Emilie a disparu

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Une petite fille de neuf ans disparaît sans laisser de trace. Ce terrible fait divers, hélas trop fréquemment d’actualité, laisse sa mère anéantie par la douleur.

Qu’est-elle devenue ?

Un petit garçon de six ans, qu’elle a rencontré durant les vacances, dit parler à son fantôme…



Plus qu’un exercice d’écriture, ce roman est un cri d’espoir opposant peut-être la plus terrible des souffrances à une réalité divine qui nous dépasserait tous.

« J’ai écrit ce texte, guidé par la petite voix qui parle en chacun d’entre nous, en pensant à tous ceux qui souffrent, voulant leur communiquer ce que je ressens au plus profond de mon âme et qui est, j’en suis convaincu, très proche de la vérité… une vérité pleine de Vie. »



Roland VIDAL est formateur en arboriculture ornementale dans la Drôme. Captivé par la compréhension de la raison d’être humaine, il a choisi, entre autres passions, l’écriture et la poésie pour transmettre son appétit de vivre.

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
Lecture(s) : 78
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782746617612
Nombre de pages : non-communiqué
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1 Mai 2002 « Quelqu’un a-t-il prévenu les secours ? crie avec précipitation et fébrilité une femme que je ne peux voir. — Je suis en train de faire le 112 sur mon portable lui répond avec une assurance forcée un homme d’une cinquantaine d’année, selon le son de sa voixRomain ! sors de la voiture et va te protéger derrière la glissière de sécurité, il est trop dangereux de rester à cet endroit ! — Sur autoroute, il faut appeler de la borne et non d’un portable, c’est beaucoup plus efficace ! répond le Romain en question… je crois. — Quelqu’un a dit qu’il y allait, il y a une minute, crie une autre voix. Bordel ! Mais que fait donc autour de moi tout ce monde, alors que je suis déjà en retard. C’est que j’ai un avion à prendre, moi ! — Allô ! Les pompiers ? Oui. Je vous téléphone d’un portable depuis l’autoroute A8. Vous a-t-on déjà appelé d’une borne ?… Oui ! s’exclame le quinquagénaire. Après un bref silence, il précise encore : « Nous sommes dans la longue descente menant à la bifurca-tion entre Marseille et Aix. Dans le virage à droite… Oui, c’est dans le sens Toulon – Marseille ! Il s’agit d’un véhicule, une voiture, elle est immobilisée sur la voie de droite. Il n’y a qu’une personne à bord… On ne peut pas la sortir car la voiture est tout
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écrasée. Le contact a été coupé, mais la batterie est inaccessible… Très bien ! je laisse mon portable allumé et nous ne touchons pas à la victime ! » Bon sang ! Mais c’est de moi qu’il parle… Ma Mercedes !… Ma Mercedes doit être foutue ! Comment se fait-il que je ne puisse rien voir ?… Mais qu’attendez-vous donc pour me sortir de là ?… Je suis coincé, j’étouffe !… Mes jambes me font mal… Arrêtez de me tordre le cou maintenant ! — Je suis secouriste ! Il vit encore, dit un homme jeune, je pense, qui s’adresse aux autres. Ne vous inquiétez pas, nous nous occupons de vous — c’est à moi qu’il parle maintenant — Les secours sont prévenus et vont vite vous sortir de là. Si vous m’entendez, serrez-moi la main ! Je voudrais bien, mais je ne peux pas bouger les doigts !… Où sont mes mains ?… C’est terrible car je ne sens rien !… sauf que j’étouffe et que mes jambes me font très mal… Pourquoi me tient-il la tête à l’envers et la bouche ouverte ? Il ne peut pas me lâcher, ce con ?… Ce bruit !… Les pompiers… Les pompiers arrivent !… Enfin on va me sortir de là et écarter ce mec, qui se prend pour un héros, alors qu’il est en train de me tuer… — Il ne devait encore pas rouler doucement celui-là ! j’entends de l’autre côté. Encore quelqu’un qui profite de la situation pour masquer ses propres défauts et apaiser sa conscience… Quoi que moi-même, je me foute complètement de ce que les autres appellent la conscience ! Cette gonzesse doit être simplement jalouse de ma voiture… Je me sens de plus en plus mal… Je vais vomir !… mais ce con me tient toujours la tête à l’envers, et je n’arrive plus à respirer ! — Attention ! il a la bouche qui saigne… Vite ! il risque de se noyer dans son sang… Je sens qu’une autre personne, venue en renfort, plus sûre d’elle, s’occupe maintenant de moi. Je respire mieux, mais je n’en peux plus ! Je souffre et ça dure… ça dure… Et ce bruit assourdissant, qui complète mon tourment. Je sais : les pompiers découpent ma bagnole ! Putain, mais qu’est-ce qui
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m’est arrivé ?… je ne me souviens de rien. Comment ai-je pu me planter ?… Mon assurance !… Bon sang, il ne faut pas que j’ou-blie de faire la déclaration. Zut ! le délai est de cinq jours ou seulement de trois ?… Je dois vérifier dès que possible ! Car malgré tout ce qu’ils me prennent, je suis sûr qu’ils ne me feraient pas de cadeau… Combien je serai remboursé ?… Elle a trois ans ; je ne vais jamais pouvoir racheter la même ! J’ai mal de partout ; j’es-père que ce n’est pas grave. Dire que je partais quelques jours en vacances pour oublier… mais comment pourrai-je vraiment oublier ce que je viens d’endurer ?… Et cette pub qui m’a été faite, en plus… Comment vais-je pouvoir me faire autant de blé doréna-vant ?… Il va me falloir changer de nom et trouver un autre emploi, c’est certain ! Moi qui partais pour m’éclater dans un pays où l’on n’accorde pas la même importance aux gosses qu’ici ; où il est tacitement admis de les utiliser pour se faire des ronds, ou pour prendre son pied… Ce qui est crime ici est tourisme là-bas, voire œuvre humanitaire, puisque ce sont les types comme moi qui leur permettent de mieux bouffer !… Et tout le monde en pro-fite… Dire que j’ai failli me faire prendre. Quel con !… Il s’en est fallu de peu, mais en fin de compte, c’est moi qui les ai baisés !… Bon sang, mais qu’est-ce que je raconte ?… et qu’est-ce qu’ils attendent pour me sortir de là ? Que je crève ?… Cela ne m’éton-nerait pas, s’ils savaient qui je suis ; ce que j’ai fait !… Dire que je partais pour justement recommencer… C’est vraiment pas de bol !… Merde ! mais faites vite, car je me sens partir… Ne me laissez pas mourir, bordel !… » Vincent Leclerc est sorti du véhicule avec d’extrêmes précau-tions. Son costume gris bleuté est maculé d’huile et de sang. D’un sang qui n’irrigue plus maintenant son corps, donnant à son visage une pâle expression de mort. Mais il vit toujours ! Il est déposé sur le brancard, une perfusion plantée dans son bras gauche, car le droit est broyé. Puis il est introduit dans l’ambulance rouge ; les portes arrières aussitôt se referment tandis que le véhicule démarre promptement, tous feux allumés et clignotants, sirène hurlante !
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Lorsque l’ambulance arrive aux services des urgences de l’hôpital de La Timone une équipe de médecins le prend aussitôt en charge, prévenue par radio et informée de ses lésions. Le bloc opératoire est déjà préparé, où attend une équipe de chirurgiens et d’infirmières. Des poches de sang sont amenées, correspondant à la carte de groupe sanguin trouvée dans son portefeuille. Qu’im-porte qui est la victime !… des donneurs bénévoles se sont mobi-lisés pour offrir leur sang, à tous, sans discrimination ! Tandis qu’autour de la table d’opération on s’affaire, une secrétaire étudie les différents documents contenus dans son portefeuille afin de prévenir ses proches et de remplir le bulletin d’admission. Alors qu’elle frappe son nom sur le clavier de l’ordinateur, elle inter-pelle sa collègue, jeune stagiaire faisant ses premières armes dans la vie active : « Vincent Leclerc ! En voilà un qui n’a vraiment pas de chance !… En plus d’être gravement accidenté, il porte le même nom que l’assassin de la petite Emilie », dit-elle sans lever le nez de l’écran. Puis elle se penche de nouveau sur la carte d’identité pour prendre l’adresse et s’arrête, interloquée ! — Il habite Grasse, comme l’autre !… Corinne, je crois bien qu’un bourreau d’enfants, un sale type, vient d’être admis aux urgences… — Si c’est le cas, on devrait le laisser crever… — Un hôpital n’est pas un palais de justice. Ici, on soigne les gens ; on ne les condamne pas. Mais je t’accorde que, si c’est vraiment lui, je lui ferais bien la peau. — Mais comment se fait-il qu’il soit encore en liberté ? se demande la jeune fille, visiblement peu au courant de l’actualité brûlante de ces dernières semaines, malgré l’ampleur de la médiatisation du fait divers. — Parce que rien, ni personne, n’a pu prouver sa culpabilité. Avec cette histoire invraisemblable de fantôme vu par un autre gamin, l’enquête a visiblement manqué de sérieux ! Peut-être aussi que c’est un pauvre gars, de bonne foi, qui n’y est absolument pour rien !… Dès qu’il y a suspicion, sur une affaire aussi répugnante,
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la réaction de l’opinion publique est terrible !… la plupart des fois attisée par la presse, qui condamne toujours, même avant incul-pation. La rumeur fait ensuite le reste ; aussi, je préfère rester prudente… Souviens-toi de cet instituteur, accusé d’attouchements sur ses élèves, qui s’est suicidé sous la pression de la rumeur, et certainement de la honte… Etait-il coupable ?… Sur ces mots, un jeune médecin frappe à la vitre en Plexiglas de “l’aquarium”, pour attirer l’attention des secrétaires. La plus jeune lève les yeux. Ce sont visiblement les siens qu’il recherchait… — Alors Mesdames, on “blablate” ? Désœuvrées ? Pourtant rien que pour vous voir, je connais beaucoup de Marseillais qui se feraient admettre aux urgences, le cœur bien malade !… — Vous faites partie de quel groupe ? Celui des Marseillais ou des malades du cœur ?… Je pense plutôt au deuxième… Ceux qui s’enflamment dès qu’un nouveau jupon franchit, sur ses pieds, la porte de l’hôpital, réplique la secrétaire, habituée à l’humour sou-vent coquin des personnels de santé. — Il est rare d’avoir un moment de répit dans ce service, dit-il, connaissant les difficultés permanentes que tous rencontrent dans les hôpitaux, à cause du manque de moyens et de personnel. — C’est bon signe, car lorsqu’on vient nous voir, c’est toujours pour un malheur. Mis à part vous, bien sûr ! lui répond la jeune stagiaire, après avoir pris quelques couleurs sur les pommettes. — Nous n’avons peut-être pas grand monde, mais il est pos-sible que nous venions d’admettre une célébrité des faits divers ! — Ah bon ?… et qui est donc cet individu ? demande le mé-decin en les rejoignant dans le local. La secrétaire pose son index sur l’écran de l’ordinateur, ses yeux recherchant la surprise dans ceux de son collègue. — Je ne vois pas ! dit-il en faisant une grimace avec sa bouche. — Vincent Leclerc. Cela ne vous dit donc rien ? Seul le silence répond aux deux femmes. — Celui qui aurait tué la petite Emilie ! dit la stagiaire d’une voix à peine perceptible, trahissant sa timidité.
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— Oui… bien sûr… j’y suis !… s’exclame brusquement le mé-decin. Suis-je bête ? Je cherchais dans le milieu du show biz, ou de la télé. Est-ce le gars qui est au bloc ? — Oui, en effet !… un accident de la route. Je crois qu’il est salement amoché. — Je confirme !… ils sont en train de vider la maison de ses réserves de sang… S’il est coupable, c’est révoltant pour tous ceux à qui ce précieux liquide risque de manquer… Toujours est-il qu’il ne faut pas ébruiter le fait de sa présence ici, sans quoi nous allons être assaillis par la presse ; et vous risqueriez votre place pour divulgation d’informations liées au secret profession-nel, et pour non-respect de la personne humaine… Alors : bouche cousue. Nous n’avons rien vu ; rien entendu ! Et sur ces mots le médecin s’éloigne, non sans avoir fait un clin d’œil à la jolie stagiaire. — Dans les métiers de santé l’humour, même s’il est lourd, permet aux gens sensibles de se libérer de la souffrance des autres. De s’en protéger. Sinon ils ne pourraient pas tenir longtemps dans cet univers. Il faut les comprendre, et être un peu tolérant pour leur manque de tact. Mais voilà que du monde arrive… Corinne, il faut que tu préviennes la famille de ce Leclerc, dit la secrétaire en lui tendant le portefeuille, duquel sort un bout de papier où elle a griffonné dix chiffres. Une fois la nouvelle admission réalisée, elle se tourne vers sa jeune collègue, ayant entendu qu’elle n’a pu joindre personne. — Peut-être que cet homme vit seul ? — Il est sur répondeur ! — Tu as écouté le message d’accueil ? — Oui, mais il ne donne pas d’indication exploitable. — Fait-le moi entendre ? Corinne appuie sur la touche permettant d’obtenir le dernier numéro composé, puis sur celle du haut-parleur. « Bonjour, vous êtes en communication avec le répondeur téléphonique de Vincent Leclerc, technico-commercial du Groupe BARTEYNS. Etant actuellement absent, vous pouvez… », puis le
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message débite la même rengaine que la plupart des autres répondeurs de France et de Navarre… — Je suis en train de penser que si notre homme est le coupable, et qu’il vienne à décéder, jamais personne ne pourra connaître la vérité sur cette disparition. Je plains beaucoup sa mère… — Oui ! en effet… quelle horreur !… Ne pas savoir ce qui s’est passé, et ne pas pouvoir même fleurir et pleurer sur une tombe… — Plutôt que de penser à cela, je vais prendre contact avec le Groupe BARTEYNS. Je pense bien obtenir d’eux quelques ren-seignements sur sa vie, ainsi que sur les gens qui lui sont proches…
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