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Emilie entre fabulations et vérités

De
121 pages
Emilie, une mamie à travers le temps raconte et se raconte. elle résume ses 90 ans de vie. Les décennies traversées. Elle fait le compte et le décompte d'une vie bousculée par les événements, les guerres, les joies, les tristesses. Féministe jusqu'au bout des doigts à une époque qui ne l'acceptait pas, elle se remémore ses batailles. Dans la joie, elle raconte l'évolution de la vie en générale et la sienne en particulier, en passant par l'évolution et le modernisme. Elle est pleine d'humour et d'amour, de révolte et de tendresse, elle enjolive parfois le passé pour en faire apparaître moins de misère. Elle s'est toujours battue pour sa liberté et celle des femmes en général. Et même aujourd'hui au seuil de sa vie, elle reste libre.
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Émilie entre fabulations
et vérités

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Marie Barrillon
Émilie entre fabulations
et vérités

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9940-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748199406 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9941-3 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748199413 (livre numérique)

6 . .

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CHAPITRE I
Quelques mots avant mon départ. Quelques
mots comme ça, sans motif particulier, parce
qu’il ne me reste plus que cela… la parole. Des
mots pour combler les vides. Revoir les beautés
plus que les désolations. D’autres pour me
rassurer sur mon existence toujours bien réelle.
Faire de mes souvenirs des merveilles à
partager. Des blablas à ne plus savoir qu’en
faire. Gais. Tristes. Des tournures de phrases
simples, voire même stupides mais toujours
bien amusantes. Des gags verbaux à trois francs
six sous. Des calembours, ô combien idiots
parfois ! Et des jeux de mots tirés par les
cheveux. Des palabres dont tous les sentiments
imaginables se confondent. L’important étant
d’exister jusqu’au bout sans se couler dans
l’indifférence de tous. Sans être un poids
insupportable pour les autres. Pour les miens.
Montrer ma présence même si maintenant je ne
suis plus d’une grande utilité.

9 Émilie entre fabulations et vérités
Lorsque j’étais enfant, je trouvais toutes les
grands-mères pleines de douceur, sans imaginer
un instant en devenir une moi-même. Et que
suis-je à présent ? Un vieil arbre plein de vie.
Un vieil arbre rongé par les chagrins, embelli
par les joies. Fatigué par les années, altéré aussi,
il faut bien le dire, par quelques remords.
Ces grands-mères me remplissaient de
respect, de tendresse. Une parole de grand-mère
vaut bien son pesant d’or ! Une parole de vieille
femme abasourdie par le poids des années
suscite les rires. Adoucit les cœurs. Tranquillise
l’esprit. Apaise les chagrins. Je me dois de
reconnaître que le récit de mon passé ne sera
pas spécialement pudique. Je n’ai pas été bonne
sœur, ni femme soumise. Plutôt vivante,
insouciante et délibérément contre la droiture
qui nous empêchait d’être nous-mêmes à part
entière. J’ai même énormément profité de la vie.
De ce qui m’était possible d’en extraire. J’en ai
tiré la corde dans tous les sens possibles, au
risque de la rompre. À tout moment elle était
tendue. Il me fallait vivre selon mes rêves et
mes convictions. C’est ce que j’ai fait au
détriment des rumeurs mal intentionnées. En
fait, ma naissance s’est avérée être une erreur
d’époque, de génération, de siècle. J’étais faite
pour la liberté, bâtie pour une indépendance
affirmée, en avance sur le temps avec mes
valeurs et mon esprit. Liberté. Liberté. Liberté
10 Émilie entre fabulations et vérités
était mon maître mot. Un état que je n’ai jamais
ni quitté, ni cédé. La génération d’aujourd’hui
aurait été bien plus à ma mesure que celle que
j’ai vécue. Oh, que oui ! Ceci ayant provoqué,
autour de moi, tant de discordes, de
malentendus, de médisances, de mépris aussi. Je
suis toujours passée outre parce que je voulais
vivre, vivre… et j’ai vécu. Autant qu’il m’était
possible de le faire. Bravant les regards.
Contournant la droiture. Frôlant la luxure.
Déjouant les pièges tendus devant moi.
Écartant les interdits frustrants. Sans jamais
sombrer dans l’illégalité, même si l’honnêteté ne
paie pas.
Aujourd’hui, mes actions paraissent bien
dérisoires mais en 1935, les mentalités étaient
bien différentes. N’est-ce pas Napoléon qui en
1804 consacra l’incapacité juridique de la
femme et du même coup l’incapacité de toutes
actions, toutes décisions féminines dans les
esprits masculins ? Il nous fallut attendre la
constitution de 1946 pour que l’égalité des sexes
soit inscrite dans le droit français. Donc en
1935, je n’étais pas considérée comme une
gentille fille. J’avais tout juste dix-neuf ans. Les
doigts se tendaient dans ma direction pour faire
de moi une risée. Une jeune femme à ne surtout
pas imiter. Batailleuse esseulée. Et pourtant,
tendre fée romantique malgré tout. Cette
époque que j’ai tant maudite pour m’ouvrir à la
11 Émilie entre fabulations et vérités
liberté, me l’a bien rendu. J’étais pleine de
revendications et de révoltes. N’admettant pas
le traitement que l’on accordait à la femme.
Refusant d’être considérée comme un animal
ou pire comme un objet. Je me retrouvais
régulièrement seule dans mes batailles. Les
femmes de ce temps-là vivaient la peur au
ventre. Peur que leurs parents ou leurs maris
leur coupent les vivres. Peur de se retrouver à la
rue, sans leurs enfants, accompagnée d’une
réputation salie. Bafouées sans pitié. Alors, elles
optaient pour la soumission, s’accordant ainsi la
sécurité, assurant leur avenir en dépit d’un vrai
bonheur. Souvent l’amour n’existait que si la
femme restait à sa place dans la soumission.
Nous n’avions pas un véritable droit au travail
tel qu’il est conçu de nos jours, sauf quelques
femmes privilégiées dont j’ai très vite fait partie.
Mon intérêt était ma principale préoccupation.
Être moi, sans l’aide de personne. M’assumer
envers et contre tout. Envers et contre tous.
Sans parents, sans mari, ces femmes n’étaient
pas grand chose pour un grand nombre d’entre
elles. L’homme seul avait autorité au foyer
puisque c’est lui qui permettait à toute sa famille
de vivre, de se nourrir… d’être tout
simplement. Moi, je voulais sortir du lot. J’y suis
parvenue, avec toute l’hostilité que cela
renfermait.
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