Epineuse chronique

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Le vieux Socrate, voyeur grincheux, égotique et hautain épingle sans complaisance petits torts et grands travers de tous ceux qui passent à portée de son attention. Au cœur d'un quartier de renommée mondiale, le Cap d'Antibes, il essore sans scrupules les images d'Epinal d'un coin d'Azur où l'or et l'argent font le moine ! Non dénué d'humour, un brin pervers, avouant une délectation particulière pour les pires grossièretés, il note, s'étonne, enregistre, livre ses peurs et aime… Sa Mie, indéfectiblement. Sa petite voisine, sa fille de cœur. Il la couve, grand dépendu bourru, comme il protège, innocent de ses tendresses tous ceux qu'il a, un jour, adoptés …
Publié le : dimanche 19 juin 2011
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EAN13 : 9782748191165
Nombre de pages : 167
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2 Titre
Épineuse Chronique
3

Titre
Marie-Agnès Jouteur
Épineuse Chronique

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9116-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748191165 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9117-X (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748191172 (livre numérique)

6 Avertissement







A la sève qui coule, saigne, enracine
et fait germer la vie : l’amour.

Qu’elle ne tarisse jamais en moi…
7 Avertissement

AVERTISSEMENT
Si vous le voulez bien, réglons les détails
éphémères, une fois pour toutes, qu’il n’y ait
nulle méprise entre nous ! Je ne porte pas de
montre. Je ne consulte jamais votre calendrier,
je… Vous, vous cramponnez à la ponctualité de
vos repères spatiaux temporels, il vous faut,
paraît-il, un début à tout. Je ne cautionne pas ce
pointillisme, je déteste réduire la vie en
tranches. Moi, les dates, les heures, les jours, je
les coche à mon rythme, sine die ! Et autant
dire que vous trouverez à y redire. Peu me
chaut !

Qui parle de début annonce déjà la fin ! La
simple évocation de ce tronçonnage
m’ébouriffe ! Moi, je raconte, donc je compte,
comme je respire ! Ce n’est pas moi, que je
sache, qui ai inventé la relativité du temps,
non ?

N’allez pas prendre la mouche !

9 Épineuse chronique
Je ne vous cherche pas noise, simplement, le
temps, voyez-vous, je le décline, à ma façon. Le
simple fait d’avoir déniché le violon et l’archet
aptes à transposer les notes de la sourde
rhapsodie qu’égraine mon cœur tient du plus
pur des hasards. Aussi, quoi qu’il en soit, je ne
me perdrai pas ici, en vaines spéculations ni
doutes spécieux, la main et le stylo s’adapteront
à ma portée ! Je ne doute pas de leur habilité à
respecter mon rythme personnel de narration,
tout en vous offrant quelques indices référents,
qui vous rassurent le plus possible !

Vous comprendrez aisément par vous-même
– je vous fais confiance – que ma relation des
évènements glisse sur un autre cours que celui
de vos jours, ouvrés, ouvrables ou fériés.

Notons, pour abréger, que je sais
parfaitement me situer, mieux que n’importe
qui, et croyez-moi, je pèse mes mots ! Je vais
cependant, éviter d’entonner, d’emblée, ma
vieille ritournelle. Toutes les vérités ne sont pas
bonnes à claironner.

Je contemple tout chari-vari, de haut.

C’est mon passe-temps favori, mon défaut,
mon destin ou mon karma, qui oserait s’avancer
à le définir ? Je ne suis qu’une vieille baderne
10 Avertissement

tranquille, une sentinelle, une sorte de vigie
impassible, naturaliste en quelque sorte,
membre d’une fratrie assez communément
implantée dans le coin. J’ai le privilège de
pouvoir observer ceux qui m’entourent dans
leur milieu naturel, sans camouflage, mais
attention… Je ne me mêle que fort rarement
des affaires d’autrui. Je ne clabaude pas, moi !

Je me contente de chicoter, peu.

Je ne vais pas vous raconter des histoires…
Ou plutôt si ! La mienne, voyez-vous, plonge
ses racines au plus profond de la chaîne de vies
auxquelles je suis attaché. Tous ceux qui
respirent vibrent, crient, souffrent, meurent ou
rient à mes cotés m’appartiennent. Leurs
destinées me prêtent souffle et esprit. J’ai mes
habitudes, mes protégés, et mes préférences.
Qui s’en aperçoit ? Personne ! Car, je ne sème
pas à tout-va mes cris et mes chuchotis.

Seulement, voilà, aujourd’hui, quelque chose
m’incite à… Quelque chose ? Oui, cet
innommé me sied ! Depuis peu donc, quelque
chose vient ou ne va pas, dans tous les cas,
m’avertit que le Vieux Socrate aborde aux rives
d’un autre temps.

11 Épineuse chronique
Ne mimez pas les obtuses autruches ! Vous
saisissez très bien l’impression que j’évoque ! Ce
malaise tel un spectre léger qui vous hante,
lorsque l’on devine un imprévu, une altération
sans pouvoir cerner cet évanescent… Quoi ?
Cela s’apparente à de menus froissements, des
faux plis dans le tissu d’ordinaire lisse du
temps ! Hum… Comme le vent, tiens ! La
métaphore s’impose. Comme le vent… Ces
longs doigts, invisibles mais glacés de l’air, qui
depuis ce matin, m’effleurent, me tournent
autour, m’agacent de bas en haut, distillant un
pressentiment de désagrément qui me tracasse
plus sournoisement que l’écho d’une reptation
de lombric. Je suis agité, frissonnant.
Vieillissant ?

Bien ! A présent j’attaque au vif de mon
sujet.

Je commence cet ouvrage sans but, ni
préconçu, au crépuscule du dernier jour de cette
ronde, que vous désignez sous le terme
d’année…

Si je savais pourquoi…
12 Brune de l’An.

BRUNE DE L’AN
Les guirlandes fleurissent sur les sapins. Je
ressens l’effervescence festive de chacun,
chacune au son de sa voix, aux brûlots qui
dansent au fond des pupilles. A cette chaleur
particulière qui émane des êtres humains, en
redécouvrant quasi intacte leur joie de vivre,
singularité qui sommeille en eux, lovée dans un
repli d’âme, couvée précieusement par la
mélodie fluette de leurs petites enfances. Et
qu’attise chaque année, le retour des fêtes…

Un bout de leur papa Noël est resté coincé
dans la cheminée de leur mémoire et gigote
pour l’occasion. Je suppose.

Mon boulevard scintille. Un ange passe,
repasse sous mon nez, battant de l’aile avec une
régularité de métronome, parfaitement
irritante ! Les étoiles filent, papillonnant autour
de ce faux joufflu, et leurs spasmes grésillant
incommodent le vieux grincheux que je suis -
c’est exact- en passe de devenir.
13 Épineuse chronique

D’où je suis posté, j’ai en théorie, une vision
grand angle sur tous les coins et recoins des
parcelles alentour, on ne peut donc rien me
cacher… En théorie ! Car, figurez-vous que ces
enluminures palpitantes m’éblouissent, me
fatiguent et m’indisposent, à la longue ! Mon
naturel un poil caustique en tourne à l’abrasif !

Heureusement, ces surenchères électriques
ne tarderont plus à disparaître.

De l’autre coté du boulevard, Kiki, le
pharmacien, en est à sa troisième tentative de
fuite ! Il affiche, en cet instant précis, son
éternel sourire jovial, et je ricane, là. Sa crête se
redresse à l’envers…

Un troisième retardataire, client de l’après
dernière minute, vient de se courber sans plus
de façon, pour forcer le passage du rideau de
fer qu’il s’échinait à tirer. Kiki obtempère, sans
négocier. Sa bedaine et son compte en banque
sont tributaires de sa bonhomie envers les
personnes, plus ou moins correctes qui
pullulent autour de sa croix verdâtre
clignotante. L’argent, plus que la santé, n’a pas
d’odeur, ni de bonnes manières. Il ne respecte
pas les horaires affichés !

14 Brune de l’An.

Kiki l’a bien compris, qui a bourré son
mouchoir dessus ! Je suis un tantinet acide ou
cynique avec lui, et affligé de le reconnaître. Le
pauvre bougre travaille ici, mais ne vit pas sur
place.

Je dois, à tout prendre, être sectaire, à priori
et fortiori, avec les étrangers.

Néanmoins, Kiki représente une de mes
cibles d’observation et de grogne favorites et
selon moi, un archétype de ce fameux sens de
l’adaptation de l’espèce animale au milieu.

Que dites-vous ?

Darwiniste, moi ? A vos souhaits ! Ouvrez et
refermez vos cases mentales, vos tiroirs
structurels, vos références culturelles, à votre
gré, cela ne concerne nullement… Moi ! Je
regarde, je décris, point !

Où en étais-je ? Ha ! Oui, Kiki !

Kiki, que j’ai rebaptisé ainsi, dès l’abord, à
cause de l’éclair malin qui fuse sans cesse au
coin de ses yeux agiles, s’est démontré plus
doué que la moyenne. Plus futé que le commun
des homo-sapiens, il a perdu toute illusion
15 Épineuse chronique

sublimant les valeurs humanistes, en moins de
temps qu’il ne fallait pour choisir son destin.
Remarquez… La proposition était simple. Il
s’acclimatait et remboursait les dettes
exorbitantes auxquelles il avait souscrit pour
acheter son officine ou il mettait la clef sous la
porte. Il a opté pour la première solution et
abandonné tout espoir de n’être plus qu’un
« épicier » pharmaceutique. L’unique signe
repérable de sa déception intime est
l’appauvrissement dramatique de son couvre-
chef pileux !

Et le langage de charretier qu’il utilise en
douce, lorsqu’il regagne sa voiture, sa journée
finie.

Ce soir, comme tous les soirs, j’attends
impatiemment l’heure de sa purge sonore,
rasade sémantique épicée dont je jouis
positivement, sans qu’il le sache, évidemment !

Cela ne saurait plus tarder, donc je le tiens à
l’œil ! A ce moment là, je consens à l’avouer, je
l’aime beaucoup. Pourquoi ? J’adore - que dis-
je ? - j’admire les arabesques enluminées de ses
trouvailles malsonnantes ! Sa langue de vipère –
pour un pharmacien, quoi de plus approprié ! -
effilée, découpe au ras du scalpel, les travers
humains qu’il a aspirés, entreposés dans sa
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