Enquête salée à Noirmoutier!

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L'inspecteur Ange Cristobal va, cette fois-ci, découvrir l'île de Noirmoutier en compagnie d'un groupe de randonnée conduit par sa compagne Karine. L'aventure sera chargée en émotions !Au menu de cette nouvelle enquête plutôt salée : des secrets de famille, des marais envoûtants, des sauniers bienveillants… Sans oublier la fameuse course des « foulées du Gois » qui sera le théâtre d'un crime presque parfait. Si, comme à son habitude, le commissaire Ringard veille sur notre Ange préféré, l'agent Luçon n'est pas en reste : ses étonnantes capacités dans le domaine informatique vont se révéler très opportunément pour le plus grand bonheur de son patron !
Publié le : jeudi 8 mai 2008
Lecture(s) : 181
EAN13 : 9782304017885
Nombre de pages : 245
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2 Titre
Enquête salée à Noirmoutier

3Titre
Pascale B
Enquête salée à
Noirmoutier

Polar
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01788-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304017885 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01789-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304017892 (livre numérique)

6 .
8
I
11 Avril 1965, mairie de Noirmoutier-en-l’Ile à
19 h 00
« M. le maire de Noirmoutier-en-l’île an-
nonce le résultat de la consultation sur la cons-
truction du futur pont qui reliera l’île au conti-
nent par le goulet de Fromentine : Des repré-
sentants des communes de l’Epine, de Barbâtre,
de La Guérinière et de Noirmoutier-en-l’île ont,
préalablement à la réunion, consulté leurs ad-
ministrés, ils apportent un accord de principe. »
Michel Amour sortait du café du port quand
il aperçut son ami Georges D’Amourlas en
pleine lecture de l’avis affiché depuis quelques
minutes :
– Salut Jojo, alors, bonnes nouvelles ?
– Bof, je ne sais pas ce que tout ça va nous
apporter.
– Des ennuis !
– Sans doute mais on ne pourra pas rester
éternellement coupés du monde moderne, ce
que nous ne décidons pas entre nous dès main-
9 Enquête salée à Noirmoutier !
tenant, les promoteurs le feront à notre place et
ça ne sera pas dans notre intérêt, je suis au
moins sûr de ça.
– J’espère que nos élus vont prendre des pré-
cautions sinon toute notre économie va tomber
dans le tourisme et on pourra faire une croix
sur nos « bonnottes » comme sur notre sel !
– Sans parler de nos huîtres et de notre pê-
che… Déjà que la dernière conserverie de sar-
dines est en train de fermer !
Les hommes de la famille Amour étaient
sauniers de père en fils depuis plusieurs généra-
tions, leurs marais représentaient leur bien le
plus précieux. L’univers des Amours était infini
par la mer et délimité par les contours géomé-
triques des marais. Les oiseaux migrateurs qui
trouvaient refuge dans les eaux salines bien pro-
tégées leur rappelaient régulièrement au cours
de l’année que le monde ne s’arrêtait pas aux
digues de l’île.
– Ils vont rendre au moins 80 % de l’île in-
constructible, affirma Jojo, pour protéger notre
économie justement !
– S’ils en ont le pouvoir ! Avec les gens de la
ville, je me méfie.
– On devra bien se mettre d’accord un jour
ou l’autre ! Moi je vote pour.
– Moi aussi à condition de pouvoir faire
confiance aux textes qui seront écrits !
10 Enquête salée à Noirmoutier !
– Nos élus sont de bonne foi, le maire de
Noirmoutier est un homme intègre, il ne laisse-
ra pas les marchands de biens pourrir notre lit-
toral.
– Avec les terrains de camping qui longent
toutes nos plages, tu me fais rigoler !
– Mais ils ne construisent pas en dur ! Je pré-
fère les tentes deux mois par an plutôt que des
hôtels en béton douze mois sur douze !
– C’est vrai et puis de toute façon, c’est déjà
décidé ! Je t’offre un coup ? Proposa Michel.
– Non merci, je suis en retard pour la soupe !
Les femmes de la maison sont strictes sur les
horaires !
– Elles ne veulent pas te retrouver perdu
dans la « venelle des trois ivrognes » c’est ça !
– Tout juste ! Allez, bonsoir et à bientôt Mi-
chel !
Les deux hommes se séparèrent à
19 h 16 exactement, Michel s’en souviendrait
tout le reste de sa vie : il avait machinalement
regardé la pendule de l’église juste avant de
quitter son ami.

Un pêcheur à pied retrouva le corps de
Georges D’Amourlas accroché à un mât de per-
roquet sur le passage du Gois quelques jours
plus tard. Les gendarmes conclurent à un acci-
dent comme il s’en produisait trop souvent sur
ce passage que la marée recouvrait conscien-
11 Enquête salée à Noirmoutier !
cieusement deux fois par jour. Encore un im-
prudent qui s’était retrouvé piégé ! Michel
Amour fut le seul à défendre la mémoire de son
ami, il n’accepta jamais la version officielle qui
faisait de Jojo un inconscient sans doute imbibé
d’alcool pour s’être laissé prendre aussi bête-
ment par la mer alors qu’il était né ici et qu’il
connaissait le passage comme sa poche. Non,
Jojo n’était pas alcoolique. Depuis sa plus ten-
dre enfance, il allait ramasser les coques aux
alentours du Gois comme tous les habitants de
l’île. S’il s’était fait piéger, on l’aurait retrouvé
vivant, tout en haut d’un des mâts de perro-
quets ou, plus sûrement encore, dans un des
trois refuges aménagés le long du passage. Mi-
chel ne renonça jamais à son idée. Lorsqu’il
mourut en 2005, son fils prénommé Jean-
Michel retrouva une lettre dans le tiroir de sa
table de nuit :
« Pour mon fils, à lire après ma mort :
Mon petit Jean-Michel, je suis bien triste de
te quitter mais chacun son heure ! Je suis
content de ma vie sauf pour une chose : la mort
de mon ami Jojo, la dernière fois que je l’ai sa-
lué c’était le 11 avril 1965, il m’a dit au revoir à
19 h 16 exactement, je ne sais pas pourquoi
cette heure m’est restée en mémoire… Nous
avions tous les deux trente ans quand on l’a re-
trouvé pendu en haut du mât de perroquet n°
4 en partant de l’île. C’est triste de perdre un
12 Enquête salée à Noirmoutier !
copain d’enfance, c’est encore plus triste de le
perdre si jeune alors qu’il avait une femme,
deux enfants à nourrir et une belle-mère par-
dessus le marché. Ses amis et moi avons fait ce
que nous avons pu pour aider sa famille qui n’a
pas eu droit aux indemnités parce qu’il était
trop jeune dans son métier pour y avoir droit. Je
suis sûr que son meurtrier aurait eu des sous à
donner si on l’avait trouvé mais pour ça, il au-
rait fallu le chercher ! Personne ne m’a écouté,
le pont allait être construit et la maréchaussée
avait autre chose à faire qu’à écouter un pauvre
bougre comme moi. J’ai toujours le cœur gros
en pensant à tout ça.
Je te souhaite une bonne vie, une vie dont tu
n’aies pas à rougir, adieu mon fils. »
13 III

II
Avril 2008, Fontainebleau, Seine-et-Marne
– Randonner sur l’île de Noirmoutier, pour-
quoi Noirmoutier ? Demanda Cristo en repre-
nant une dose pharaonique de confiture de
fraise.
– Arrête de te goinfrer monsieur Ange Cris-
tobal ! Répliqua Karine, sa compagne et même
sa femme depuis quelques mois déjà, en refer-
mant le pot de confiture. Pourquoi pas l’île de
Noirmoutier ?
– C’est vrai, pourquoi pas après tout…
– Alors, tu nous accompagnes ?
– Ouais.
– Quel enthousiasme !
– On va marcher à plat.
– Pour huit jours de marche, je préfère ! Les
inscrits ne sont pas tous habitués à l’effort non
stop sur une si longue durée. Et puis nous
pourrons nous reposer chaque soir au même
endroit, ça évitera de transporter tout l’attirail
de camping ou de chercher des gîtes pour cha-
que étape.
– C’est sûr que l’île n’est pas bien grande.
15 Enquête salée à Noirmoutier !
– On y sera pour la course des « foulées du
Gois », tu pourrais t’y inscrire !
– Ouais.
– Oh, réveille-toi un peu ! Si on se pose au
camping, chacun aura le loisir de marcher ou de
courir, je vais proposer la course dans mon
planning.
– OK, j’emmène mes baskets. Ça se passe
comment cette course des foulées du Gois ?
– Sais pas encore, il doit falloir s’inscrire.
– Combien de participants pour ton périple ?
– Une dizaine je pense. Laurent ne tient déjà
plus en place depuis mon message, Hakim est
partant aussi, Christine m’a répondu oui… Les
autres attendent l’accord de leurs boulots res-
pectifs pour les jours posés.
– Hakim est enseignant, il pourra se libérer
en juin ?
– Aucune idée ! S’il dit oui c’est qu’il le peut.
Et toi, tu pourras poser tes jours de congé ?
– Je peux toujours poser des jours, ça ne
pose aucun problème ! La seule inconnue c’est
ce qu’il se passera d’ici le mois de juin. Si le
commissaire tombe sur une enquête importante
à ce moment là : adieu les vacances !
– Quel boulot de merde !
– Très vilain mot dans une si jolie bouche ! ! !
Cristo enlaça Karine et fourra son nez dans
son cou. Elle sentait bon le pain chaud, il aurait
bien opté pour un complément de sommeil en-
16 Enquête salée à Noirmoutier !
tre ses bras. La jeune femme l’embrassa géné-
reusement comme si elle voulait manger un
morceau de lui avant de le laisser partir :
– Prends soin de toi, reviens entier et de
mon côté, je regarde pour la course du Gois.
– Tu n’as rien d’autre à faire aujourd’hui ?
– Je prépare l’organisation de notre séjour, je
prends un bain moussant pendant au moins
deux heures et je te rappelle que nous sommes
dimanche !
– Quel boulot de merde !
Cristo attrapa sa veste en jean avec une
énième tartine qu’il se fourra tout entière dans
la bouche pour ne pas être vu, il sortit en cla-
quant la porte :
– Je t’ai grillé ! Lui cria Karine par la fenêtre
en riant, je dirai tout à Marinette !
– Cafteuge ! Articula-t-il la bouche déformée
par sa prise de guerre.
Le jeune couple vivait dans l’appartement
que Cristo avait trouvé lors de son arrivée en
région parisienne trois ans auparavant. Il venait
des Hautes-Alpes où il avait passé son concours
d’inspecteur de police. Une affectation à Fon-
tainebleau l’avait parachuté seul dans cette ville
qu’il avait trouvée plutôt grise. La chance avait
guidé ses pas vers un immeuble propret surveil-
lé jalousement par une vieille dame autoritaire
qui l’avait regardé de travers lorsqu’il s’était pré-
senté :
17 Enquête salée à Noirmoutier !
– C’est pas pour vous ici ! Avait-elle déclaré
en croisant les bras d’un air de défi sans même
prendre connaissance de son identité.
– Quel dommage, je suis terriblement déçu,
avait-il répondu sans insister, vous connaissez
un hôtel correct dans le quartier ? Je dois être
au commissariat demain à huit heures et je ne
voudrais pas…
– Qu’est-ce que vous allez faire chez les flics
à une heure pareille ?
– Je SUIS flic, lieutenant Ange Cristobal
pour vous servir madame.
– Vous pouvez répéter ?
– Lieutenant…
– Non, le prénom !
– Ange.
– Comment peut-on s’appeler Ange à votre
âge ?
– C’est mon prénom depuis ma naissance, je
m’appelais déjà comme ça quand j’étais un tout
petit bébé, j’ai grandi avec…
– Il se fiche de moi en plus, montrez-moi
vos papiers !
Le jeune homme avait obtempéré sans discu-
ter, ses yeux gris pétillants d’une joyeuse gentil-
lesse avaient fait chavirer le cœur de la dame :
– Bon, je ne suis pas contre un ange gardien
dans ma maison, suivez-moi !
Elle lui avait ouvert un petit appartement
meublé plein de charme : une belle pièce agré-
18 Enquête salée à Noirmoutier !
mentée d’une cuisine américaine, une chambre
pleine de lumière, une salle de bain avec les toi-
lettes, Cristo s’était senti tout de suite chez lui :
– Pas de fiesta avec les copains, pas de musi-
que de sauvage, bref : pas de bruit sinon !
– Sinon vous appelez les flics ! Avait-il ap-
prouvé d’un ton convaincu.
– Vous avez votre linge ?
– Oui.
– Vous avez une machine à laver ?
– Non.
– Alors comment vous allez faire ?
– Je vais chercher un pressing.
– Vous allez confier votre linge à Marinette
et puis c’est tout, non mais ! Allez donc cher-
cher vos bagages avant que je ne change d’avis !
– Oui madame, qui est Marinette ?
– C’est moi !
Elle était devenue pour lui comme une se-
conde mère, s’occupant de son linge, de son
ménage et l’obligeant à avaler de temps en
temps de bon plats revigorants quand elle le
voyait rentrer de son travail « à pas d’heure ».
Karine était ensuite arrivée, Marinette l’avait
adoptée et le couple avait décidé de rester dans
le nid.
Cristo s’essuya la bouche et frappa à la porte
de la loge pour embrasser sa concierge avant de
rejoindre le commissariat.
19
III
Juin 2008
L’agent Luçon était comme d’habitude oc-
cupé à renseigner les gens à l’accueil, il aperçut
Cristo qui sortait du bureau du commissaire
Ringard :
– Vous n’êtes pas encore parti en vacances
inspecteur ? S’étonna-t-il… Oui madame, vous
pouvez déposer votre demande ici, vous rem-
plissez ce papier et je m’occupe du reste !
Cristo s’approcha de son collègue tandis que
la dame se plongeait dans la rédaction de son
formulaire :
– Je pars demain matin avec Karine, j’avais
juste un dernier truc à régler avec le commis-
saire.
– Il est comment ce matin ?
– Normal.
– Donc grognon.
– C’est ça, il m’a souhaité de bonnes vacan-
ces et m’a demandé de ne pas me fourrer dans
des histoires glauques ce qui lui fera à lui aussi
des vacances.
– Il n’a pas tort !
21 Enquête salée à Noirmoutier !
– Vous n’allez pas vous y mettre !
– Avouez que la vie se passe relativement
normalement quand vous êtes de service et
qu’elle se complique souvent quand vous êtes
sensé vous reposer !
– OK, je vous offre un café pour me faire
pardonner.
– Pour sceller votre promesse de passer de
vraies vacances avec bronzage, farniente et
plein de câlins pour votre petite Karine, rigola
Luçon, top là le jeune marié !
La journée fut bien remplie entre la prépara-
tion des bagages et les derniers contacts avec les
participants au séjour rando organisé par Ka-
rine. Six personnes s’étaient inscrites : Christine
Haddock 30 ans, employée à la RATP, Laurent
Cuiton 44 ans, cuisinier et Hakim Loumia
42 ans, professeur dans un collège de la région
parisienne étaient les plus anciens, Hakim ne
pouvait pas se libérer pour la semaine mais il
avait réussi à bloquer trois jours du samedi ma-
tin au lundi, il ferait la route avec son ami Lau-
rent et reprendrait le train à Nantes pour le re-
tour. Les trois autres étaient des copains que
Karine avait recrutés à la fac de Jussieu où elle
avait fait ses études de biologie : Georgio, thé-
sard en chimie organique voyagerait avec Lau-
rent et Hakim, Lisette, comptable dans une pe-
tite société de logistique avait trouvé place dans
la voiture de Christine, Sylvain enfin qui termi-
22 Enquête salée à Noirmoutier !
nait le même master que Karine avait opté pour
la voiture de son ancienne collègue. Avec Ange
et sa compagne, le groupe était donc composé
de huit personnes, un bon nombre pour une
aventure comme celle-là. Rendez-vous était
donné devant le passage du Gois où les mar-
cheurs laisseraient les trois voitures avant de ga-
gner l’île :
– On se fait Noirmoutier à pied, avait or-
donné Karine, on commencera par le passage
du Gois, ça nous fera une reconnaissance du
terrain pour les coureurs qui, je vous le rappelle,
devront prendre le départ dimanche après mi-
di !
Cristo avait prévenu la gendarmerie du sta-
tionnement des voitures au cours de la semaine,
histoire que ceux-ci ne s’inquiètent pas de voir
traîner les véhicules aussi longtemps.
Sylvain rejoignit Karine et Cristo chez eux, il
ne voulait pas les retarder au moment du départ
et le couple avait jugé plus judicieux de
l’accueillir pour la nuit. La soirée fut amicale, le
jeune homme était d’une compagnie agréable,
de plus cette escapade lui permettrait de rendre
visite à sa famille dont le berceau était juste-
ment sur l’île :
– Je vous signale que mon nom de famille
est « Amour » ce qui n’est pas toujours facile à
porter mais on ne choisit pas sa famille n’est-ce
pas ? Tous les habitants de l’île ont des patro-
23 Enquête salée à Noirmoutier !
nymes sur le même thème : « D’amourlas,
Amourette, Amoureux… » Tu ne trouves pas
ça drôle Cristo ?
– Etant donné mon prénom, je n’ai rien à
dire !
– Tu t’appelles Christophe, je ne vois pas…
– Non, Cristo est le diminutif de mon nom
de famille « Cristobal », moi non plus je n’ai pas
choisi ! Mon prénom c’est « Ange », pas mal
pour un flic tu ne trouves pas ?
– Ça le fait moyen c’est sûr. Tu cours avec
nous dimanche ?
– Oui.
– Dans la catégorie « populaire hommes »
vers 18 h 00, précisa Karine.
– On court contre la mer c’est ça ? Demanda
Cristo.
– Non, la course contre la mer est réservée
aux athlètes reconnus. C’est une course interna-
tionale je vous signale !
– Ben, on est des athlètes nous ! S’insurgea
Sylvain.
– Ouais !
– Arrêtez ! Vous ne vous rendez pas compte,
la course contre la mer est super-dure ! Les
concurrents commencent à marée montante et
pour les meilleurs, ils finissent les pieds dans
l’eau ! Je vous rappelle que nous sommes en va-
cances !
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