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Douaniers sans frontières

De
105 pages
Anthelme Tilleul n'avait, pourtant, aucune prédisposition pour la vie publique. La maîtrise de son emploi du temps, rigoureuse à l'excès, était sa seule propriété. Il y eut cet instant, marqué d'un point d'interrogation, sur l'agenda d'Anthelme, où l'hebdomadaire "AU JOUR LE JOUR" lui proposa de devenir le personnage central de l'une de ses rubriques. Il y eut cet instant, marqué d'un point de suspension, où Anthelme accepta et signa le contrat qui le privait de sa seule liberté. De ce moment, date la nouvelle vie d'Anthelme Tilleul. Une simple signature suffirait-elle à bouleverser la vie d'un citoyen ordinaire ?Une simple signature pourrait-elle le contraindre à vivre sous les feux de l'actualité ? Une simple signature pourrait- elle l'éloigner irrémédiablement de Suzanne?
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Avertissement de l’éditeur
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ISBN: 2-7481-0501-X(pourlefichiernumérique)
ISBN: 2-7481-0500-1 (pour le livre imprimé)Claude Cherel
Douaniers sans frontières
ROMANAnthelme entendit sonner. Il sursauta. Il n’at-
tendait personne.
Il ne voyait jamais personne. Hormis Suzanne,
personne ne le connaissait. Anthelme avait une allure
ordinaire. De taille moyenne, il ne portait jamais de
vêtementstropvisibles. Anthelmeparcouraitl’existence
sans que rien ne vienne en déranger le cours régulier,
paisible et rassurant.
Ilregardasamontre. Suisse,enplaquéor,ellelui
avait toujoursindiqué l’heure quel que soit lemoment
dujouroudelanuit. Vingt-deuxheuresquatorze. Ja-
mais, depuis cinquante-trois ans, il n’avait regardé sa
montreàuneheureaussiavancée. Ilobservalarue. Par
lafenêtre,ilpouvaitvoirsansêtrevu. L’éclairagedesa
chambreétaitsuffisammentfaiblepourluipermettrela
plus grande discrétion. Tout paraissait normal. Deux
personnes discutaient. Chacune tenait une laisse dans
la main.
La présence d’un chien au bout de chaque laisse
justifiaitpleinementlaprésencedecesdeuxsilhouettes
dontl’ombresedessinaitsousleréverbère.
Anthelme mit la main à son front, il était moite.
En ce début d’automne, il ne faisait pas particulière-
ment chaud.
Anthelmen’allumaitjamaislechauffageavantque
le froid nesesoitofficiellementsignalé. Riennepou-
vait expliquer ces perles de sueur qu’Anthelme consta-
tait sur le revers de sa main.
Ils’aperçutquesesgestesétaientmoinsprécisqu’à
l’habitude. Sagorgeétaitserrée,commes’ilavaitpeur.
Cette éventualité était absurde.
Ilne devaitpasavoir peur.
Il ne pouvait rien lui arriver. Il avait organisé
sa vie afin d’être à l’abri de l’imprévisible. L’agenda
d’Anthelme était d’une précision impressionnante. Il
n’était pas envisageable pour lui de prévoir une quel-
conque activité ou rencontre, moins de deux semaines
7Douaniers sans frontières
auparavant. De la même manière, il tentait d’analy-
ser les conséquences probables de ses moindres faits et
gestes avant que de les accomplir. Méticuleusement,
Anthelmenotaitsursonagendal’impressionqu’iltirait
detouscesévénementsquin’existaientquepourlui.
La sonnette continuait de tinter. Anthelme était
pétrifié. Cettevisitepouvaitelleêtreautrechosequ’un
porteur de ces mauvaises nouvelles, dont il avait su se
prémunir depuis toujours ? Vainement, en un frag-
mentdesecondequiluiparutinterminable,iltentade
faire le point de la situation. Enfin, il prit la décision
courageuse qui s’imposait à lui.
Ilsedirigeaverslaportepourl’entrouvrir.
Anthelme,prudemment,posasamainsurlapoi-
gnée.
Après avoir installé le système de sécurité, il en-
trebâillalaporte. Ilaperçutunpetithomme.
Son uniforme d’agent des transmissions lui
conférait une allure rassurante.
"Oui?"InterrogeaAnthelmed’unevoixquiavait
retrouvé son timbre habituel.
"C’est pour quoi ?"
L’hommeenuniformes’assuradesonidentité.
Illuiremitunpliqu’ildéclaraitêtreurgent. An-
thelme signa le registre que lui tendait le préposé et le
congédia après l’avoir dédommagé de sa course par un
rituel pourboire.
"Merci Monsieur Tilleul, à une prochaine fois
peut être… "
Anthelme n’entendait plus les pas qui s’éloi-
gnaientdanslecouloirdel’immeuble.
Tenant, fébrilement, ce courrier urgent dans sa
maindroite,ilsedirigeaverslacommodedontilsortit
un coupe-papier. Il ouvrait avec un coupe-papier le
courrier,rare,dontlecontenupouvaitlesurprendre.
Anthelme s’assit confortablement dans son fau-
teuil, il regarda l’enveloppe.
8Claude Cherel
Elleluiétaitadresséepar"AUJOURLEJOUR:L’heb-
domadairedes gensqui comptent".
Pourquoidonc,sedemandaAnthelme,cemaga-
zine,quiestl’undesplusconsidérédupays,prend-illa
peine de m’écrire.
AmoiTilleulqueseulesconnaissentlesraresper-
sonnesqui nem’ontpasoublié ?
Anthelme se décida, enfin, à prendre connais-
sance du contenu de la lettre. Damien Du Tranchant,
directeur de la publication, l’invitait à prendre ren-
dez-vous, avec lui.
Il indiquait les coordonnées de son secrétariat
particulier.
Anthelmeétaitdansunétatdefébrilitéintense. Il
n’avaitpaslesouvenird’avoirétéaussibouleversédepuis
desannées. Ilessayaitd’imaginerl’emploidutempsde
sa journée du lendemain.
Mettre le réveil à sonner.
Se calmer.
Anthelme regarda en direction de l’étagère.
Pourquoi moi ? Semblait-ildemander aux cinq boîtes
en carton, rangées méthodiquement sur la grande
planche en bois. La contemplation de ces boîtes avait
toujours, sur lui, un effet apaisant. Il avait vécu. Le
contenu de chaque boite en témoignait. Il avait aimé.
Chaque prénom inscrit sur le carton suscitait des
souvenirs,delanostalgie,delamélancolie,maispasde
regrets.
Anthelmeétaitunlecteuroccasionnelde"Aujourle
jour". Ilnel’achetait,qu’occasionnellement,pours’in-
former et se détendre.
Ilnefaisaitpaspartiedecelectoratrégulierdont
larevuevantaitl’importanceàlongueurdesemainesur
les panneaux publicitaires de laville. C’était unerevue
deréférence,dontl’influencesurl’opinionétaitlarge-
ment démontrée. Grâce à "Au jour le jour" le Parti de la
ModérationExtrêmeavaitaccédéaupouvoir.
9Douaniers sans frontières
Anthelme se levait, d’ordinaire, selon un rituel
quiconfinaitàlamanie. Leréveil,qu’ilavaitremontéla
veilleausoiraprèsavoirrefermésonlivredechevet,ne
lui laissait pas la possibilité de rester au lit. Anthelme,
volontairement,l’avaitsituésurunetablettequesamain
nepouvaitpasatteindrelorsqu’ilétaitcouché. Lason-
nerie étant insupportable, c’était, chaque matin, une
délivranceque dese lever pourl’éteindre. Cettedisci-
pline,Anthelmesel’étaitimposéeunefoispourtoutes.
Travaillantchezlui, il savait fort bien que la tentation,
était forte, de rester au lit.
De retarder de quart d’heure en quart d’heure le
momentdeposer,enfin,lepiedparterre.
Debout,enforme;ilenchaînaittoutessesactivi-
tésmatinalesdansunordreimmuable.
Allumerle poste de radio.
Sesoulagerpendantquechauffaitl’eauducafé.
Déjeuner.
Sepermettre,leJeudi,desbriochesàlaplacedes
tartines beurrées.
Alorsqu’ilfinissaitsondeuxièmeboldecafé,An-
thelmeréalisaqu’iln’avaitriennoté,sursonagendades
événementsdelaveille. Ilseprécipitapourréparercet
oubli. Que de bouleversements en perspective. Il al-
laitluifalloirlibéreruneplacesursonemploidutemps
pour cerendez-vousqu’il devaitprendre, cette convo-
cationdontil ignorait lemotif.
Si,seulement,Suzanneétaitlà. Siencemoment
précis,ilpouvaitsentirsaprésence,siellen’étaitjamais
sortie. Anthelmesavaitbienqu’ilétaitinutilederevivre
cesmomentsquiavaientbouleversésavie. Illesavaitet
pourtant, à un rythme lancinant, la scène se déroulait
soussesyeux. IlrevoyaitSuzanne,sonsouriresurlepas
de la porte…
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