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Dites la vérité à Freya

De
113 pages
Michel Quetzal exerce la profession de chef de projet dans une société de secours informatique. Il écrit nouvelles et romans à ses heures perdues.Sa nouvelle "le producteur" ayant été primée à un concours littéraire organisé par Calmann Levy, cela lui a donné l'envie de faire connaître ses autres oeuvres.
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Dites la vØritØ à FreyaMichel Quetzal
Dites la vØritØ à Freya
NOUVELLE' manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1785-9 (pourle fichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-1784-0 (pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etdechercheurs),cemanuscritestimprimØtelunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comCHAPITRE 1
Onfrappaviolemmentàlaportedelaloge. Deux
coups puissants et brefs.
-Freya,enpistedansdeuxminutes! criaunevoix
d’homme jeune.
Sansattendre de rØponse,legrouillotallafrapper
violemmentde lamŒmefa onsurlaportesuivante.
FreyaHolmesregardasamaquilleuseaveccolŁre.
-C estqui,cepetitmorveuxquifrappeauxportes
comme un sourd, et gueule des ordres dans les cou-
loirs ? Il se prendpour qui, non mais ?
- C’est le petit-fils du patron, rØpondit sans Ømo-
tion la maquilleuse. Et si vous vouliez bien arrŒter
de bouger, je pourrais finir votre coiffure.
Freya poussa un grognement, et reprit sa place
dans son siŁge.
Elle regarda son image dans la glace, et vit une
femme encore jeune, mais dØj vieillissante, qui re-
fusaitd admettresonâge. Acontinuerainsiàvouloir
para treplusjeunequ ellen Øtaitvraiment,elleallait
bient tfranchirlabarreirrØversibleduridicule. Elle
le savait, les producteurs le savaient, les bruits de
couloir le savaient. Il faudrait certainement qu elle
se dØcide à passer la main, mais …
La voix du producteur rØsonna dans l’interphone
de la loge de Freya :
7DiteslavØritØ Freya
- Freya, l Ømission commence, fit-il de sa voix
douce. Deux minutes. Clong. La liaison avait ØtØ
coupØe.
- Mais qu est-ce qu ils ont tous aujourd hui avec
leurs deux minutes ?
Elle se lan a un long sourire dans la glace. Se
plßt. Elle quitta sa loge sans un mot ni un regard
pourlamaquilleuse. C’Øtaitellequimenaitceshow
depuis bient t quinze ans. Quand à passer la main,
onverrait aplustard. Ellesedirigeadesonpasvif
et tranchant habituel vers le studio 4, pour ses deux
heuresde gloire mØdiatique bi-mensuelles.
Freya Holmes avait dØbutØ sa carriŁre en s exhi-
bantdansdesconcoursdebeautØminables,patronØs
par des marques de savon ou de cosmØtiques. Elle
yfutremarquØe aprŁsquelquesapparitions,pastant
àcaused unphysiquequed uncaractŁreexception-
nel. FreyaØtaitjolie,trŁsjolie,ellelesavait,etsavait
seservirdesescharmes. MaiscequifaisaitladiffØ-
renceaveclesautresmidinettes,c estqu’ellen Øtait
pas du tout dØcidØe à se laisser berner, ni marcher
surlespieds. SurtoutparlesreprØsentantsrØgionaux
dessponsors−desploucsmaldØgrossispourlaplu-
part, qui Øtaient toujours à l affßt d un petit coup à
tirer vite fait pendant les foires commerciales. Un
jour qu elle brisait une potiche de bonne dimension
sur le cr ne chauve du reprØsentant de Camay, qui
contre une petite pipe derriŁre le stand lui promet-
tait Hollywood, elle fut remarquØe par S.T. Jackson
en personne, le grand patron de IBN, International
Broadcast Network, l une des plus grandes sinon la
plusgrandecha nedetØlØvisionmondiale. Pourquoi
cet Øminent personnage, l un des hommes les plus
puissantsdelaplanŁte,assistait-ilàlafoirecommer-
cialedeWalnutGrove,Iowa(pop. 12.789),resterait
à jamais une question sans rØponse. Le rØsultat fut
toutefois que Freya rentra chez elle ce soir là avec
8Michel Quetzal
uneenveloppecontenantplusieurscentainesdedol-
lars,dequoiacheterunallersimplepourNew-York,
et une promesse de contrat à l’essai pour deux mois
comme prØsentatrice de la cha ne, griffonØe sur un
coindenappeenpapier,maisrevŒtudel augustesi-
gnature du Ma tre en personne ! Ce qu elle devait
prØsenter,ellel ignorait,ets enfichaitcommed une
guigne. On allait la voir à la tØlØ, elle allait devenir
cØlŁbre dansle monde entier, etque ce soitenmon-
trantlesnuagesàlamØtØooulesimagesdeslØpreux
du Bengale ne lui importait guŁre.
Sespremiersessaisfurentcatastrophiques. Etson
caractŁre de cochon, entier et intransigeant n arran-
geaitrien. Ellenesavaitrien,etrefusaittoutbonne-
ment d apprendre. Plusieurs producteurs voulaient
la jeter dehors, quitte à rompre son contrat, mais
S.T. Jackson enpersonne ne l’entendaitpas de cette
oreille. Il avait un flair particulier, et quasiment in-
faillible pour repØrer les talents. En trente ans, il ne
s’Øtait pas trompØ une seule fois. Et il savait que
Freya Øtait une Øtoile montante. Il savait qu’elle fe-
rait de grandes choses. Il fallait qu elle se trouve
d’abord − et il allait falloir l aider pour cela, ou
nombre de cr nes risquaient fort de se faire fracas-
serdansl intervalle. Surl ordre de Jackson,elle fut
mise sur tous les coups durs. Les reportages dange-
reux,lespisteserronnØes,lessujetsbrßlants. Etelle
fit merveille. La mØtØo, ce n Øtait pas sa pointure,
tout simplement.
Elleconquitl audiencelorsd unreportagemara-
thon de deux jours, qui couvrit de bout en bout la
mutineriedelaprisondeShawshank. EnfermØevo-
lontairement à l intØrieur avec son camØraman, elle
avait couvert toutes les Øtapes cruciales de l ØvØne-
ment, fait des interviews sans filet des prisonniers
et des gardiens, et au bout du compte donnØ une
bonne synthŁse du problŁme. Le Gouverneur de
9DiteslavØritØ Freya
l Etatlui-mŒmeØtaitvenuelafØliciter,etavaitpubli-
quement dØclarØ que gr ce à Freya, il y voyait plus
clair sur la dØsastreuse condition des prisonniers du
pØnitencier,etqu ilcomptaitymettrebonordre. Ce
qu il continua de promettre tant que dura sa cam-
pagne Ølectorale.
Et elle avait ØtØ bombardØe prØsentatrice vedette
du vingt heures. En six mois à peine, et sans avoir
la moindre connaissance du journalisme. C Øtait du
jamaisvu (et qu on souhaitait ne jamaisrevoir, à en
croire nombre de ses collŁgues).
Elle garda cette place enviØe parmi toutes durant
deux annØes. EllefutdØtachØe àla MaisonBlanche
pour couvrir le scandale Gates, qui couta au prØ-
sident William Gates son poste et sa rØputation, et
s acquitta au mieux de cette t che dØlicate. C est à
cette occasion que naquit dans son esprit le concept
de son Ømission: Ditesla VØritØ à Freya.
UnesemaineàpeineaprŁslafinduscandale,au-
tantdireuneØternitØmØdiatique,puisqu onn enpar-
lait absolument plus, le projet de son Ømission Øtait
surlebureaudeS.T.Jackson. Ilnejugeapasutilede
demanderàFreyapourquoicedossierØtaitlà,aulieu
de se trouver sur un des bureaux des innombrables
producteurs oeuvrant pour la gloire d IBN. Il le lßt,
trouval idØeàsongoßt,etacceptadelancerl Ømis-
sion.
Un pilote pour commencer, en seconde partie de
soirØe, un mardi, jour que l Ømission n allait plus
quitterdurantquinzeannØes. LechoixdumardiØtait
unhasard,qu unechancemalignetransformaendØ-
cisionjudicieuse. Lesautrescha nesaccablaientles
spectateurs de navets sans nom ce soir-l , à croire
qu ilss ØtaientdonnØ le mot. Dansle foisonnement
ØcoeurantdedØbatsemmerdatoiresetderediffusions
desØriesoudefilmsusØsjusqu lacorde,l Ømission
neuve de Freya rayonnait comme un diamant taillØ
aumilieud unebousedevache. PourunepremiŁre,
10Michel Quetzal
ce fut une grande premiŁre. Et Freya fit exploser
l’audimat. DujamaisvupourunepremiŁrediffusion
d’uneØmissiontotalementinconnue,quin avaitbØ-
nØficiØquedequelquespublicitØsraresettimides,à
des heures de faible Øcoute.
Il faut dire que Freya avait mis le paquet c tØ
prØparation, et prØsentation. MØchante et agressive,
juste ce qu il faut, sachant consoler et pardon-
ner, avec parcimonie, elle avait crucifiØ à travers
les exemples de pauvres types pris au hasard les
plus grands travers de ses contemporains. Tous
s’y Øtaient reconnus, sans vouloir se l avouer, et
prØfØrant reconna tre le voisin du dessous dans le
travesti clandestin qui utilisait les sous-vŒtements
de sa femme pour assouvir ses pulsions sexuelles
solitaires, l oncle dØtestØ dans le petit cadre de
banque qui gonflait ses notes de frais pour couvrir
ses beuveries entre copains, le beau-frŁre dans le
connard qui se promenait avec un.22 chargØ en
permanence dans sa poche, prŒt à faire feu sur le
premiernŁgrequioseraitluidemanderl heure.
LeprincipedesonØmissionØtaitsimple: desgens
Øtaient arrŒtØs au hasard dans la rue par un repor-
ter et son camØraman. Ils devaient alors rØpondre
avec franchise à une sØrie de questions. D appa-
renced abordanodine,lesquestionsserØvØlaienten
fait des piŁges dangereux, dans lesquels il ne fallait
pastomber. FreyaavaitconcoctØsesinterrogatoires
avecuneØquipedepsychologues,etapprisaveceux
comment discerner la vØritØ qu on tentait de taire
dans un tissu de mensonges, à partir d une ou deux
questions bien posØes. Si les rØponses des victimes
Øtaientsatisfaisantes,ellesenØtaientquittepourcinq
minutesdetrouilleintensedevantunecamØra. Dans
lecascontraire…LesmicrostrottoirsØtaientrØalisØs
quelques jours avant l Ømission, puis rushØs en prØ-
sence de l Øquipe et des psys. On isolait les cas in-
tØressants,etonmettaitdesgenssurlecoup. Quand
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