Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF - EPUB

sans DRM

Dictionnaire de mauvaise foi

De
210 pages
Dans la valse satirico-sapientale des pouvoirs, elle apparaît comme une constante : notre chère indécrottable mauvaise foi. Onctueuse, sibillyne, ondoyante, polymorphe, casuiste, toujours un rien autoritaire, ex cathedra-je-ne-vous-dis-que-ça, la mauvaise foi (notamment la mauvaise foi occidentale) travaille et triture les grands concepts ordinaires. Des notions amples et diurnes s’en trouvent alors comme fatalement assombries par le crépuscule ouateux et filandreux de nos distinguos de la onzième heure, en lourds replis de nuages vespéraux.
Des idées courantes comme Religion, Peuple, Civilisation, Laïcité, Souveraineté, Solidarité se font bricoler, triturer, gauchir (et pas toujours au sens gauchiste du terme), estourbir et revendiquer. Que fait-on alors du limpide quand on aspire à le simplifier, du noble et du haut quand on aspire à le vulgariser ?
Berger adopte ici la forme du glossaire sélectif pour nous faire avancer dans l’aventure distanciée et grinçante de notre dense tradition semi-consciente de mauvaise foi. Héritier poupin et mutin des Encyclopédistes, de leur cynisme digressant, de leur humour vitriolique, de leur dialectique insolite, Berger nous fait penser le caisson en dehors du caisson. Il nous rappelle surtout qu’on se trimbale dans le monde avec notre pesante ardoise gribouillée de philosophie populaire, mi-bigote mi-paillarde, pendue autour du cou comme dans un ostracisme ou brandie au bout d’une pique comme dans une manif « pour tous »… Ah notre chère ardoise de sagesse vernaculaire… Et que celui dont l’ardoise est propre lance la première argutie.
Voir plus Voir moins
Allan E. Berger –Dictionnaire de mauvaise foi/1
Dictionnaire de mauvaise foi
ALLAN ERWAN BERGER
© ÉLP éditeur, 2015 www.elpediteur.com elpediteur@gmail.com ISBN : 978-2-924550-01-4
Image de couverture : H.A. Laissement :Cardinaux au Vatican, 1895
Polices libres de droit utilisées pour la composition de cet ouvrage : Linux Libertine et Libération Sans
Avis de l’éditeur
Cet ouvrage d’ÉLP éditeur est pourvu d’un dispositif de pro-tection par filigrane appelé aussi tatouage (watermark en anglais) et, par conséquent, n’est pas verrouillé par un DRM (Digital Right Management), soit le verrou de protection nécessitant l’ouverture d’un compte Adobe. Cela signifie que vous en êtes le propriétaire et que vous pouvez en disposer sans limite de temps ou sur autant d’appareils (liseuses, tablettes, smartphones) que vous voulez.
Cet ouvrage s’avère néanmoins protégé par le droit d’auteur ; en l’achetant, vous vous engagez à le considérer comme un objet unique destiné à votre usage personnel et à ne pas le diffuser sur les réseaux sociaux ou les sites d’échange de fichiers. Veuillez prendre note que cet avis ne s’applique pas si vous vous procurez cet ouvrage dans un écosystème fermé comme celui du Kindle d’Amazon ou de Kobo.
ÉLP éditeur est une maison d’édition 100% numérique fondée au printemps 2010. Immatriculée au Québec (Canada), ÉLP a toutefois une vocation transatlantique: ses auteurs comme les membres de son comité éditorial proviennent de toute la Fran-cophonie. Pour toute question ou commentaire concernant cet ouvrage, n’hésitez pas à écrire à :ecrirelirepenser@gmail.com
Ouverture du débat
En matière de religion comme en politique, tout est tâtonnement. La conviction est souvent accrochée à de l’indémontrable, les certitudes sont rares, les intuitions nombreuses. Partant, il est difficile de ne pas heurter dès qu’on émet un avis. Personnage public, quand tu prends la parole pour tâcher d’expliquer une pensée, ou de dénoncer une outrance, tout de suite les plus enragés de ceux qui ne pensent pas comme toi prennent la mouche et veulent te plonger le nez dans leur caniveau ; quelques mots-clés auront déclenché leur indignation, et les voilà qui trollent. Finalement, les seuls qu’on n’entend pour ainsi dire jamais sont les tièdes et les prudents, qui t’ap-prouvent ou ne te désapprouvent pas. Ceux-là te laissent en paix, et l’Histoire montre qu’ils sont alors nombreux à ne pas lever le plus petit morceau de doigt pour te venir en aide lorsqu’un fâcheux veut te dilacérer et danser sur tes tripes. Après tout, c’est un peu de ta faute et tu n’avais qu’à la fermer.
Ceci est une constatation qui vaut pour toutes les époques et dans tous les pays : rares sont les esprits patients, et rares les esprits chevaleresques. Microbe, si tu ne veux pas qu’on te tape dessus, tais-toi, et laisse l’injus-tice régner sans la contredire.
Aussi bien parle-t-on, à tout propos, de majorité silen-cieuse. C’est pourquoi, lorsque quelques excités se mettent à hurler en son nom, comme on ne l’entend évi-demment pas démentir, on en déduit qu’elle consent à se faire représenter par ces frénétiques. Et voici bien des malentendus.
Quiconque se targue de vouloir défendre la morale et les bonnes manières, la mesure et la politesse, sera accusé d’extrémisme par les extrémistes. Tu refuses pour la planète l’immonde avenir que lui forgent les libé-raux ? Tu es donc contre la démocratie, partisan des plus gelés goulags, et ton cœur est en Corée du Nord selon Jacques Attali. Tu n’aimes pas certain petit abus commis par quelques musulmans ? Te voici islamophobe, et crois-moi : c’est grave ! Tu réprouves les saillies noc-turnes dans les dortoirs catholiques ? Bouffeur de curés ! Tu trouves que l’État d’Israël se conduit avec les Palesti-niens comme on se conduisait au Moyen-Âge avec les juifs ? Antisémite !
Allan E. Berger –Dictionnaire de mauvaise foi/5
À cela, que répondre ? Une solution serait d’être aussi imbécile que les détracteurs, et de leur reprocher tou-jours ce qu’on leur reproche d’être parfois. Les générali-sations, surtout lorsqu’elles sont un peu goguenardes, font très mal quand elles sont fabriquées avec une bonne dose d’injustice sur un petit fond de vérité indiscutable. Voilà qui devrait clore le bec de tes ennemis, ou les faire bégayer de confusion pendant qu’ils cherchent une contre-attaque.
« Il n’est pas croyable qu’en plein troisième millé-naire, vous en soyez encore à considérer qu’il ne faut pas livrer vos prédateurs sexuels à la justice, vous qui, dans les siècles passés, défériez au bras séculier tous ceux d’entre nous que vous aviez reconnus coupables d’héré-sie. Deux poids, deux mesures ?
— Calomnie ! Vous prenez le prétexte d’une ou deux malheureuses affaires pour vous attaquer à l’Église toute entière ! C’est encore la même histoire ! À force de taper sur notre religion, vous ferez le lit de l’Islam ! On vous le dit, on vous le répète, mais vous persistez. Est-ce donc ce que vous désirez ?
— Jamais de la vie ! Reconnaissez vos erreurs, comme votre pape a bien voulu faire, promettez surtout de ne plus recommencer ; conformez-vous enfin aux lois, et recom-
Allan E. Berger –Dictionnaire de mauvaise foi/6
mencez à prêcher, si vous l’osez, contre les tentations ; on ne vous en empêchera point. Personne ici ne réclame votre destruction. C’est quoi cette histoire d’Islam ?
— Ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Pour-quoi vous acharnez-vous ? Qu’avez-vous contre nous, véritablement ?Qu’est-ce qui vous meut, sinon ce panur-gisme imbécile qui consiste à taper sur la religion du Christ au moindre prétexte ? Qu’est-ce qui vous excite, sinon ce bête anti-catholicisme, automatique chez tous les mange-curés de votre espèce, et que tous les êtres sensés pourtant désapprouvent ? — Je vois que vous défendez vos pédophiles becs et ongles, ils ont bien de la chance. Les vôtres sont donc sacrés, comme sont les vaches en Inde ? On regarde mais on ne touche pas ? Quelle mentalité ! Comme tout ceci est chrétien ! “Qu’est-ce qui vous meut ?” me demandez-vous ; je vous renvoie la question. Répondez-y donc… — La défense bien comprise des intérêts de l’Église. — Qui se confond chez vous avec celle de vos violeurs. C’est assez révélateur. Vous aussi, sans doute, aimez bien les jeunes fesses, sinon vous ne réagiriez pas ainsi, à hurler à l’assassin quand on vous reproche de désobéir à la loi commune. N’avez-vous pas honte ? Mon Dieu que tout ceci est moche ! »
Allan E. Berger –Dictionnaire de mauvaise foi/7
Évidemment, dire à un simple chrétien qu’il est pédo-phile, c’est grave ; il en sera fort secoué, et tu gagneras le set. Mais va donc accuser un intégriste d’être intégriste : il te rira au nez, se vantera d’en être un pire encore, et pourrait bien te chanter là-dessus un fier cantique de bataille ou quelque bonne sourate pleine de sang et de fureur, enragés dragons nés tout armés dans les tour-billons des batailles de Médine ou les guerres de Moab.
Monstre !
Si tu émets l’hypothèse qu’une religion qui se vante d’être la plus aboutie, la plus moderne, la plus sage, la plus divine de toutes les religions du monde, n’aurait pas dû avoir besoin de se répandre par les armes ni de se créer un empire d’une taille propre à humilier Alexandre, tu es coupable d’islamophobie.
Si tu n’aimes pas qu’on exécute les gens qui osent murmurer contre un point de foi imaginé il y a trois ou quatre siècles par un oisif exalté, tu es encore coupable d’islamophobie.
Si tu considères que tout croyant devrait avoir le droit de réfléchir, et d’exprimer des pensées, tu es coupable d’is-lamophobie, alors même que le Prophète ne crie que cela.
Allan E. Berger –Dictionnaire de mauvaise foi/8
Si en outre tu détestes qu’on marie les petites filles à des inconnus, qu’on les mutile et qu’on les viole en toute légalité, tu es coupable d’islamophobie, bien que ces pra-tiques déplorables soient antérieures à l’Islam, qui par-fois même les réprouve.
Si décidément tu n’aimes pas du tout ce que des doc-teurs, des clercs, des mollahs, des imams, ont osé faire de la belle et bonne parole de Muhammad au temps où il déclamait à la Mecque, tu es coupable d’islamophobie.
Si tu t’inquiètes de voir proclamé partout que cette religion doit envahir et dominer la planète entière ; si tu exprimes le souhait de pouvoir continuer à croire, ou ne pas croire, à ta manière qui n’est pas celle des barbus, alors tu es sans conteste attaqué de la plus repoussante islamophobie. On te confondra d’abord avec un Le Pen, un Haider, et puis, parce que l’on n’est pas à une contra-diction près, on t’accusera de faire le jeu des sionistes.
« C’est facile de toujours s’acharner sur ce pauvre Islam ! On voit bien, par votre bête obstination à vouloir nous nuire, que vous êtes à la solde des juifs ! Ils vous payent – certainement très mal – et vous êtes leur petite langue, mercenaire ! »
Allan E. Berger –Dictionnaire de mauvaise foi/9
Mais si, en même temps que tu n’aimes pas tout ceci, tu n’aimes pas non plus que le pays d’Israël soit gou-verné par l’extrême-droite et par les intégristes, te voici, et sans savoir pourquoi ni par quel miracle, accusée ou accusé d’être antisémite.
Double couche de monstruosité !!
S’il te prend le malheureux élan de vouloir remettre un fat bavard et menteur à sa place, qui est dans la pou-belle, et que ce fat menteur et bavard, qui sévit à la télé-vision, porte un nom d’origine juive, tu seras antisémite irrémédiablement, et on te crachera dessus sans qu’il te soit possible d’avoir une seconde d’antenne pour te défendre. Du reste, tu seras indéfendable, et l’on s’écar-tera de toi comme d’un pestiféré, tandis que les vrais antisémites t’élèveront au rang de martyr, ce qui achè-vera de te démoraliser.
Si tu cries haut et fort qu’il est inconcevable qu’on puisse trier les Palestiniens, en mettant les bons d’un côté, et en envoyant les autres dans un ghetto immonde gardé par des fous, tu seras là encore regardé comme antisémite.
Allan E. Berger –Dictionnaire de mauvaise foi/10
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin