Expresso Love (Chapitre 6)

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CHAPITRE VI La nuit venue, John Benedict Lenoir rassembla ses invendus, plia ses tréteaux et rangea le tout dans un grand sac de toile. Audacieux mais pas téméraire, il savait qu’il n’était pas prudent de s’éterniser dans le square Ebony après une certaine heure. En effet, les rebelles les plus monstrueux, les camés les plus détériorés et les malades mentaux les plus atteints profitaient de l’obscurité pour investir le quartier et se livrer à des exactions, des agressions et des pillages. Terrorisés, les braves gens se barricadaient chez eux comme ils pouvaient, ne comptant pas trop sur la protection des hommes de King. Il se racontait tellement de choses… Les uns disaient que le Parrain se montrait impitoyable avec les monstres et les dingues. Les cadavres atrocement mutilés que l’on découvrait pratiquement chaque matin dans les caniveaux, les impasses et les endroits les plus saugrenus, auraient pu en attester, encore aurait-il fallu savoir qui avait tué qui. D’autres affirmaient que ces hordes sauvages « travaillaient » en sous main pour King, lui permettant de justifier son existence et qu’ils étaient en quelque sorte son ordre noir, ses âmes damnées chargées des plus sales boulots. En fait, personne ne savait rien. Entre dix heures du soir et cinq ou six heures du matin, les uns se terraient chez eux pour laisser le champ libre aux autres.
Publié le : lundi 20 octobre 2014
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CHAPITRE VI
La nuit venue, John Benedict Lenoir rassembla ses invendus, plia ses tréteaux et rangea le tout dans un grand sac de toile. Audacieux mais pas téméraire, il savait qu’il n’était pas prudent de s’éterniser dans le square Ebony après une certaine heure. En effet, les rebelles les plus monstrueux, les camés les plus détériorés et les malades mentaux les plus atteints profitaient de l’obscurité pour investir le quartier et se livrer à des exactions, des agressions et des pillages. Terrorisés, les braves gens se barricadaient chez eux comme ils pouvaient, ne comptant pas trop sur la protection des hommes de King. Il se racontait tellement de choses… Les uns disaient que le Parrain se montrait impitoyable avec les monstres et les dingues. Les cadavres atrocement mutilés que l’on découvrait pratiquement chaque matin dans les caniveaux, les impasses et les endroits les plus saugrenus, auraient pu en attester, encore aurait-il fallu savoir qui avait tué qui. D’autres affirmaient que ces hordes sauvages « travaillaient » en sous main pour King, lui permettant de justifier son existence et qu’ils étaient en quelque sorte son ordre noir, ses âmes damnées chargées des plus sales boulots. En fait, personne ne savait rien. Entre dix heures du soir et cinq ou six heures du matin, les uns se terraient chez eux pour laisser le champ libre aux autres. C’était déjà bien assez de crever de peur, protégé par des verrous, des volets ou des portes que l’on savait n'être qu’une bien fragile protection et d’entendre les hurlements, les plaintes ou les pleurs des suppliciés ainsi que les râles des mourants, là,
à quelques mètres de chez soi. Certains cadavres présentaient d’étranges morsures au cou, au niveau de la jugulaire. Comme ils s’étaient vidés de leur sang, il n’en fallut pas plus pour que les gens imaginent à tort ou à raison qu’il se trouvait aussi des vampires parmi ces mutants. Lenoir quitta donc le square en se demandant où aller se réfugier pour la nuit. Il ne pouvait pas rejoindre son container du quartier des Réglisses car celui-ci faisait partie du marché passé avec Doc l’oculiste qui n’avait pas perdu au change. Il ne pouvait pas trouver meilleure planque que cette grande boîte d’épaisse tôle rouillée qui n’avait d’autre ouverture qu’une porte double qu’on pouvait fermer de l’intérieur grâce à une lourde barre de fer. Rien à voir avec l’égout qui servait de refuge au Doc. Bien sûr l’entrée se révélait discrète : une simple plaque de fonte ronde enchâssée dans un coin de trottoir. Ensuite, en s'aidant d'une échelle aux barreaux métalliques rouillés, il lui fallait descendre une petite dizaine de mètres plus bas pour rejoindre le collecteur principal, grosse conduite remplie d'excréments et de sanie jusqu’à mi-hauteur. Il y avait bien une sorte de quai très étroit, mais il était toujours recouvert de liquides, sans doute de l’urine ou des eaux usées. Il était donc impossible de gagner le recoin où le Doc suspendait son hamac sans se salir les pieds. La puanteur était telle qu’elle pouvait constituer à elle seule une véritable protection contre les rôdeurs, mais il fallait être un individu particulièrement bizarre et surtout dépourvu d’odorat pour pouvoir y séjourner et s’y reposer sereinement. Ayant la narine délicate et la phobie des rats, l’agent Lenoir ne se risqua pas à tenter l’expérience. Il préféra se diriger vers le canal et la péniche de Desmonde. Il aperçut au loin de petits groupes de monstres qui se rassemblaient en criant et en grognant comme des sauvages. Ils ne lui prêtèrent pas attention, leurs sarabandes et leurs orgies n’étant sans doute pas encore commencées. JB pressa le pas et arriva à la péniche qui
semblait abandonnée. Aucune lumière ne filtrait, la passerelle était relevée et la chaîne bloquée par le gros cadenas. A l’aide d’une petite tige de métal souple, il en vint aisément à bout et parvint à monter à bord… JB alluma une bougie en espérant que sa faible lueur ne se remarquerait pas de l’extérieur. Tout était calme dans le carré principal et rien n’avait changé depuis son départ. Desmonde n’avait pas dû y venir de la journée. Il trouva quelques biscuits ramollis et une plaque de chocolat qu’il grignota avec délice. Il n’avait rien mangé depuis le matin et n’avait pas souffert des affres de la faim. Son organisme devait s’habituer aux privations et commencer à se contenter de peu. On mangeait trop sur les planètes riches comme Somptuosa ou Déliciosa où il était du dernier chic de se gaver et d’essayer de devenir le plus gros possible, de « profiter », comme ils disaient là-bas. Et c’est en rêvant à la semaine de congés administratifs qu’il y avait passé juste avant cette mission qu’il s’endormit dans le lit douillet de la pourvoyeuse…
Quand il se réveilla, il faisait grand jour. Un coup d’œil à son multi bracelet lui indiqua qu’il était 8 heures. Il réalisa que quelque chose tapait contre la coque et que ça criait dehors. Il monta sur le pont et découvrit Desmonde qui s’impatientait sur le chemin de halage… – Tu en mets du temps à réagir, s’exclama-t-elle. Allez, descends-moi cette foutue passerelle ! JB s’exécuta. – Je me doutais que c’était toi, reprit-elle. Ne me dis pas que tu n’as pas quitté le bateau depuis que je suis partie… – Non, je suis allé travailler et comme je n’avais aucun endroit où aller, je suis revenu dormir ici. – Pas de problème, fit Desmonde, tu sais que tu as ma permission. Pour le cadenas, tu aurais dû me demander une clé…
Elle avait apporté du pain frais, des sachets de thé et un pot de marmelade d'orange. Ils s’installèrent à la table de l’ancienne cabine de pilotage pour prendre leur petit déjeuner. – Je me demande comment tu as fait pour ouvrir aussi proprement le cadenas… Tu n’aurais pas suivi une formation au Centre des agents galactiques ? Il sentit sa méfiance. Il fallait réagir vite et la dissiper sans attendre. Elle avait déjà gobé l’affaire du petit sexe tout blanc pourquoi pas autre chose ? – Je ne sais pas de quel truc de flics tu me parles. Moi, j’ai tout appris dans la rue avec des braqueurs et des forceurs de portes et de coffre-fort… Elle ne répondit pas. Il en conclut qu’elle avait avalé le bobard et en profita pour contrattaquer : « Mais dis-donc, si tu me parles de ce centre, c’est que tu as dû passer par là ? » – N’importe quoi ! Qu’est-ce que tu vas imaginer… J’ai vu des films, j’ai lu des visiobooks qui en parlaient, c’est tout… Elle mentait mal, mais sans l’info de la Centrale, il ne s’en serait peut-être pas rendu compte. Il n’insista pas et passa à un autre sujet. – Comment s’est passée ta journée ? Pas trop dur ? – Une horreur ! Je suis crevée… Ah, ce n’est pas une sinécure ce boulot de pourvoyeuse… Tu ne peux pas t’imaginer comme ils sont difficiles ces mecs… La marchandise n’est jamais assez fraîche, assez sexy, assez bandante… – Ils doivent être trop gâtés… – Sans doute, mais c’est un boulot de mère maquerelle qu’ils me font faire, ces salauds. Ah, j’en ai eu de la misère cette nuit avec ces trois nunuches ! Il a fallu que je reste tout le temps, que j’aide, que j’assiste, que j’arrondisse les angles, que je mette de l’huile dans les rouages. Quand ça se passe bien, je livre, j’empoche ma commission et je rentre chez moi. Cette fois, je peux te dire que je les ai mérités mes tickets et à
l’arraché ! Je ne souhaitais pas trop qu’elle entre dans de sordides détails, mais elle continua : « Tu comprends, ils exigent que je leur trouve ce qui n’existe pas : des filles vierges ET expérimentées. Autant demander un loup blanc ou un mouton à cinq pattes… Certains jours j’en ai vraiment ma claque. Ah ! Comme j’aimerais tout laisser tomber…» – Je ne comprends pas pourquoi tu perds ton temps à t’occuper des plaisirs de cette bande de crétins vicieux… – Primo, ce ne sont pas des crétins vicieux comme tu dis. King Lion of Zion est quelqu’un de très intelligent… – Si tu le dis… Moi, je n’en sais rien, je n’ai jamais eu l’honneur de le rencontrer… – Deuxio, continua Desmonde, il faut bien que je survive… Mon heure de gloire est passée et c’est bien triste. Ah ! Si tu m’avais connue du temps de « la Decker », l’artiste lyrique que tous les opéras de la Terre se disputaient, tu comprendrais… – Mais que t’est-il arrivé ? – L’accident fatal, brutal, imbécile… J’étais sur la scène de la Scala quand mes cordes vocales ont craqué d’un seul coup au moment précis où je poussais, sans doute un peu trop loin, mon célèbre contre ut. Et ma voix, ma précieuse voix, n’est plus jamais revenue comme avant. Il ne me reste que les graves… – J’avais remarqué ton timbre particulier. Il est si troublant, si glamour… – Tu parles, une voix de camionneur ou de débardeur… Tu te rends compte où elle est tombée « la Decker »… C’était quelques années avant le Grand Déménagement. J’ai bien essayé de me glisser dans le flot de mes anciens collègues de l’Opéra embarquant dans un des derniers Shuttle-charters d'évacuation, mais ils m’ont repoussée comme une malpropre, tu te rends compte ? Là, JB se dit qu’elle mentait bien ou alors que c’était la
vérité de son autre vie. Après tout les Services recrutaient toutes sortes de gens et particulièrement ceux des Finances qui n’étaient pas regardant et qu’on soupçonnait de moult magouilles et tripatouillages financiers… – Et toi, chéri, raconte-moi ta journée… Lenoir dût reconnaître que cela n’avait pas été sur des roulettes avec la grand-mère Madoula. Il craignait même de l’avoir définitivement fâchée. – Cela n’est pas étonnant, expliqua Desmonde. Je connais très bien Madoudou, c’est la crème des femmes. Mais elle vient du vieux temps, elle reste pleine de moralité, de ferveur et de foi. Ton activité la révulse et c’est normal. Quand tu vois dans quel état se mettent les consommateurs des produits que tu proposes, comment ne pas être révoltée ? Ta lessive par exemple, c’est de la pure merde. Il y a des types qui n’ont plus qu’un trou à la place du nez et je ne te parle pas des cavernes qu’ils ont dans le cerveau… – Tu exagères ! – Pas du tout, répliqua-t-elle véhémente. Et les fumeurs de ton herbe du bonheur ? Ils sont tellement ramollis du bulbe qu’ils vivent au ralenti comme les paresseux d’Amazonie accrochés à leurs troncs d’arbres et à qui il faut une heure pour bouger un bras… – Tu pousses le bouchon un peu loin quand même ! – Nullement, reprit-elle. Et je te fais grâce des crises de manque, des accès de folie furieuse qui poussent tes clients aux pires horreurs et aux plus monstrueuses barbaries. Sans tes produits, il y aurait moins de vols, de viols, d’agressions et de crimes. Madame Madoula, je la comprends et en plus je lui donne raison. – Mais comment est-ce que je peux faire ? J’ai vraiment besoin que ce jeune Marley me serve d’assistant… – Que tu dis… Il ne t’intéresserait pas pour autre chose ? JB sentit le soupçon revenir. Cela faisait beaucoup. Ils se
méfiaient l’un de l’autre et, en jouant à qui mentirait le mieux, lui-même n’était pas sûr de gagner, même avec l’avantage d’une discrète assistance logistique. – Pour rien d’autre. J’ai de plus en plus de craintes pour ma sécurité. J’ai entr’aperçu hier soir quelques spécimens de ces monstres et de ces mutants qui se répandent dans les rues dès que la nuit tombe et je n’ai pas été rassuré du tout… – Tu sais, les gens en racontent plus qu’il ne s’en passe réellement. Si tu ne t’occupes pas d’eux, si tu ne les provoques pas, tu ne risques rien… Enfin si tu as peur, cela ne se discute pas. Je vais réfléchir à ce qu’on peut faire avec cette femme… – Tu pourrais m’aider ? – Peut-être, fit-elle mystérieuse, en l’entrainant vers le lit. Ce jour-là, les clients de JB Lenoir l’attendirent car il se présenta fort tard au square Ebony. Il n’avait pas la tête à son petit négoce et en plus, ni Madame Madoula, ni Aretha, ni Marley ne se montrèrent… *
Il attendit quelques jours avant de se décider de frapper à sa porte. Elle ouvrit un judas grillagé semblable à celui que l’on trouve à l’entrée des boîtes de nuit privées. Elle regarda JB d’un air méfiant et lui demanda d’un ton rogue : « Qu’est-ce que vous me voulez, empoisonneux du peuple ? » – Que du bien, Madame Madoula, que du bien… – Je ne vous cwa pas… – Je vous en supplie, ouvrez cette fichue porte et laissez-moi entrer. Je vous expliquerai tout, c’est promis. – Expliquez d’abowd et j’ouvwiwai peut-êtwe apwès, dit la vieille femme. – C’est un peu délicat, Madame Madoula. Il s’agit de votre fils… – Et qu’est-ce que vous lui voulez à mon fils ? Lui vendwe une de vos saletés peut-êtwe ? lança Madoudou courroucée.
– Absolument pas. J’ai une proposition très intéressante à lui soumettre… – Je ne vois pas ce que vous pouhiez bien lui pwoposer vu qui compwend ien à ien le pov titi ! – Je voulais dire àvoussoumettre… – Vous voulez me donner de l’aagent ? – Pas exactement… On aurait pu négocier une sorte de compensation… – Ca y est ! J’ai compwis ! C’est encore une saleté ! Pas la peine de m’en di plu, espèce de pow, vous n’auwez jamais mon titi Mawley et pou aucune de vos salopewies… Et elle referma le guichet en le claquant bruyamment. Resté debout devant la porte close de cet appartement où il n’était pas le bienvenu, JB se demandait comment il allait pouvoir mener à bien sa mission alors que plusieurs portes s’étaient ouvertes, que les voisins avaient tout écouté et qu’ils ne se gênaient pas pour commenter à haute voix ce qu’ils avaient entendu. – Je vous dis que ce type est un acheteur d’enfants… – Mais non, c’est un boucher équarrisseur. – Il a repéré le gamin, disait un autre et il s’est rendu compte qu’il est si crétin qu’il vaut tout juste son poids de bidoche. – Arrêtez ! faisait un autre. Il n’est pas du tout prouvé que ce qu’ils nous vendent pour du porc ne soit pas de la chair humaine… – Et le contraire non plus. – Eh ! lançait un dernier, moi je suis sûr que c’est un pédophile ou un pourvoyeur des plaisirs de la bande des KLZ. Là-dedans, il y en a un paquet qui m’ont l’air trop tatoués, trop moustachus, trop vêtus de cuir noir pour ne pas en être… Cette déclaration jeta un tel froid que les autres pouilleux en restèrent comme paralysés et que Lenoir put en profiter pour filer à l’anglaise, très ennuyé de la tournure que prenaient les évènements. Il décida de ne plus envoyer de rapport à la Centrale pendant un certain temps. Cela lui donnerait un délai,
mais c’était reculer pour mieux sauter. Ils allaient le relancer, le rappeler à l’ordre. Dans son métier, l’habitude voulait que les agents marchent au rendement et il ne voyait pas vraiment comment il allait pouvoir leur en fournir cette fois-ci. *
Ils venaient de faire l’amour. Desmonde le chevauchait encore quand elle lui déclara tout de go : « Tu le veux ton gros Marley ? Tu l’auras… Tu n’as qu’à me laisser agir et je te l’amène sur un plateau… » – Et qu’est-ce que tu demandes en échange ? – Que tu restes gentil avec moi, lui répondit l’ex-belle. – C’est tout ? – Non, avoua-t-elle, on marche à 50-50 sur ce coup… JB se demandait pourquoi un agent du Ministère des Finances s’intéressait de si près à un débile mental et peut-être aussi à un homme de l’anti-galactique comme il se nommait lui-même. Quel intérêt pouvait-elle avoir là-dedans ? Quel argent le fisc pouvait-il récupérer ? A quel trafic pouvait-il être mêlé ? Il garda ces questions dans un coin de sa tête et se contenta de sauter sur la proposition de Desmonde qui tombait comme une véritable aubaine. – OK pour fifty-fifty, mais ne t'attends pas à en tirer grand-chose… – Ca, j’en fais aussi mon affaire, dit-elle mystérieusement tout en descendant « de cheval ». D’un geste élégant, Lenoir tenta de dissimuler son petit appendice blanchâtre aux yeux de sa partenaire qui se mit à rire à gorge déployée avant de déclarer en inversant les rôles : « Inutile de cacher ton pénis. Je l’ai vu, je le connais et il me va comme un gant… » Lenoir se crut rassuré un instant, mais il déchanta aussitôt quand elle ajouta : « Après tout, tu n’es peut-être pas vraiment un mutant, mais plutôt juste un mal noirci. Ils font de ces trucs
en esthétique maintenant… » Et comme il était trop confus pour pouvoir répondre : « C’est bizarre comme la plupart des gens veulent avoir des teints bronzés aujourd’hui. On ne rencontre plus aucun noir qui souhaite se faire blanchir… Il est loin le temps de ce chanteur américain qui était passé du plus bel ébène à un teint de lys en s’infligeant une trentaine de plongées dans des bains aussi décapants que cancérigènes… » – Mais je ne me suis pas teint, risqua-t-il d’une voix mal assurée, c’est tout du naturel… Je dois être en train de muter… – Mais tu sais bien que ça m’est égal, le rassura Desmonde. Dès le lendemain, elle alla frapper chez Madame Madoudou Madoula qui jeta un œil dans l’ouverture de son judas et lui ouvrit immédiatement sa porte. Les deux femmes se connaissaient et s’appréciaient depuis longtemps. – Quel bon vent vous amène, Madame Decker ? J’espèwe que vous m’apportez de bonnes nouvelles de mon gwand Lion et de ses bons amis ? Vous les voyez plus souvent que moi… – Ne vous inquiétez pas, ils vont tous très bien, ils profitent et je m’emploie à leur rendre la vie plus... agréable… – Je connais votwe dévouement, je sais que vous ne ménagez pas votwe peine. Vous prendwez bien un petit café… Et elles se mirent à papoter au salon aussitôt rejointes par le grand gaillard de Marley qui arriva en suçant son pouce pour aller se blottir contre le confortable giron de sa vieille mère. – Awète de te lècher le doigt ! C’est sale et t’as l’aiw d’un gwos bébé… – Il est tellement mignon votre garçon, soupira Desmonde. – M’en pawlez pas… Il m’épuise, je n’en peux plus… Je me sens si vieille, si fatiguée… Je n’ai plus la fowce de m’occuper d’un grand enfant comme ça… Il est tellement exigeant… Il me veut pou lui tout seul… Et puis il a toujou faim… Vous vewiez tout ce qu’il mange… J’ai de la peine à founi… Enfin, je suppose que vous n’êtes pas venue pou me paler de ça ?
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