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Et ce sang... et ces larmes...

De
203 pages
Cinq années s'étaient écoulées depuis que Ngoy, lors de cette belle nuit étoilée, sortit de la case du féticheur, le visage mouillé de larmes, le coeur innondé de joie. Cinq années pendant lesquelles sa maison ne manquait plus de rien. Cinq années aussi durant lesquelles Kabu respirait toujours l'odeur de la mort...
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ROMAN
© manuscrit.com, 2003 ISBN: 2748126793 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748126785 (pour le livre imprimé)
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CHAPITRE I
Ils sortirent de la case qui allait faire d’eux ou plu tôt de lui, Ngoy l’un des hommes le plus nanti de son quartier. Larmes aux yeux, debout devant la case du féticheur, Ngoy leva les yeux vers le ciel. Et les larmes coulaient. Les larmes de la joie. Les larmes de la réussite. Les larmes de la douleur. Pendant toutes les années de souffrance, elles avaient tou jours coulé du fond de son être. Mais là, elles cou laient de ses yeux et tout le monde pouvait les voir. Tout le monde pouvait s’en rendre compte. Il n’avait plus rien à cacher. Il avait soigné sa plaie intérieure. Le sang de son fils l’avait guéri disaitil. Pourtant il l’avait seulement soignée mais pas guérie. "Seul l’amour de Dieu guérit les blessures du cœur" disent les sages. Mais Ngoy qui croyait avoir remué toutes les voies de droiture n’adhérait plus à cette théorie.
Et regard toujours errant, debout devant la case du 1 mufumu , ils réfléchissaient sur les instructions très précises qu’ils venaient de recevoir dont la simplicité du rituel pouvait faire fléchir même le pasteur le plus doué dans l’art biblique. Même Mamu, sa femme qui ne parvenait toujours pas à établir un lien explicable entre la situation de pauvreté dont son mari avait fait un générique de leurs conversations nationales et leur visite à cette case bourrée des marmites, des
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os, des squelettes, on dirait un tombeau à ciel ouvert, c’était résolue à coopérer. Et, l’enthousiasme qui rayonnait à leurs visages ne reflétait que l’aspiration légitime au bonheur, cause et but ultime de tout acte de chaque être vivant. Le bonheur qui ne fut pour Mamu qu’un soulagement d’autant que cette visite la libérait des bavardages quotidiens truffés des mêmes séquences vocales.
(1) : féticheur Sur le chemin de retour, chacun se donna intérieu rement mais avec sérieux à l’exercice le plus favorable de l’être hu main : “l’illusion”. Ils marchèrent jusqu’à l’arrêt de bus. Après quelques heures ils étaient dans leur par celle et réfléchissaient encore à la réalisation des ins tructions du mufumu.
Mamu acheta un coq comme il lui avait été de mandé, qu’elle égorgea en guise de sacrifice. Durant toute sa vie elle n’avait jamais perdu un seul fils et le sentiment d’en perdre un n’avait ja mais hanté son esprit. Même pendant les moments les plus difficiles de son existence, elle n’avait ja mais douté un seul instant que son dernier fils l’en terrerait. Pourtant, elle avait oublié que c’est lorsque l’homme est confronté à la sévérité de la vie que la vérité vraie émerge, que les convictions les mieux gardées antagonisent avec la réalité. Et ce jour là, par une naïveté sévèrement condamnable, elle venait comme Hérode, d’offrir son propre fils sur l’autel de la souffrance, l’autel de la mort.
Après avoir réuni le nécessaire pour leur acte criminel, Ngoy et sa femme, avant même le jour convenu, se présentèrent chez le féticheur, l’homme prodige comme aimait bien l’appelé Ngoy pour vanter ses mérites exceptionnels. Ils avaient dans
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Jean Dikima
leurs mains en plus de l’avance sur le temps, la décision finale. Le féticheur les accueilli avec une indifférence artificielle, caractéristique propre aux experts en science nocturne. Aussitôt assis, Ngoy prit la parole, bouleversant, bien que moins grave, l’ordre protocolaire du féticheur.
 Nous sommes prêts. Ditil, sa femme assise à côté de lui, accompa gnant ses mots par un mouvement lent et affirma tif de la tête. Impassible, tel un moine bouddhiste en méditation, le féticheur les observait sans bron cher, persuadé plutôt par l’éloquence de leurs atti tudes que leur parole venue très tard. Ngoy ouvrit encore sa bouche pour parler et se mit à étaler avec une précision mécanique les réponses aux demandes du mufumu. Il écouta avec une attention ce discours présenté avec une curieuse détermination.
Dans sa carrière de féticheur, il n’avait jamais ren contré un homme aussi enthousiasmé, aussi volon taire de sacrifier son propre fils, le fils cadet qui a toujours fait la joie d’une famille. Depuis son premier entretien avec Ngoy, il avait tenté d’analyser les mobiles qui l’auraient amené à envisager une telle option. Ce n’était pas par conscience professionnelle qu’il le faisait car il n’était soumis à aucun contrôle hiérarchique. Il s’était toujours posé la même question à chaque fois qu’un client lui dévoilait le motif de sa présence chez lui, sans jamais bien sûr chercher à trouver de réponse objective. Il avait néanmoins réussi à triste ment noter un caractère commun à tous les clients : “l’impatience”. Même si certains manifestaient au début un certain doute décisionnel, ils avaient toujours hâte de connaître la faisabilité de leur choix. Oui l’impatience avait été le dénominateur commun de ces clients. Mais chez Ngoy, c’était
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plus que cela. C’était un mélange très homogène d’impatience et égoïsme. Un mélange tellement bien réussi que le diable luimême n’eut pas un grand rôle d’interférence à jouer. Le mufumu, qui, sentant déjà le harcèlement de ses esprits, maîtres même de l’impatience et de l’égoïsme, savait que sa raison n’avait pas trop de valeur à pourvoir dans cette phase de l’opération où il était esclave à la fois du très impatient Ngoy et des très assoiffés esprits maléfiques maîtres d’œuvres de son métier.
Il se contenta avec un chagrin habilement dissi mulé, d’apprécier la nourriture de ces esprits, don gé néreusement offert par Ngoy qui, très réaliste dans ce cas précis, fit preuve d’une bonté qui lui aurait valu l’accès aux portes du ciel si elle avait eu une connota tion biblique. Satisfait du don, le féticheur entreprit ses mélanges et ses appels maléfiques, cérémonie ô combien nécessaire et salvatrice pour son client. Mamu et Ngoy assis côte à côte suivait avec ahurissement les mouvements rythmés du féticheur. Dans l’obscurité épaisse de la chambre, les flammes crépitantes, seule source de lumière participaient avec courage à l’œuvre démoniaque du féticheur et accaparaient les regards des deux convives dont les esprits bouillonnaient au rythme des contenus des marmites posées sur les feux. Ngoy qui n’attendait plus que la fin de la cérémonie s’efforçait de contenir sa joie comme un dictateur en attente des résultats des élections, confiant dans sa méthode de tricherie mais soucieux de présenter une image de démocrate.
Après des heures d’instances activités démo niaques, la tête de Ngoy émergea hors de la case suivi de sa femme toujours convaincue de n’avoir rien fait de mal, puis du féticheur. La cérémonie venait de se terminer et il faisait déjà nuit. De bout devant la case, Ngoy leva les yeux vers le
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