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Dolorès et les filigranes

De
150 pages
Dolorès a été martyrisée. Elle connait son bourreau ; c’est son mari, Gabriel. Dès le premier jour de ce qu’il ne convient pas d’appeler leur amour, la violence a mené le jeu. La rencontre s’est faite sous le signe du traumatisme. Un viol. Un enfant a été conçu. Dès lors, le destin de Dolorès fut scellé.

Après cela, comment vivre ?

La souffrance est au centre de ce roman qui met en scène une famille installée à La Ciotat, dans cette Provence maritime dont la séduction facile ne parvient pas à faire oublier l’âpreté.

Gilberte Declarth parvient, avec un sens aigu de l’analyse, à montrer les ravages de la violence dans le cœur de la lumineuse et touchante Dolorès. Lentement, au fil des portraits des membres de toute une famille, le lecteur entre en empathie avec cette héroïne hors du commun. Il saisit une part de son mystère, est touché par son calvaire. A cela, il faut ajouter une écriture à la phrase sinueuse qui surprend, puis séduit et envoûte.
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Extrait
Chapitre I : Gabriel
1943. La guerre n’en finissait pas, dans un climat d’animosités chez les assiégés que certains avaient fait leur et leurre. Fêleurs et briseurs de tout, dans ce pays où les repères n’étaient plus valeurs humaines. Alors, dans le camp des opprimés, le brigandage actif s’était installé face à la peur congénère, instaurée et passive.

Gabriel était le type même du calculateur. Planqué officieux et officiellement déchargé de ses obligations militaires, valeureux individualiste entièrement dévoué à ses seules causes, il arpentait au gré des événements qu’il faisait lui être favorables, les chaos d’une petite ville meurtrie dont les cicatrices béantes offraient un nid fertile à ses épanchements égotiques. Un piètre homme aux yeux de l’humanité ! Mais le regard du monde n’était pas encore tourné vers l’Europe. Qui se souciait, dès lors, de Gabriel et de ses vils méfaits ?

Par ces temps-là, on pouvait spolier son prochain sans n’y laisser rien paraître. Il suffisait de savoir à la fois manier la fourberie envers les siens et faire le dos rond au droit de l’ennemi. Cette attitude-là, Gabriel l’adopta avec grande aisance. Elle lui valut, en première prérogative, de conserver ce qui lui appartenait en propre. Et il ne lui fallut pas longtemps pour répondre à une question qui allait poser les jalons de ses intrigues en second plan : au nom de quoi l’opposant serait-il le seul à bénéficier d’avantages locaux ? Pour notre olibrius, il y avait-là un argument qu’il estimait foncièrement recevable pour s’octroyer le droit de garder français ce que les belliqueux occupants s’appropriaient. Un beau et franc cas de patriotisme personnel !

Or donc, l’ami de la localité s’ouvrit nombre de portes et bien d’autres sésames au cours de la guerre. Sa ruse lui fit gagner la sympathie de ses semblables, auxquels il s’apparentait au demeurant très peu. Faisant cavalier seul, il ne savait résister aux occasions de s’emparer du bien d’autrui.
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