Ennemis très chers

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Dix-huit nouvelles, dix-huit manifestations de la folie, dix-huit confrontations avec le meilleur ennemi, l'ennemi proche, conjoint ou frère, voisin, ami. Des univers ordinaires qui basculent et implosent. Le regard est tendre mais acéré, l'humour noir.

Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 183
EAN13 : 9782748103427
Nombre de pages : 163
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Ennemis très chers
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748103432 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748103424 (pour le livre imprimé)
Gilbert Millet
Ennemis très chers
NOUVELLE
DANS L’ESCALIER
Quatorze marches. Je ne croyais pas qu’un jour j’aurais tant de mal à les monter. L’arthrose ne sert qu’à vous couvrir de honte. On devrait l’interdire. Avec une colonne vertébrale aussi rouillée, plus question de baisemain, d’activités de chambre. Je risquerais de me retrouver coincé en posture humiliante, de libérer des cris plus grotesques qu’érotiques. La première marche est lisse. J’ai mis deux heures à la poncer, avec du papier de verre. Le bois était telle ment pourri, tellement gavé de vernis que j’ai renoncé. Tout remettre à neuf m’aurait demandé des siècles. Une peinture épaisse dissimule les défauts. Méthode de pa resseux ? La première couche m’a valu une nuit dé sastreuse sur le canapé du salon, sans oreiller ni cou vertures, sans Bernadette, installée dans la chambre. Je n’avais pas pensé que peindre de haut en bas me ferme rait l’étage. La seconde couche, je l’ai posée dans l’autre sens. Profiter des leçons, corriger les erreurs, je m’en suis toujours tenu à ce principe de base. J’ai commencé par les contremarches. Les surfaces planes sont venues après, traitées à reculons, la tête en bas, le corps penché, tordu, une sale corvée qui préservait ma nuit. Berna dette ne l’a pas regretté. J’avais la santé, à cette époque. Maintenant… Pour se hisser de quinze centimètres, quelles contorsions ! La main agrippe le pantalon, au milieu
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de la cuisse, tire la jambe vers le haut. Dès que le pied atteint le niveau de la planche horizontale, le genou se déplie. C’est qu’il ne suffit pas de gagner en hauteur. Il faut progresser vers l’avant. Ce qui rend abrupte la deuxième marche, et toutes les marches paires, c’est la position de la rampe. La main droite ne peut pas en même temps se crisper sur le pantalon et faire traction sur la barre de bois. Je pourrais soulever la jambe droite avec la main gauche mais le déséquilibre accentue mes douleurs. Un problème insoluble… Une minute par marche, c’est ma moyenne depuis un an. Un record que je ne pourrai battre qu’en pire. Je ne suis pas fier de ce quart d’heure perdu, rien que pour atteindre la chambre. Avec son petit sourire caus tique, Bernadette modérerait mes plaintes : si je n’usais pas dans l’escalier cette part de ma soirée, je l’utiliserais comment ? A ronfler devant le téléviseur ? A feuilleter des revues pornographiques en radotant sur mon passé, l’époque des orgasmes ? Troisième station, comme disent les catholiques. Je n’ai pas la prétention de planter ma croix sur le pa lier. Je regrette seulement de n’être pas mort à trente trois ans, quand j’étais encore frais et Ginette présen table. Bien que l’escalade n’en soit qu’à son début, une pause tactique est nécessaire. Rien de plus catastro phique qu’un départ en fanfare. On le paye après le vi rage. Je me redresse, autant que le permettent les reins meurtris, je respire sans tenir compte des côtes doulou reuses. Les jeunes ne voient aucun rapport entre res piration et colonne vertébrale. Quand ils auront mon âge, ils comprendront que le squelette est un tout, des os liés les uns aux autres. Une bonne inspiration et je pars à l’assaut de la quatrième marche. Les riches possèdent des ascen seurs ; les pauvres n’ont qu’à souffrir. Bernadette dirait qu’avec ce que je coûte à la Sécurité Sociale, financer un montecharge ne serait pas le plus cher. Ses mots, elle les choisissait pour m’humilier. Je suis gros ? Et
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