait pas à faire partie de moi. Ce lointain et magnifique tableau ne pouvait s’intégrer à mon âme, stagnant seulement en gravitation autour de mon désir éternellement insatisfait – triste beauté insaisissable. Je faisais offense à sa pureté, pureté presque mystique, en l’accablant de tant de reproches imméri-tés. Comment avais-je pu me comporter de la sorte avec elle à tous ces instants? Je n’avais aucune réponse, ni d’ailleurs au-cune certitude pour tout ce qui la concernait. Seulement toutes ces souffrances que je projetais sur elle et qui étaient devenues de dangereuses chaînes nous liant ensemble, nous entraînant dans le même abysse que rien ne semblait pouvoir arrêter. Dans mon lit, les yeux fixant le plafond et grands ouverts, je revins doucement à moi et sortis de mes rêveries de ce temps ancien où j’étais comme perdu dans un monde en rêve. Mainte-nant, je ne pouvais m’empêcher de rêver car je me retrouvais perdu dans un monde en vrai. Je ne savais pas depuis combien de temps je méditais involontairement à tout cela, à elle, ni comment j’y étais arrivé. J’étais simplement allongé dans mon lit, avec encore cet étrange sentiment d’être un acteur médiocre et impuissant jouant dans le mauvais film de ma vie. C’est à ce moment-là que mon téléphone vibra sur mon bu-reau non loin de là. Patrick s’affichait sur l’écran lumineux. Après avoir un peu hésité, je décrochai finalement : « C’est Patrick me dit-il. Ça va ? — Oui, pas trop mal lui répondis-je. — Tu fais quoi de beau tout de suite ? — Riende spécial, je comate sur mon lit, je suis en train d’émerger. — Tu sais qu’il est 17 heures ? — Oui, mais je ne dormais pas vraiment, j’étais juste un peu dans mes rêveries. — Est-ce que ça te tente une bière ? On est calé au bar dans la rue de Paris avec Alex et Mika.
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— Oui, pourquoi pas. J’arrive dans vingt minutes. — Ok » me répondit-il avant de raccrocher. J’allai donc me préparer brièvement; j’enfilai une veste et sortis. Bien qu’étant en plein mois de juillet, j’avais peur qu’il ne commence à faire frais en début de soirée, prendre une veste semblait être une sage prévision. Marchant lourdement dans la rue ombragée, je ne pensais à rien de particulier. Cependant, j’avais la sensation que, quelque part en moi, les pensées continuaient à tourner en rond, inlas-sablement, mais qu’une puissance les empêchait délibérément d’accéder à ma conscience. Ce qui ne semblait pas si mal, car toutes mes réflexions ne me menaient jamais à rien de bon. Quand j’arrivai au bar, mes trois amis me serrèrent briève-ment la main mais continuèrent leur discussion, et celle-ci semblait importante, en tout cas animée. Je m’installai, com-mandai une bière à la pêche, et essayai de m’adapter à la transition entre la solitude et la présence d’autres personnes. Je tentais de me concentrer sur la discussion : « …à partir de septembre je pense, finit de prononcer Mika. — Dequoi ?demandai-je brusquement, voulant immédia-tement me jeter dans le ruisseau de la discussion. — Jedisais que c’était en septembre que je déménageais vivre avec Alexia et le petit bout de chou. — Sur Paris ? demandai-je — Non, sur Noirmoutier. » La discussion dévia sur les modalités du déménagement et sur le travail de Mickaël, à savoir comment il réussirait à alterner entre son travail sur Paris en caserne la semaine et sa vie sur Noirmoutier le week-end. Mes deux autres amis, Alexandre et Patrick, se disaient ravis mais paraissaient gênés, comme lorsque l’on fait une bêtise, qu’on essaye de la cacher mais que notre visage trahit nos véri-tables pensées. Mika passa outre, même s’il remarqua ces expressions en désaccord avec les propos tenus par ses amis. Il
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