Du riffifi dans la distri

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Leduc, magnat de la grande distribution, a été sauvagement assassiné. On ignore s’il s’agit d’un "crime de classe" perpétré par une employée ou de la conséquence fatale des luttes de pouvoir qui déchirent les propriétaires de grandes surfaces affiliés à la même enseigne. L'avocat fiscaliste du groupe, gardien juridique de la "secte", est mêlé malgré lui à l'enquête criminelle.A travers les relations qu'il entretient avec ses clients, on découvre le pouvoir corrosif et destructeur de l'argent. Derrière l'unité de façade, les haines s'accumulent.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 109
EAN13 : 9782748105445
Nombre de pages : 263
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Du riffifi dans la distri
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748105451 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748105443 (pour le livre imprimé)
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Du riffifi dans la distri
ROMAN
I LA VALSE DES BOUTEILLES
Nicole est accroupie dans l’obscurité, au milieu d’une montagne de caisses de vins. Le nez au raz des étampes, elle tente de déchiffrer les inscriptions impri mées sur le bois blanc des emballages. On n’entend pas d’autre bruit que le ronronnement de la climatisation… La pièce, gaie comme une énorme boîte à chaussures réfrigérée, est un véritable capharnaüm. Les caisses, de toutes origines géographiques, ont été empilées dans l’ordre d’arrivée : le grand cru Bordelais voisine avec le timide Bergerac, le Champagne supporte la proxi mité du HautBrion blanc et quelques Bourgognes ti trés partagent la couche de Muscadets. Certains cartons sont éventrés, des couvercles hérissés d’agrafes jonchent le sol, des bouteilles orphelines attendent leur transfert dans les rayons, le papier de soie jaune pâle crisse sous les pieds. L’équilibre général des grandes tours de vins ti trés semble bien précaire. La jeune femme se déplace avec précaution, de peur de déclencher une catastrophe, d’autant qu’elle n’a pas allumé la lumière. La faible lueur bleutée qui baigne les structures métalliques des immenses réserves de l’hypermarché passe par la porte capitonnée. Ça ne suffit pas pour distinguer les diffé rentes appellations, elle doit allumer son briquet. Ses yeux rougis cherchent des noms magiques et chers… Elle devine l’emblème du château Palmer sur le flanc d’un caisson enfoui sous une colonne de rosés de Provence.
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“Ça lui ferait toujours çà de moins dans les poches à ce salaud”. Malheureusement, il faut nécessairement dé placer les caisses entassées les unes sur les autres, sans faire trop de bruit, pour dégager ce Margaux… Nicole ravale un sanglot exaspéré. “Même pour lui piquer son vin, ce sale type me fait bosser”. Quatre ans déjà qu’elle charge les rayons de l’hy per à longueur de journée pour le compte de Garmel. Dès l’aube, elle s’enfonce dans les réserves en tirant son chariot. Elle dépèce les palettes de marchandises, en ar rachant les films plastiques à l’aide de son cutter, pour garnir les gondoles de boîtes et de paquets, bien avant l’ouverture du magasin. Lorsqu’elle voit les clients s’ag glutiner devant la porte, le caddie vide, parés pour la ruée de huit heures, elle ne peut s’empêcher d’imaginer cette foule prête à fondre sur les promotions en ren versant tout sur son passage. Tout au long de la jour née, il faut trouver le passage au milieu de la meute afin de combler les vides, compléter les rayons, enlever les paquets déchirés par les clients, réassortir les gammes. Pour qu’il ne manque jamais rien… Et l’autre tyran, toujours à rôder dans le maga sin, toujours sur votre dos à remarquer la boîte qui ne montre pas son étiquette, le paquet de couches étripé, l’erreur de prix ou les pâtes cachées sous les présen toirs… Et toujours ce ton méprisant, l’insulte au bord des lèvres quand il n’aboie pas ses injures grossières. Il n’y a pas si longtemps, il s’est cru obligé de préciser, l’air mauvais, que n’importe quel imbécile ordinaire pouvait remplir des rayons proprement. Audelà d’une cer taine dose de connerie, avaitil ajouté, seul le boulot de damepipi pouvait convenir. Mais il n’y avait pas de place pour ça chez lui… Nicole tombe sur une caisse de Chassespleen à peu près accessible. Le hasard commenceraitil à bien faire les choses ? Pas bien loin en dessous, elle pour rait attraper du champagne Laurent Perrier. Enfin une douce vengeance en vue…
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Faut dire qu’aujourd’hui, Garmel a dépassé les bornes. A l’approche de Noël, le magasin est plein comme un œuf. Les allées sont plus chargées en caddies que le périphérique en voitures, un vendredi soir. Les clients s’abattent sur les rayons à l’instar de sauterelles dans un champ de blé. Nicole, bousculée par une petite vieille du genre arrogant, laisse échapper une bouteille d’huile qui explose au contact du carrelage. La mamie, voyant ses chaussures de messe éclaboussées, glapit au scandale en prenant la foule à témoin. Elle gesticule en appelant à l’aide, refuse de franchir la flaque huileuse sans un bras pour la soutenir. Nicole s’avance, mais se fait vertement rabrouer. "Espèce de gourde ! Lui jette la mémé argentée des cheveux. Allez chercher de quoi nettoyer, au lieu de rester plantée, les deux pieds dans le même sabot." La jeune femme tourne les talons sous le regard goguenard des témoins de l’incident et s’éloigne rapidement, autant pour échapper à la honte qu’à la re cherche d’une serpillière. En revenant vers le rayon, déséquilibrée par le seau dans une main et le balai dans l’autre, elle aperçoit Garmel, campé devant la veuve toute noire qui pousse des cris outrageusement aigus. La tête légèrement pen chée en avant, comme un animal qui va charger, il fixe la bigote, les yeux miclos, les bras croisés sur la poitrine. Son vieux portable, énorme dans la poche déformée de son éternel veston, sonne comme un malade. Garmel ne bronche pas. Il est immobile, les deux pieds baignant dans l’huile répandue. Comme si de rien n’était. La vi tupérante mémé perd le rythme de ses jérémiades. Son regard déconcerté oscille du téléphone bruyant au visage figé de Garmel, en passant par le petit groupe de spec tateurs intéressés par l’algarade. Quand Nicole rejoint l’attroupement, le téléphone se tait, suivi de peu par la petite dame qui ne sait plus trop où elle en est. Garmel esquisse un sourire féroce à l’adresse de son employée. Alertée, la plaignante se tourne vers Nicole, la désigne d’un doigt accusateur et retrouve la parole :
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C’est cellelà qui m’a renversé la bouteille d’huile dessus et elle ne s’est même pas excusée. Vous auriez vu comme elle m’a regardée, cette insolente… Ma robe est tachée, mes bas sont perdus et mes chaus sures… Vous voulez récupérer du fric, c’est ça ? La coupe Garmel. Sa voix est douce, presque mielleuse. Elle tranche avec le cynisme de l’intervention. La mémé, surprise, bat des cils et ouvre grand la bouche, mettant ainsi en valeur son violet à lèvres impeccable ment dessiné. Si elle ressent confusément un malaise, elle est trop énervée pour s’arrêter en chemin. Je vais avoir des frais, c’est certain ! Je vous remercie d’y penser, ergotetelle d’un ton pincé issu d’un petit sourire crispé. Puis, sans même regarder Ni cole, la voix coupante et le sourcil en accent circonflexe, elle enchaîne :Cette jeune femme à l’air sournois n’est pas dispensée pour autant de présenter ses excuses. L’argent ne peut pas tout régler, ce serait trop facile… Je ne l’ai pas fait exprès, explose Nicole. Vous m’avez bousculée au moment où je plaçais la bouteille sur le rayon. Je veux bien m’excuser mais faut pas tout me mettre sur le dos. Se tournant vers Garmel, elle ajoute, non sans angoisse :Je vous jure que c’est la vérité, monsieur ! Mon dieu, c’est incroyable ! Siffle la vieille en frappant violemment son sac à main contre ses cuisses maigrichonnes. Oseriezvous prétendre devant tout ce monde (elle balaye l’assistance du regard) que je suis responsable de votre inqualifiable maladresse ? Anéantie par tant de mauvaise foi, Nicole dépose sans réfléchir son seau en plein dans la flaque d’huile. Elle cherche un signe de soutien dans l’assistance mais ne rencontre qu’une attention vaguement sadique, au mieux quelques regards gênés. Garmel la contemple avec l’air peu rassurant de Raminagrobis, prêt à rendre son jugement. Les larmes aux yeux, Nicole s’écrie :
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