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Titre
Désange
3
Titre Thierry Kasprowicz
Désange sous-titre de votre ouvrage
Roman
Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2008 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-8726-1 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748187267 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-8727-X (livre numérique) ISBN 13 : 9782748187274 (livre numérique)
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Désange« A mes parents, mes frères, ma sœur, à Nathalie, mon fils Titouan né si loin de cette terre, aux mineurs de fond du Pays-Haut. » « A Christian Bobin. » Le ciel a souvent des teintes étranges, le nom des patelins se termine par ange, c’est un vieux pays pas très connu, y’a pas de touristes dans les rues. «Fensch Vallée » Bernard Lavilliers
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DésangeSophie était à nouveau en retard, elle n’attraperait plus son train. Elle prit sa voiture. L’air était doux, la lumière minérale largement répandue. Des milliers de personnes comme elle, les matins de semaine, franchissaient cette porte frontière pour travailler. Après la crise de la sidérurgie et la conjoncture économique, le Luxembourg est apparu comme une bénédiction, une manne, une panacée dans la nasse des frontaliers. Les Lorrains ne pratiquaient pas seuls cette transhumance, Belges et Allemands participaient à ces déplacements. Sophie était française mais aurait pu naître de nationalité différente, elle habitait Thionville. Elle ne passait que vingt minutes dans le flux des automobiles l’emmenant au Grand-Duché. Elle préférait dormir dans un TER surchargé de banquiers proprets et de visages fardés que de conduire sa voiture. Dans le train, Sophie prolongeait ses nuits lorsqu’une connaissance professionnelle ne l’interpellait pas, lorsqu’on l’oubliait.
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Désange Une ambiance particulière régnait à l’aube dans ces wagons ; certains voyageurs dont le sommeil n’était pas éloigné discutaient à voix basse, des insomniaques revendiquaient pour l’ensemble du compartiment. Quelques-uns lisaient, quelqu’autres s’avançaient sur leur journée en pianotant sur des ordinateurs mobiles. Des téléphones jappaient à l’intérieur des vestes soyeuses, les sonneries remplaçaient leurs battements de cœur, la vulgarité d’un portable. Anxiolytique moderne. Les plus fatigués somnolaient. Parfois des regards se croisaient, rarement des sourires. Les eaux de toilette se mélangeaient impunément à l’intérieur des voitures ferroviaires. Les parfums n’étaient pas « bon marché » comme ceux répandus dans les transports en commun de la vallée de la Fensch. Dans ces wagons, toutes les grandes marques se distinguaient pour un résultat olfactif identique, synthèse des mondes. Sophie supportait difficilement ces effluves diffus de bon matin. En arrivant à Luxembourg-Gare, elle fonçait boire au Buffet un grand café noir pour que sa journée soit plus claire. Sophie pensait dans sa voiture à cette tasse qu’elle ne prendrait pas à la gare. Elle disposait d’un distributeur et d’une cafetière sur son lieu de travail mais la boisson chaude n’avait pas la
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