Entre Deux Stations

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Les gens ordinaires n’ont vraiment pas une vie ordinaire…
Penchez-vous un peu pour les regarder de plus près et vous verrez… vous y trouverez bien plus que vous ne l’avez soupçonné…
Attention ! Vous risquez de tomber…
Ces vies-là sont des tonneaux des Danaïdes sans fonds… vous n’en verrez jamais la fin… vous n’en verrez jamais le bout… c’est comme la ligne d’horizon…
Publié le : vendredi 28 février 2014
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Entre Deux Stations
Nouvelles Brèves
Jesse CRAIGNOUEntre Deux Stations
Jesse CRAIGNOU
ièmeà La Petite Fille Du 3 de Christophe
Les gens ordinaires n’ont vraiment pas une vie ordinaire…
Penchez-vous un peu pour les regarder de plus près et vous verrez… vous y
trouverez bien plus que vous ne l’avez soupçonné…
Attention ! Vous risquez de tomber…
Ces vies-là sont des tonneaux des Danaïdes sans fonds… vous n’en verrez jamais
la fin… vous n’en verrez jamais le bout… c’est comme la ligne d’horizon…
page 2 sur 70Entre Deux Stations
Jesse CRAIGNOU
Adam Et Ève
Assez Fort(e)
Automatique
Ciao
Crime Passionnel
Compagnon De Voyage
Dévi Devenue Diva
Dîner chez Gershwin
En Un Éclair
Insanité
Je Ne Suis Pas Éric Fottorino
Jess
Kolossal
L’Impatiente
La Dernière Danse De Gayaneh
La Tisseuse De Gabbeh
Le Baiser
Les Chevaux De Patricia
Les Nomades
Leyla Saeydeh
Même Différence
Nous Les Femmes
Saint Valentin Sainte Valentine
Souffleur De Feuilles
Toni
Une Voix
Vœu De Silence
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Jesse CRAIGNOU
Adam Et Ève
Quand on a que l’amour on n’a plus rien à perdre…
page 4 sur 70Entre Deux Stations
Jesse CRAIGNOU
Au fond de ce camp qui semblait n’accueillir que la lie de la société… la lie de
l’humanité… qui pouvait s’attendre à rencontrer l’amour ?
Le futur semblait ne pas avoir d’avenir… et l’avenir pas de futur… au fond de ce
camp des oubliés de l’humanité… cette humanité déshumanisée… qui n’avait plus
d’humanité que ce semblant ce faux-semblant… cette vraie semblance d’humains…
d’humains inhumains en somme… de bêtes de somme… ou ce qu’il en restait…
Du côté des victimes comme du côté des bourreaux le sort ne semblait même pas
peu enviable… La différence n’était même plus physique mais esthétique
cosmétique… Bien sûr il y avait la taille… bien sûr il y avait l’uniforme… mais tout le
reste de ces hommes et de ces femmes était uniforme… à forme qui avait été
humaine… pour peu que l’on ne l’oublie…
C’est dans la foule de ce désert qui semblait n’être que l’œuvre de Giacometti
habillée par Egon Schiele qu’ils se rencontrèrent… qu’ils se trouvèrent… dans ce
champ de travail où l’agresseur esclavagiste les avait consignés…
Si le labeur était laborieux… industrieux… pénible… au moins là il y avait à
manger… et l’on pouvait se servir… les geôliers tournaient la tête prétendant ne rien
voir pourvu que les prisonniers y puisent l’énergie qui leur permettait de faire leur
travail… si toute peine mérite salaire l’addition était plus que salée…
Leurs regards se rencontrèrent en plein jour tel dans l’obscurité… faisant de
l’électricité… un éclair qui leur éclairait un instant d’éternité… une vision de paradis
illuminant ce monde immonde… un instant suspendu dans l’infini du temps… comme
un instant perdu dans l’infini du temps…
Éperdus dans cet endroit perdu… eux qui avaient tout perdus s’étaient trouvés… et
le temps d’un instant s’étaient retrouvés… amour veaux vaches cochons… tout leur
avait été pris… quand ils s’étaient fait prendre et qu’ils s’étaient vus pendre… leur
crime n’avait été autre que d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment… leur
heur avait été joué sur une histoire d’heure…
Pas de nom parce que à partir de là tout ne pouvait que recommencer… et il valait
mieux faire silence du passé…
Un nom c’est une histoire un héritage que l’on reçoit… un héritage que l’on donne…
Le passé n’était plus de mise et le futur était plutôt démis… c’est dire s’il n’y avait rien
à dire…
Adam et Ève… deux noms qui ne pouvaient être qu’un nouveau départ… au pire une
fuite en avant…
Adam était marié à une femme qu’il avait laissé par mégarde lui échapper et
échappé par la même à la rafle…
Il aurait voulu des enfants mais n’avait pas eu le temps… et quand le temps lui
laissait le loisir d’y penser il n’en voyait pas vraiment l’intérêt…
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Jesse CRAIGNOU
Eve était mariée… mais son mari s’était égaré sur les distances qui faisaient front…
qui faisaient front et faisaient rage dans une joute d’un autre âge…
Elle ne voulait pas vraiment d’enfant et s’il en voulait elle se disait qu’il devait y avoir
autre chose un autre appel dans l’humanité que ce besoin mécanique et
systématique de se reproduire… jusqu’à la fin de temps… et qu’on ne saurait ni
quand ni comment tout cela finirait…
Le retour les retrouva changés…
Dans le feu de l’effusion des retrouvailles Adam et Ève se portèrent volontaires à la
paternité et la maternité… chacun de leur côté… sans s’être concertés…
Adam montra maintenant un empressement à avoir des enfants que sa femme
voulut prendre pour un renouvellement de leur amour et de son engagement…
Ève se donna… s’abandonna corps et âme à son mari abasourdi nuit après nuit… et
lui donna enfant après enfant… elle qui n’en voulait pas auparavant…
Les enfants vinrent et les enfants allèrent… menèrent leurs vies… grandirent…
fondèrent leurs familles… laissant derrière eux parents… laissant derrière eux
enfants… l’œuvre du monde battait son plein… jusqu’au jour où… au-delà bien
au-delà de l’espace et du temps… par-delà l’histoire ils continueraient la lignée
incassable de l’humanité… d’une manière ou d’une autre…
Un jour lointain… bien plus loin qu’ils ne l’avaient rêvé… bien plus loin qu’ils ne
l’avaient imaginé… je les ai rencontrés… je les ai retrouvés alors qu’eux-mêmes
s’étaient perdus de vue… s’étaient perdus de vie… que depuis ce jour fatidique de
leur séparation… ils n’espéraient plus se retrouver…
Eve avait lu cette histoire d’un homme qui se nommait Adam… qui avait aimé une
fois d’une passion plus que jamais irraisonnée… et de l’espoir qui en était né… cette
Ève d’un nouveau jour… d’un nouveau monde… cet amour né d’un monde
immonde… cet amour que le bonheur inonde…
Il racontait l’histoire d’un homme et d’une femme étrangers qui s’étaient aimés
au-delà de la folie des hommes… et des femmes… et elle les avait reconnus… elle
les avait connus… elle savait…
Elle avait su alors que leur amour n’avait pas été pour rien que leur amour avait été
au-delà de l’amour…
Ils ne s’étaient jamais revus… ils s’étaient perdus de vue… ils ne s’étaient pas
oubliés… mais ils avaient comme d’un commun accord décidé d’enterrer les
fantômes du passé… ils s’étaient aimés vivants… dans cet univers de mort… une
univers de survie…
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Jesse CRAIGNOU
Assez Fort(e)
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