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La première fois que je l’ai vue, elle était assise sur un trottoir de la rue Notre-Dame-des-Champs. Elle était belle malgré sa détresse et je l’ai désirée. J’aurais pu céder à la lâcheté commune et passer mon chemin. J’ai cédé à la concupiscence et je l’ai abordée. Bien sûr, elle m’a envoyé paître.
La deuxième fois, elle avait revendu ses vêtements coûteux et elle mendiait. L’aide que je lui avais proposée quelques semaines plus tôt, elle l’acceptait désormais. J’aurais pu faire preuve de charité et lui tendre la main. J’ai cédé à la lâcheté commune et passé mon chemin.
Je me déteste et, entre deux maux, je choisis toujours le pire. C’est plus fort que moi. Ce que chacun s’évertue à cacher, sa part la plus vile, il faut que je l’explore. Je m’y emploie dans chacun de mes livres, répondant à l’implacable injonction de Céline: «Noircir et se noircir.»

La haine de soi n’est pas à la portée de tout le monde. Mais, en la matière, Emile Brami n’est pas un débutant. Il s’est dépeint, tour à tour, sous les traits d’un pré-adolescent violeur (Histoire de la poupée, Ecriture, 2000), d’un peintre nonagénaire paranoïaque (Art brut, Ecriture, 2001), puis d’une lesbienne méchante et malheureuse
(Le manteau de la Vierge, Fayard, 2007, Prix Méditerranée). Son entreprise se poursuit dans ce nouveau roman, le plus intime, car l’auteur s’y désigne par son nom, et forcément le plus sombre.