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Dis maman, je peux faire un bébé ?
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748101855 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748101847 (pour le livre imprimé)
Brice Matthews
Dis maman, je peux faire un bébé ?
ROMAN
DIMANCHE
C’est une belle matinée dominicale qui l’accueille à la sortie de chez lui. Il quitte le domicile plein de cha leur pour se retrouver dans la rude froideur de ce di manche de janvier. Il est 13 h 30, tôt pour lui, qui n’est rentré se coucher que vers les 7 h 30 ce matin, mais tard pour la majorité du reste du monde. Il a froid, même à travers le lourd blouson qui pèse sur ses épaules encore endolories par un sommeil lourd. Le bonnet qui tombe sur ses oreilles vient jusqu’à gêner sa visibilité, il se gratte les yeux et enlève ainsi les restes oculaires d’une courte nuit. Il n’en a pas pour longtemps à marcher, il le sait, il connaît par cœur ce chemin. Il espère simplement que la boulangerie ne sera pas fermée. Il n’aimerait pas s’être levé pour rien. Malgré son état vaseux, il sourit. Les souvenirs de sa soirée reviennent peu à peu à son esprit. Les souve nirs mais surtout la décision qu’il a prise. Les croissants et les pains aux chocolats font un peu partie du déroule ment qu’il a prévu pour cette journée qu’il espère par ticulière. C’est décidé aujourd’hui, il lui demandera, il dis cutera avec elle sur l’opportunité de faire un enfant. Il en a envie plus que tout, avec elle, et le plus tôt possible. Mais comme un enfant ne se fait pas tout seul, il faudrait en parler. Les discussions seraient sans doute longues et âpres. Elles seront pleines de doutes et de ques tions, pleines de réticences, de retours en arrière, mais
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Dis maman, je peux faire un bébé ?
il est prêt. Lui qui d’habitude fuit toutes ces discussions longues et barbantes, c’est lui qui, aujourd’hui, en dé clenchera une. Il aperçoit la devanture ouverte du magasin, il compte dans sa tête le nombre de viennoiserie dont il a besoin. Les pièces dans la poche de son jogging, taille XXL, s’entrechoquent à chaque pas. Il a l’impression qu’ainsi, son arrivée est annoncée, il n’a pas envie d’attendre que la boulangère veuille bien sortir de son arrière boutique. Il est pressé de retourner chez lui. Le cliquetis des pièces tel une sonnerie de cloche a dû fonctionner, la boulangère l’attend.
« Voyons, quatre pains aux chocolats et dix crois sants s’il vous plait. » Il profite des nombreuses joies de la société d’au jourd’hui, comme ses innombrables promotion sur les croissants et chocolatines. Pour une somme relative ment faible, il pourra proposer une importante quan tité de nourriture. Même trop peut être, peu importe, l’excédent fera office de goûter ou de cassecroûte pour caler une petite faim. Les trésors en main, il regagne la rue et sa chaleur avoisinant les 5 degrés. Il peut se réchauffer les mains à travers le sac en papier blanc dans lesquels sont dispo sées les viennoiseries. Il se met à renifler son précieux bagage, et se dit qu’avec cette odeur, il va réveiller son amour, espérant qu’elle dorme encore.
Il arrive devant sa maison, malgré son jeune âge, il en a une. Cela à surpris tout son entourage quant il leur a annoncé qu’ils emménageaient dans une mai son. Alors que beaucoup de leurs amis vivent encore chez leurs parents, eux quittent leur confortable appar tement pour un domicile avec jardin. Certes, ce sont presque les deux seuls à avoir commencé à travailler, les autres sont encore étudiants. C’est une maison de couleur blanche qu’il contemple,
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une bâtisse tout en longueur. Les deux chambres sont occupées, la première, la plus grande, est la leur et la deuxième sert de bureau ou le cas échéant de chambre d’amis.
La plus grande partie de la surface de leur chambre est occupée par un lit immense. Lui qui n’est pas ma térialiste s’est attaché à ce lit et au symbole qu’il repré sente.
4 000 francs, c’est le prix qu’il a payé pour avoir ce lit, de plus de deux mètres. Tout le travail d’un été d’étudiant pour se payer ces planches de bois, ce som mier antimal de dos et ce matelas de grande marque. Pour lui, il représente surtout le premier achat important qu’il a réalisé. C’est comme sa prise de li berté, sa libération, son coup d’état, la mise en avant de son indépendance face à ses parents. La confirmation à la face du monde que désormais, il sera un citoyen comme les autres, payant comme les autres. Une dé monstration, et un état de fait que seulement quelque mois après, il regretta. On ne regrette que ce que l’on n’a plus.
Il a perdu cette irresponsabilité que nous avons, lorsque nos parents sont encore pleinement garants de nous. Lui qui voulait tant se séparer de cette dépen dance, lui qui souhaitait tant alléger ses parents du far deau qu’il pouvait représenter, réalise aujourd’hui, la difficulté de s’assumer seul.
On apprend beaucoup de choses de nos jours, l’école est de plus en plus présente et de plus en plus longtemps. Ce cocon protége tellement. Il met à l’abri tellement confortable qu’il est difficile ensuite de s’ac climater à la vie réelle.
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Pas que tout cela l’inquiète non, lui a toujours été cool, trop même pour ses proches. Il ne s’en fait pour rien, on le lui reproche assez. Néanmoins ces nouvelles responsabilités financières lui ordonnent désormais de ne pas se laisser trop guider par ses envies. Il reste trop épicurien pour que toutes ses envies soient réalisables, il le sait.
Il entrouvre la porte doucement pour ne pas trop faire de bruit, pour ne pas la réveiller. Les deux chats en profitent pour s’échapper et goûter à l’air pur de cette journée fraîche mais ensoleillée. Il ira les rechercher plus tard après tout, cette escapade féline l’arrange, il peut se laisser aller à la préparation du déjeuner sans s’interrompre pour nourrir ces férus d’indépendance que sont les chats. La cafetière se met en marche et commence à dé gager cette odeur si caractéristique, le grille pain voit ses résistances internes se rougir pour rendre le pain brio ché encore meilleur. Il s’affère, se dépêche, il veut la réveiller, la sur prendre, il veut que sa première récompense soit un sourire. Le plateau est presque plein, il manque le café au lait, mais les viennoiseries sont bien présentes, le pain grillé, la confiture, le sucre en morceau, le beurre, le couteau et le jus de fruits, rien ne manque à l’appel.
Le café arrive sur le plateau, qu’il se prépare à porter vers la chambre, tel une offrande destinée à une déesse, sa déesse.
Il traverse le salon, pénètre dans le couloir et ar rive devant la chambre. Son pied pousse la porte et laisse ainsi, la lumière dégagée par la fenêtre de la salle de bain, pénétrer dans la chambre à coucher.
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