Dix-sept ans

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« On m’a élevée ainsi : les garçons et les filles sont à égalité. Je suis aussi libre que mon frère, ma mère est aussi libre que mon père. C’est faux. Je suis une fille, pas un garçon. J’ai 17 ans, mon corps me trahit, je vais avorter.
 J’y pense toujours, je n’en parlerai jamais à personne. Parfois, je ne suis pas loin de dire le mot, de le partager  avec une amie proche. Et puis non, je renonce. Pourquoi ce silence ? »

C. S.

Publié le : mercredi 7 janvier 2015
Lecture(s) : 29
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246856092
Nombre de pages : 96
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A mon père.
« Dans tes classeurs de lycée Y a tes rêves et tes secrets Tous ces mots que tu ne dis jamais… »
YVESSIMON, Diabolo menthe.
L’an dernier, dans un entretien accordé au quotidienL’Humanité, Annie Ernaux rappelait qu’« une immense solitude entoure les femmes qui avortent ». Cette solitude, elle l’a vécue en 1964. Elle avait vingt-trois ans. A l’époque, avorter était un crime puni par la loi. Elle dit avoir cherché dans les bibliothèques des ouvrages dans lesquels l’héroïne voulait avorter. Elle espérait découvrir une voix amie dans la littérature, n’avait rien trouvé. Dans les romans, l’héroïne était enceinte puis ne l’était plus, le passage entre les deux états restait toujours elliptique. La fiche « Avortement » de la bibliothèque ne recensait que des revues scientifiques ou juridiques, traitant du sujet sous l’angle de la criminalité. « J’étais rattrapée par le cul, et ce qui poussait en moi c’était, d’une certaine manière, l’échec social. » L’avortement clandestin, sa brutalité physique et morale, n’était alors l’objet que de « rumeurs de quartier ». Aujourd’hui, si l’avortement est inscrit dans la loi, il est toujours en marge de la littérature. Quand, en 2000, Annie Ernaux publieL’Evénement, le récit d’un avortement clandestin avant la loi Veil, le livre a peu de retentissement. Cette histoire dérange. Un journaliste lui assène : « Votre livre me donne la nausée. » L’avortement, ce n’est pas un beau sujet de littérature. C’est une guerre que l’on traverse, entre la vie et la mort, l’humiliation, l’opprobre et le regret. Non, ce n’est pas un beau sujet. J’ai entendu Annie Ernaux. Ce qu’elle dit sur le silence, la gêne, quand « rien n’est gagné pour les femmes » et que pourtant « les filles ne se mobilisent pas assez ». Alors qu’en Europe les législations sur l’interruption volontaire de grossesse sont remises en cause, quand on continue de parler de banalisation de l’avortement, qu’on invente jusqu’à la notion d’avortement de confort, je dois raconter ce qu’a signifié et ce que signifie encore pour moi cet « événement ». Ni banal, ni confortable. J’avais le sentiment qu’Annie Ernaux s’adressait à moi, il fallait que je raconte ce printemps 1984.
J’ai dix-sept ans et j’ai un amant. Je ne suis pas amoureuse mais j’ai un amant. Je traverse le boulevard Saint-Michel en chantonnant, « j’ai dix-sept ans et j’ai un amant », il est très beau, je suis très contente. Je ne suis pas comme ma mère, je ne suis pas sa solitude. Je suis moi, une fille qui couche avec un garçon sans être amoureuse. J’ai dix-sept ans et j’ai un amant. Pas un petit copain, pas un amoureux, pas un truc d’adolescente, un amant, un truc de femme. Je suis une fille libre.
DU MÊME AUTEUR
L’INCREVABLEMONSIEURSCHNECK, Stock, 2006, prix Murat. SAPETITECHÉRIE, Stock, 2007. VALDEGRÂCE, Stock, 2008, Grand prix de l’Héroïne Madame Figaro. UNEFEMMECÉLÈBRE, Stock, 2010, prix Anna de Noailles de l’Académie française. LARÉPARATION, Grasset, 2012, prix Thyde Monnier de la SGDL. MONPETITCALDER,avec Emmanuel Javal, illustrations d’Iris de Moüy, Hélium-Palette, 2013. MAI67, Robert Laffont, 2014.
Photo de la bande : Collection particulière.
ISBN : 978-2-246-85609-2
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
©Éditions Grasset & Fasquelle, 2015.
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