Face au danger

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Traumatisée par la violente agression dont elle a été victime trois ans auparavant, Skye Kellerman a mis du temps à surmonter ses angoisses et à reconstruire sa vie autour de l’association d’aide aux victimes qu’elle a créée en Californie avec deux amies proches. Mais quand elle apprend que son agresseur est sur le point d’être libéré pour bonne conduite, toutes ses peurs resurgissent brutalement : comment oublier que c’est son propre témoignage qui a permis d’envoyer cet homme derrière les barreaux ? Lui n’a certainement pas oublié qu’il a tout perdu par sa faute. Le temps presse et Skye n’a qu’une solution : tout faire pour qu’il ne sorte pas de prison, en commençant par prouver son implication dans trois meurtres survenus à l’époque de son agression... Heureusement, elle peut compter sur l’aide et le soutien inconditionnel de l’inspecteur David Willis, qui a enquêté sur ces affaires. Car lui aussi en est convaincu : l’agresseur n’en restera pas là.
Publié le : mardi 1 janvier 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280298674
Nombre de pages : 416
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— Alors, tu es au courant? David Willis leva la tête. Un homme se dressait sur le seuil du box qui lui tenait lieu de bureau. Il sourit. L’inspecteur « Tiny » Wiman était son meilleur ami au sein de la brigade criminelle et, ce qui ne gâchait rien, un sacré bon ic qui ne ménageait ni sa peine ni son temps, se passionnant pour son travail avec une détermination sans faille. Solidement charpenté, plus grand que David, la peau cuivrée et le sourire facile malgré la tristesse qui voilait ses yeux bruns, il dégageait une autorité naturelle : quand il parlait, les gens l’écoutaient. — Au courant de quoi? Que j’ai encore pris du retard avec cette foutue paperasse? répliqua David sur le ton de la plaisanterie en balayant du regard sa table de travail, encom-brée d’un monceau de dossiers et de formulaires. Tiny fourra ses larges mains dans les poches de son pantalon kaki avec une fausse nonchalance, accentuant ainsi l’air emprunté qu’il avait toujours lorsqu’il était en tenue. Il faisait partie de ces hommes qui se sentent mal à l’aise en veste. Sans parler de la cravate… — Ça n’a jamais été ton truc la paperasse, c’est vrai…, ironisa-t-il. Mais j’ai autre chose à faire que de venir te rappeler cette évidence! Il s’était exprimé avec un tel sérieux que David se rembrunit. Manifestement, Tiny ne s’était pas arrêté pour le seul plaisir de discuter. — Qu’y a-t-il?
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Son ami tira sur sa cravate comme si le nœud trop serré le privait d’air. — Tu te souviens du type qui a attaqué cette petite blonde en pleine nuit et qu’on a fait boucler? La description était si vague et David s’était occupé de tant d’affaires depuis son arrivée à la brigade de Sacramento, treize ans plus tôt, que cette question ne risquait pas d’éveiller en lui le moindre souvenir… Pourtant, il lui sufît d’entendre l’expression « cette petite blonde » pour savoir à qui son collègue faisait allusion. Il avait gardé chaque détail de ce dossier à la mémoire. C’était l’affaire de sa carrière. Et même s’il n’avait pas parlé à Skye Kellerman depuis quelques mois, elle n’était jamais loin de ses pensées. — Tu parles de Burke ? répliqua-t-il Ce salopard en a pris pour dix ans. — Il semblerait que ce ne soit que trois, rectiîa Tiny. Interdit, David laissa tomber son stylo sur la pile de papiers et de formulaires qui retenaient encore son attention quelques instants plus tôt. — Je savais que la date de sa première demande de conditionnelle approchait, mais aux dernières nouvelles, il n’avait pas la moindre chance de l’obtenir! — Il n’aurait jamais dû l’obtenir, rétorqua Tiny. C’est un type dangereux… Mais tu sais comment ça se passe… Il cessa de se battre avec sa cravate et laissa retomber sa main le long de son corps avec résignation. Son témoignage contre des codétenus a permis aux ics de San Francisco de résoudre deux vieilles affaires d’homicides. En échange, ils ont émis un avis en sa faveur devant le conseil chargé d’étudier les demandes de mise en liberté conditionnelle. David se leva d’un bond. — Personne n’a donc lu ma foutue lettre? Pourquoi ne nous ont-ils pas demandé notre avis? Ils auraient pu se renseigner sur ce type avant de le relâcher, non? — Apparemment, ils ont appelé la direction, il y a quelques semaines.
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— Jordan ne leur a pas dit qu’on n’a plus trouvé de corps près de la rivière depuis que notre bon dentiste est en prison? — Bien sûr que si. Mais ils ont répondu que c’était peut-être une simple coïncidence. Tiny lui décocha son large sourire. — Nous, nous savons que notre intuition ne nous a jamais trahis. Mais il leur en faut plus. Plus.Jordan, le chef de la brigade, était effectivement passé le voir… Sa visite inopinée prenait soudain un autre sens; tout comme ses questions, nombreuses, sur l’avancée de l’enquête ou sur de nouveaux indices permettant d’établir un lien entre certains dossiers non élucidés et Oliver Burke : il cherchait des éléments concrets sur lesquels s’appuyer pour peser sur la décision de San Francisco. Or, David ne lui avait rien appris de plus. Pis, il avait mal évalué l’importance du moment, convaincu d’avoir encore deux ans devant lui. — Ça ne se passera pas comme ça! s’exclama-t-il avec emportement. Décidé à trouver Jordan, il s’élança dans le couloir, bous-culant Tiny au passage. Ce dernier le rattrapa par le bras. — Economise ta salive, vieux. Il ne peut rien faire. La décision est tombée. Le Dr Burke sort la semaine prochaine. — Lasemaine prochaine? Et ce qu’il fera une fois sorti, ils s’en lavent les mains? Avisant les deux policiers qui avaient pointé leur nez dans le couloir, alertés par leurs éclats de voix, il leur décocha un regard furibond, avant de reporter son attention sur Tiny. — Il semblerait que nos confrères de San Francisco aient préféré donner la priorité aux anciens dossiers, poursuivit ce dernier. Le problème, c’est que la remise en liberté de Burke risque de donner des idées à tous les violeurs qui croupissent en prison. S’il leur sufît de balancer… De toute façon, je crois les ics de Frisco se seraient arrangés directement avec le gouverneur, s’il l’avait fallu. Ils n’ont pas eu besoin d’aller frapper aussi haut, songea David : la libération anticipée de Burke avait été bien plus facile à obtenir qu’il ne l’aurait cru.
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— Ce qui est sûr, c’est qu’il ne laissera aucune chance à sa prochaine victime… Il a commis cette erreur une fois, la îlle a témoigné contre lui et il s’est retrouvé en prison. — C’est ce qu’a fait valoir Jordan. — Et? — Les « peut-être » et les « pourrait » ne sont pas sufîsants pour motiver une décision. — Skye Kellerman est un « peut-être » qui compte, quand même! Tiny passa une main sur son crâne rasé. — On dirait qu’elle compte pour toi, en tout cas… David entendit la légère réprobation qui pointait sous la voix basse de son ami, mais il préféra l’ignorer — tout comme il s’appliqua à chasser de son esprit le souvenir de ses précé-dentes mises en garde : Tiny ne lui avait-il reproché, lors de l’enquête, de prendre le dossier trop à cœur? Il est vrai qu’à l’époque David tentait de se réconcilier avec son ex-femme… Il n’y était toujours pas parvenu, d’ailleurs. Burke n’en restera pas là. Il va chercher à se venger. Finir ce qu’il a commencé… J’en mettrais ma main à couper! s’exclama-t-il. Il se tut, incapable d’en dire plus. Un ot d’images pénibles déîlaient sous ses yeux. Son estomac se contracta doulou-reusement. — C’est sûr, conîrma Tiny. — On ne peut pas rester sans rien faire! — Que veux-tu faire, au juste ? A moins de prouver qu’il est lié aux anciens meurtres, on n’arrivera jamais à le remettre sous les verrous. Sauf s’il s’attaque à une nouvelle victime, bien sûr… Il poussa un long soupir, avant de reprendre : Veux-tu que j’aille la voir pour la prévenir? David tressaillit. Si seulement il pouvait se décharger de cette tâche sur Tiny… Ou sur n’importe qui, d’ailleurs! Mais c’était à lui d’annoncer la nouvelle à Skye. Pas question de se déîler. — Non, je m’en occupe.
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— Tu es sûr? — Oui. Etouffant un juron, il abattit son poing contre la cloison. Tiny sortit et s’éloigna sans se retourner. Il comprenait parfai-tement ce que ressentait son ami, et partageait sa frustration. Quelques collègues apparurent de nouveau dans le couloir, pressés d’en savoir plus. — Vous cherchez quoi? s’emporta David en les foudroyant du regard. Les curieux se dispersèrent aussitôt — et il regretta sa réaction. Se défouler sur ses collègues ne l’aiderait pas à se sentir mieux. Ni à trouver les mots justes pour annoncer à Skye que la peur qui la tenaillait jour et nuit depuis sa rencontre avec Burke n’était pas près de la quitter.
Skye tendit l’oreille, alertée par un crissement de pneus sur le gravier de l’allée. Qui était-ce? Elle n’attendait personne, ce matin. Un long frisson la parcourut. Il faisait glacial en ce début janvier. Un épais brouillard conférait au paysage une atmos-phère irréelle. Brusquement oppressée, elle prit conscience de son isolement. Elle était coupée du monde. Si vulnérable… Les nerfs à eur de peau, elle se précipita vers le petit secrétaire, ouvrit le tiroir et se saisit du Kel-Tec P-3AT, un semi-automatique, plus léger, plus maniable et plus facile à dissimuler que son Sig P232. Puis elle s’empressa d’enîler un large T-shirt sur sa tenue de sport, consciente que le short et la brassière en Lycra mettaient ses formes trop en valeur. Une portière claqua dans l’allée. Des pas se rapprochèrent de la maison. Des pas lourds. Ceux d’un homme. Elle colla son œil au judas qu’elle avait fait installer sur la porte depuis qu’elle avait hérité de la maison à la mort de sa mère, un an plus tôt. Le brouillard était si épais qu’elle ne put distinguer les traits de son visiteur. Enveloppée dans la
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lumière incertaine du petit matin, sa silhouette imposante se rapprochait. Seigneur… Elle déglutit péniblement. La peur, acide, métallique, lui nouait la gorge. Elle tenta de se rassurer. Il s’agissait sans doute d’un voyageur égaré. Niché au cœur du delta de Sacramento, Sherman Island, avec ses cent soixante-quinze âmes, ses marécages, ses voies navigables naturelles, ses digues et ses pontons, déroutait plus d’un étranger. Mais on n’est jamais trop prudent, n’est-ce pas? Elle l’avait appris à ses dépens la nuit où un homme en capuche, armé d’un couteau, l’avait brusquement tirée du sommeil. Burke était en prison — Dieu soit loué! — mais depuis qu’elle avait créé La Contre-attaque deux ans auparavant avec ses amies Sheridan Kohl et Jasmine Stratford pour venir en aide aux victimes d’agressions et de mauvais traitements, elle s’était fait beaucoup d’ennemis… Le mari de Tamara Lind, par exemple. D’un naturel violent, il la tenait pour responsable de l’échec de son mariage et l’avait menacée de faire sauter les bureaux de l’association. Elle pensait aussi à Kevin Sheppard, un type qui avait manifesté son intention de faire du bénévolat pour La Contre-attaque. Sa démarche avait étrangement coïncidé avec la parution d’articles louant l’implication înancière de l’association dans la découverte de nouveaux indices sur un meurtre très médiatisé. Quand Skye avait repoussé la proposition de Sheppard après avoir découvert qu’il avait été condamné pour escroquerie, il avait perdu son sang-froid et fait un esclandre.Personne ne l’avait revu depuis — ce qui n’était pas pour la rassurer. La sonnette retentit, suivie presque immédiatement d’un coup sec sur la porte. L’espace d’un instant, elle se vit désactiver l’alarme, puis entrouvrir la porte, autant que la chane de sécurité le permettait… Non! Le battant céderait sous la violence d’un coup de pied. Elle crispa les doigts sur la crosse de son arme. Bon sang, Skye! Reprends-toi!
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Elle ne ratait jamais sa cible, mais elle savait que la nervosité peut jouer des tours aux meilleurs tireurs. Par conséquent, elle n’ouvrirait pas la porte. Ça non! Mieux valait attendre que le visiteur se lasse et înisse par partir. Elle se plaqua contre le mur en retenant son soufe. Dire que les élèves de ses cours de tir la croyaient invincible! S’ils la voyaient ce matin, moite de sueur et de panique, ils réviseraient leur opinion, c’est sûr! En fait, Skye se sentait rarement invincible — même avec une arme à la main. Ses élèves n’avaient aucune idée de la manière dont ils réagiraient s’ils étaient acculés. Contraints de tirer. Même armée jusqu’aux dents, une femme peutencorese sentir vulnérable. A moins de s’être préparée à l’idée de presser la détente. Etait-elle prête à tuer Kevin Sheppard? Ou l’ex-mari de Tamara? Si cela s’avérait nécessaire… Bien qu’elle n’ait pas esquissé le moindre mouvement, le visiteur ne semblait pas décidé à quitter les lieux : il sonna et frappa de nouveau à la porte. Puis sa silhouette sombre s’immobilisa devant la fenêtre tandis qu’il cherchait à regarder à l’intérieur. — Skye? Skye, vous êtes là? C’est l’inspecteur Willis. Exhalant un soupir de soulagement, elle relâcha la pression de ses doigts sur son arme. David… Elle ne risquait plus rien. — Votre voiture est dans l’allée, cria-t-il. Répondez-moi! « Calme-toi », s’enjoignit-elle. En vain : son cœur battait de plus en plus fort. Tout en cherchant à reprendre son soufe, elle désarma son pistolet, puis le glissa dans la poche du manteau qui était suspendu à la patère près de la porte. D’un geste machinal, elle passa les doigts sur sa lèvre supérieure où perlaient des gouttes de sueur. — Skye? — J’arrive. Elle désactiva le système d’alarme, ît glisser la chane de sécurité et déverrouilla la porte. Avec sa chemise à manches courtes d’un beau vert amande et sa cravate — presque trop élégante — il était plus sédui-
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sant que jamais. Mélange improbable de James Dean et de Johnny Depp, David était aussi unique qu’irrésistible… et Skye n’y était pas insensible. Leur dernière rencontre, lors de son déménagement, un an auparavant, lui revint à la mémoire. La caresse de ses lèvres sur les siennes, puis son baiser qui s’était fait insistant tandis qu’il la pressait contre le mur… L’attirance qui les poussait l’un vers l’autre avait failli l’emporter, ce jour-là. — Salut, ît-elle en feignant un détachement qu’elle était loin d’éprouver. Qu’est-ce qui vous amène dans le Delta? Il lui parut distant, presque formel — à des années lumière de l’homme avec qui elle avait failli faire l’amour. — Il faut que je vous parle, répondit-il. Je peux entrer? Tout, dans le ton de sa voix, dans son attitude, suggérait qu’il ne s’agissait pas d’une simple visite de courtoisie. Que cachait cette visite imprévue? La gorge nouée, elle s’écarta pour le laisser entrer. Le pire est derrière moi, se dit-elle pour se réconforter. Jamais plus elle n’aurait à endurer l’enfer. C’était tout ce qui importait. — Du thé vert? — Du thé vert? répéta David, l’air perplexe. — Désolée, je n’ai pas de café. Je n’en bois plus. — Dans ce cas, ne faites pas de thé pour moi… Pas sûr que mon corps apprécierait! Il la dévisagea un instant, puis laissa glisser son regard sur son corps, accentuant son trouble. Que pensait-il ? Appréciait-il ce qu’il voyait? Impossible de le savoir : nulle émotion ne transparaissait dans ses yeux verts. Il înit par tourner la tête, reportant son attention sur le hall d’entrée et le salon attenant. Pour la première fois depuis longtemps, Skye observa ces lieux familiers d’un œil neuf — celui de son visiteur. Dans le salon, le canapé fatigué, les guéridons en bois de noyer, les vitrines contenant les vases et les eurs en tissu avaient disparu — donnés à ses deux demi-sœurs, Jennifer et Brenna, qui vivaient auprès de leur père, dans le sud de la Californie — laissant place à des haltères, un vélo d’appar-
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tement, un rameur, un stepper et un tapis de yoga. D’où il se trouvait, David n’apercevait qu’une partie de la cuisine qui s’était transformée en petit jardin plein d’herbes aromatiques et de graines germées. — J’aime beaucoup ce que vous avez fait de l’endroit. Son sourire moqueur indiquait qu’il n’en pensait pas un mot : sa nouvelle décoration lui fournissait une preuve de plus, s’il en était besoin, qu’elle ne s’était toujours pas libérée du passé, malgré leurs discussions à ce sujet. — Merci. Je trouvais dommage de ne pas utiliser tout cet espace, expliqua-t-elle avec embarras. — Quel sens pratique! Il voulait rire? Elle n’avait jamais eu de sens pratique! Il y a quatre ans, elle ne pouvait se casser un ongle manucuré sans crier à la catastrophe. Puis le 11 juillet était arrivé et… — Poignarder un violeur, ça vous change ! marmonna-t-elle. David se crispa, manifestement contrarié. A croire qu’elle venait de lui rappeler la raison de sa visite — au cas oùla cicatrice qui balafrait sa joue ne lui ait pas déjà rafrachi la mémoire. — Vous devriez vous asseoir, ît-il sobrement. — Pourquoi? Il s’éclaircit la voix, manifestement mal à l’aise. — J’ai de mauvaises nouvelles. « Vous vous êtes remis avec votre ex-femme? » ne put-elle s’empêcher de penser. Elle aurait aimé s’en réjouir : David tenait tellement à offrir à son îls de huit ans la famille qu’il méritait! — Je préfère rester debout, répliqua-t-elle en relevant le menton et en soutenant fermement son regard. Il esquissa un sourire. — Qu’est-ce qu’il y a? Vous n’avez pas réussi à trouver la preuve de la culpabilité de Burke dans la mort de ces autres femmes? — Non. Pas encore. Elle comprit que cet aveu lui coûtait. David n’aimait pas
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perdre, et cet échec le rongeait. Il en avait fait une affaire personnelle. Elle partageait sa déception : elle avait tant espéré qu’il prouverait la culpabilité de Burke! Qu’il démontrerait sa cruauté, sa perversité aux yeux du monde! Qu’importait ce que ses avocats avaient plaidé —c’était sa première infraction; il n’avait pas d’antécédents de violence; c’était un pilier de la communauté, et bon chrétien, de surcrot! Qu’importait que son épouse, la personne qui le connaissait le mieux, ait juré qu’il n’avait jamais levé la voix sur elle! Cette nuit-là, Skye, avaitvuson vrai visage. Comme la lueur dans ses yeux : il voulait la tuer. — Vous avez changé d’avis? s’enquit-elle. Vous pensez que ce n’est pas lui? Il fourra ses mains dans ses poches. — Non. C’est lui. Mêmemodus operandi. Un proîl de victime identique. Et l’empreinte des pas — particulièrement petite pour un homme, d’ailleurs — que l’on a trouvée sur l’une des scènes de crime correspond à sa pointure. — Ce n’est pas sufîsant? — C’est le seul élément à charge, reconnut-il. — Je suppose qu’il n’y a pas eu d’autres corps. — Aucun que l’on puisse relier aux trois autres. Pourquoi était-il là? Venait-il lui annoncer qu’il laissait tomber? Elle frémit à cette pensée. Gagnée par l’angoisse, elle l’attrapa par le bras. Il se raidit. Pourquoi? Elle ne chercha pas à le savoir, trop paniquée à l’idée de perdre son seul soutien dans la police — police qui appréciait de moins en moins la mauvaise publicité que leur faisait l’association sur sa gestion des dossiers non résolus. — Il n’est pas trop tard, reprit-elle. Nous devons juste trouver le moyen de le maintenir en prison. Quand il se dégagea, la tension altérait son visage. Une panique insensée, irrépressible, envahit Skye. Quoi?Il n’est pas dehors? Il est toujours en prison, n’est-ce pas? Il en a pris pour dix ans! Vous étiez sûr qu’il en ferait au moins huit.
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