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Égarements coupables

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Ce recueil de sept nouvelles policières vous propose du frisson et de l’inattendu. Qu’il s’agisse d’un petit chapardage dans une boutique, de la disparition d’un PDG sur son lieu de travail ou de celle d’une touriste française à Agadir, de la séquestration d’une jeune fille par un pédophile, du rapt du cercueil d’une Escort-Girl liégeoise ou du meurtre d’une adolescente obèse ou celui d’une mère de famille, les histoires courtes vous tiendront en haleine jusqu’à leur dénouement. Petits ou grands malfrats vous dévoileront les raisons de leurs égarements coupables. De quoi passer un bon moment de lecture. Pour plus de détails : http://chriswillemseblog.wordpress.com/
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Christiane Willemse

Égarements coupables

 


 

© Christiane Willemse, 2017

ISBN numérique : 979-10-262-0889-1

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

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Du même auteur

 

 

 

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Nouvelles, Mon Petit Éditeur, 2013

De départs en abandons

Nouvelles, Mon Petit Éditeur, 2014

 

 

 

 

À Valérie ma fille

À Michel mon compagnon

 

 

 

 

Remerciements

 

Merci à tous mes lecteurs de la première heure, pour leurs commentaires enthousiastes.

Merci à Claude et Annette Dehaye pour leur relecture attentive et leurs conseils avisés.

 

 

 

 

 

 

La tragédie de la mort est en ceci qu’elle

transforme la vie en destin. (André Malraux)

 

Captive

 

Hélène se désespère. Cela fait six longs mois qu’elle est captive. Son ravisseur : « Jack », comme elle le nomme en secret, la retient prisonnière dans une chambrette de quatre mètres sur cinq, située sous les toits d’une ferme isolée des Ardennes flamandes. Une petite lucarne rectangulaire est sa seule possibilité d’appréhender le monde extérieur.

En grimpant sur un tabouret bancal, elle aperçoit une cour pavée, prolongée d’un petit coin de verdure où poussent des herbes folles et des touffes de pissenlits, autour d’un banc de bois dépoli. L’endroit l’attire comme un aimant. Combien aimerait-elle pouvoir s’y asseoir et sentir la douce brise du mois de mai lui caresser le visage ? Tous les jours, Hélène se perche sur le tabouret et son esprit s’évade par la lucarne, loin de son lieu de détention, dans la campagne environnante. C’est l’ultime lien avec la réalité extérieure qui l’empêche de sombrer dans une dépression profonde.

Parfois, elle imagine qu’un preux chevalier se repose un instant sur le banc, avant de libérer la jolie princesse à la chevelure rousse, captive dans sa tour. Il a accroché une échelle de corde et va monter, léger comme un acrobate, mû par son amour pour la belle Hélène. Hélas ! Ses rêveries sont interrompues par l’horrible réalité : un cliquetis lui annonce que son infâme geôlier vient lui apporter de quoi survivre.

L’homme pénètre dans la pièce en se dandinant : il a les pieds plats. Une petite moustache noire lui donnerait presque un air de Charlot pathétique, si la situation n’était pas aussi sordide. Ses minuscules yeux noirs, profondément enfoncés dans les orbites, la regardent avec un vif intérêt. De corpulence plutôt frêle, l’homme possède, néanmoins, de grandes mains carrées qu’il ne cesse d’agiter lorsqu’il s’adresse à la jeune captive.

« Jack » ne s’est risqué qu’une fois à des attouchements maladroits qui ont hérissé Hélène. Les hurlements de la jeune fille l’ont dissuadé de recommencer. Depuis, il se contente de lui brosser longuement les cheveux, ce qu’elle tolère avec répugnance.

La jeune fille possède, en effet, une superbe chevelure rousse qui lui dévale le long des reins : c’est pour cela qu’il l’a choisie parmi toutes les autres adolescentes observées à la dérobée, à la sortie des cours du lycée Saint-Vincent.

Tout petit déjà, Pierre Levallois, le vrai nom du ravisseur d’Hélène, se plaisait à brosser les cheveux des poupées Barbie de sa sœur, Sandrine. Ses mains caressaient, avec délicatesse, leur opulente chevelure. Il en retirait un sentiment jouissif intense.

Plus tard, repoussé par les filles qui le trouvaient peu avenant avec sa démarche de canard, il avait fréquenté des prostituées dans l’unique but d’étreindre leurs boucles soyeuses. Étrange comportement, qui relevait d’un désordre psychique évident.

 

Retraité d’une carrière de fonctionnaire des postes, Pierre vit seul dans la vieille ferme parentale, à l’exception de la jeune fille qu’il séquestre depuis une demi-année maintenant.

L’homme n’a plus de famille et pas d’amis intimes. Personne ne met jamais les pieds dans sa demeure, pas même le facteur pour un recommandé. Cette solitude lui pèse moins depuis que sa prisonnière occupe ses pensées, ainsi que la chambrette qu’il a aménagée spécialement pour elle, sous le toit.

Dans un coin de la pièce, un petit espace sanitaire, avec un évier et une toilette, a été installé. Il a placé contre le mur en crépi, un lit de camp avec des draps, une couverture et un oreiller. Au centre de la pièce se trouvent une table en chêne clair et un tabouret, où la jeune fille prend tous ses repas, sans exception. Elle dispose aussi d’une armoire dans laquelle se trouve une série de jeux de société, inutiles, étant donné qu’il faut être au moins deux pour y jouer.

Une caméra est positionnée au plafond de sorte qu’aucun mouvement d’Hélène n’échappe à son ravisseur, s’il le désire. À chaque pas qu’elle fait, elle a l’impression d’être espionnée. Cela fait six mois qu’elle essaie de survivre dans cet endroit carcéral, sans aucune certitude concernant son avenir.

 

Pour l’instant, les recherches de la police concernant Hélène sont un fiasco. Des battues avec chiens pisteurs n’ont rien donné. L’inspecteur Vitreuil a recueilli plusieurs témoignages d’habitants sur le chemin de l’école et il a mis quelques pédophiles connus en garde à vue, mais en vain… Child Focus a diffusé la photo d’Hélène Rousseau, âgée de 14 ans, à la télévision. Mais l’appel n’a pas eu de suite. Personne ne semble en mesure de donner des informations sur la disparition de l’adolescente.

Vitreuil continue, malgré tout, les recherches. Les parents de la gamine sont effondrés et ont déjà témoigné, à de nombreuses reprises, dans les médias. Qui leur rendra leur enfant ? Est-elle encore en vie dans les griffes d’une mafia spécialisée dans la traite de jeunes filles ou a-t-elle été tuée, peu de temps après sa disparition ? L’incertitude ronge chaque jour, un peu plus, le couple malheureux des Rousseau.

L’inspecteur leur a promis d’explorer la moindre piste qui se présenterait encore.

Il a passé la chambre à coucher d’Hélène au peigne fin : une chambre d’ado, comme toutes les autres, avec son bureau et ses posters de chanteurs au mur. Son ordinateur portable n’a révélé aucune connexion avec une personne suspecte. Pas de mails étranges ni de consultations de sites inquiétants. Pour le reste, pas de disputes avec les parents. Il semble bien que la possibilité de la fugue soit donc à exclure, en a conclu l’inspecteur.

Vitreuil ne peut se l’expliquer, mais il ne penche pas non plus pour un enlèvement par un réseau spécialisé ou une mafia organisée. Il craint plutôt que la jeune fille ne soit la victime d’un pervers esseulé, poussé par d’irrépressibles pulsions. Il s’est d’ailleurs étonné que l’interrogatoire des pédophiles notoires de la région n’ait rien donné. Il faut croire que le ravisseur n’est pas encore connu des services de police et de la justice. Une probabilité qui ne va pas faciliter les recherches, hélas. Néanmoins, l’inspecteur veut suivre son intuition, comme à son habitude. Sa pugnacité rassure quelque peu les parents.

C’est ainsi qu’une de ses démarches est le listing des familles de la région, composées d’une seule personne célibataire. Une dizaine de cas ayant ainsi été recensés, Vitreuil va éplucher les données fournies. Il y passera toutes ses nuits s’il le faut !

 

Hélène mange, la maigre tranche de jambon, le bout de fromage et le morceau de pain que lui a apportés Pierre Levallois. Sa gorge est nouée. Elle avale avec peine le repas frugal et boit d’un trait le gobelet d’eau à sa disposition. Par la lucarne, elle observe à la droite du petit coin de verdure, un beau potager rempli de légumes appétissants. Les tomates rouges et les belles salades la font saliver.

En fin d’après-midi, elle observe son ravisseur biner ses pommes de terre et entretenir son petit coin de verdure, comme si de rien n’était. Il y a si longtemps qu’elle n’a pas reçu de légumes ni de fruits, qu’elle n’en connait plus le goût. Son ravisseur ne se donne même pas la peine de cuisiner pour sa victime.

Cruauté supplémentaire qui s’ajoute au fait qu’Hélène ignore pourquoi elle a été kidnappée. Ses parents ne vivent pas dans l’opulence, de sorte qu’une demande de rançon est peu probable. D’autre part, Pierre Levallois n’a pas réessayé d’abuser de la jeune fille : apparemment, il la retient captive pour le seul plaisir de lui caresser les cheveux. Hélène répugne à se laisser tripoter la tignasse, mais y consent malgré elle, forcée par les circonstances.

Lorsque son geôlier se tient derrière elle et lui lisse ses boucles rousses, de sa brosse à poils de sanglier, elle a envie de vomir de dégoût. Le petit manège dure une bonne demi-heure.

Pierre Levallois émet de petits gémissements de volupté qui donnent à Hélène la chair de poule. Ensuite, « Jack » repart comme il est venu en se dandinant, sans oublier de refermer le verrou qui la retient prisonnière.

 

Hélène n’arrête pas de se poser des questions : la fermette étant éloignée de la rue principale, elle se demande comment elle pourrait avertir de sa présence le rare passant capable de donner l’alerte.

« Quand cet horrible cauchemar prendra-t-il fin ? » marmonne-t-elle en se tenant la tête.

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