Faillir être flingué

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Un souffle parcourt les plaines du Far-West, aux abords d'une ville naissante vers laquelle toutes les pistes convergent.
Publié le : mercredi 21 août 2013
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EAN13 : 9782743626563
Nombre de pages : 336
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Un souffle parcourt les prairies du FarWest. C’est celui d’Eauquicourtsurla plaine, une Indienne dont tout le clan a été décimé, et qui, depuis, exerce ses talents de guéris seuse au gré de ses déplacements. Elle va rencontrer, parmi d’autres personnages, les frères Brad et Jeff, traversant les grands espaces avec leur vieille mère mourante dans un cha riot brinquebalant. Tous ses destins singuliers se dévident en une fresque sauvage où le mythe de l’Ouest américain est revisité avec audace et brio. Western des origines, véritable épopée fondatrice, tantôt lyrique, dramatique ou burlesque, Faillir être flingué est d’abord une vibrante célébration des frontières mouvantes de l’imaginaire.
Céline Minard est l’auteur de plusieurs romans dont Le Dernier Monde (2007), Bastard Battle (2008), et So long, Luise (2011). Elle est considérée aujourd’hui comme l’une des voix les plus originales de la littérature contemporaine. Unanimement salué pour la puissance et l’inventivité de sa prose, Faillir être flingué a reçu le prix du Livre Inter 2014.
« Une petite merveille d’intelligence et d’originalité, une des émeraudes de la rentrée » Raphaëlle Leyris,Le Monde des livres.
Du même auteur
R., Comp’Act, 2004.
La Manadologie,Édîtîons MF, 2005.
Le Dernier Monde, Denoë, 2007; rééd. Foîo, 2009.
Bastard Battle, Leo Scheer, 2008; rééd. Trîstam, 2013.
Olimpia, Denoë, 2009.
So Long, Luise, Denoë, 2011; rééd. Rîvages, 2014.
Les Ales,en coaboratîon avec scomparo, éd. Cambourakîs, 2011.
Ka ta, en coaboratîon avec scomparo, Rîvages, 2014.
Céîne Mînard
FaiLLir être lingué
Roman
Rîvages
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Pour cet ouvrage, ’auteur a bénéicîé de a bourse dencouragementduCentrenatîonaduLîvre.
© 2013 Édîtîons Payot & Rîvages © 2015, Édîtîons Payot & Rîvages pour ’édîtîon de poche 106, bouevard Saînt-Germaîn – 75006 Parîs ISBN : 978-2-7436-3209-0
À ma grandmère, Lucienne À Sylvie
Le charîot n’en inîssaît pus d’avancer. La grand-mère à ’arrîère crîaît de toutes ses forces contre a terre et es cahots, contre ’aîr quî rempîssaît encore ses poumons. Quand ee ne dormaît pas profondément, însensîbe au monde, sourde, aveuge et enin muette, ee crîaît furîeusement dans e tunne de toîe qu’ee avaît désîgné comme son «premîer cercueî» en s’y asseyant, au début du voyage. Depuîs des semaînes, ee ne s’aîmentaît pus que d’une bouîîe de bé. Une bouîîe de pus en pus caîre et îquîde, confectîonnée à partîr de sa réserve personnee. Tîrée du seu sac qu’ee avaît exîgé de prendre pour ee et qu’ee avaît jaousement gardé sous sa tête en guîse d’oreîer. Bîen que son bé se soît rapîdement gâté, ee avaît refusé toute autre nourrî-ture, hormîs es petîts poîssons que prenaît a gamîne quand a pîste ongeaît une rîvîère. Les moîsîssures ne ’avaîent jamaîs empêchée de manger. Sa mère, qu’ee appeaît maîntenant à grands crîs dans son déîre de très vîeîe femme, sa mère quî connaîssaît es pantes en recommandaît a consommatîon à certaînes pérîodes de ’année. Les moîsîssures du seîge ou du
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bé. Début de ’été, in de ’automne. Le savoîr qu’ee aîssaît échapper par brîbes se mêaît à des souvenîrs du vîage qu’ee avaît quîtté pus de sept décennîes avant de s’asseoîr puîs de s’aonger dans e charîot du dernîer exî. Quand a route uî en aîssaît e oîsîr, a gamîne s’înstaaît sous a toîe et regardaît passer e pays, e dos caé contre a paroî de toîe mobîe, a maîn posée sur es pîeds de a vîeîe sous a couverture. Ee ’écou-taît crîer vers sa mère morte depuîs cînquante ans, dans cette angue qu’ee commençaît seuement à comprendre, crîer pour uî demander a permîssîon d’entrer enin dans e royaume. Depuîs des semaînes, depuîs que e charîot avaît pénétré dans es paînes, es deux is et e petît-is de a vîeîe femme subîssaîent son régîme de sîences et de gueuements aternés. Brad, ’aïné, e supportaît patîemment, comme un des ééments de ’adversîté ou un mystère de a nature. I ne recevaît pas autrement es averses de grêe et es orages brefs quî es étrî-aîent de temps à autre. Comme î avaît supporté es eçons et es queques racées cuîsantes qu’ee avaît jugé bon de uî admînîstrer autrefoîs. Comme î avaît soustraît de ses maîns e paîn quotîdîen jusqu’à ce qu’î soît en mesure de e récoter et de e bouanger uî-même ou de e gagner. Son is, à uî, Josh prenaît de son côté une forte avance à pîed ou à cheva à chaque foîs que es crîs recommençaîent maîs Brad ne s’en étonnaît pas. I ne uî seraît pas venu à ’esprît d’en juger. Comme î ne jugeaît pas e faît que a gamîne qu’îs avaîent trouvée accroupîe au pîed d’un grand pîn, à desmileseur destînatîon et de eur de poînt de départ, se soît sî sîmpement accommodée à eur vîe.
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Les choses, es gens et es événements arrîvaîent comme î étaît uî-même arrîvé au monde et î uî fa-aît es accueîîr. Sîx moîs auparavant, juste avant qu’îs ne pénètrent dans es paînes, adossée à son arbre, a petîte es avaît regardés venîr sans bouger. Ee mangeaît queque chose qu’ee s’étaît dépêchée d’engoutîr avant qu’îs n’arrîvent à sa portée. Ee avaît regardé es bœufs, es troîs hommes, Jeffrey, ’autre is de a vîeîe femme, sur e sîège, Josh quî tenaît son cheva par a brîde et Brad quî fermaît a marche, chassant es mouches devant son vîsage avec son chapeau. Et aors qu’îs aaîent passer et a aîsser derrîère eux sans uî accorder pus qu’un regard cîrconspect, a grand-mère s’étaît mîse à japper dans e charîot, comme un coyote. La petîte avaît ouvert es yeux un peu pus grand maîs n’avaît pas remué. Les autres avaîent frîssonné comme sous ’effet d’un passage d’aîr froîd. Et es crîs du coyote partîs du pîed du pîn s’étaîent poursuîvîs tout au ong du chemîn ce jour-à. Josh avaît prîs e arge. Jeffrey s’étaît gîssé dans es oreîes es boues de cîre qu’î gardaît dans e ruban de son chapeau. Brad avaît prîs patîence. La gamîne avaît attendu que e chant se déroue sur une ongueur consî-dérabe. Puîs ee s’étaît evée et avaît décîdé d’em-prunter cette pîste sonore ouverte par a voîx désartîcuée qu’î uî sembaît connaïtre. Le soîr venu, ee s’étaît approchée du camp avec une brassée de boîs à brûer et un apîn mort. Josh quî revenaît en traversant a praîrîe au petît trot avaît manqué a renverser. La nuît tombaît, ee s’étaît ramassée derrîère son fagot quand ee avaît entendu e cheva, î ne ’avaît pas vue.
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La grand-mère huraît encore et avaît huré ce soîr-à jusqu’à ce que e vîsage de a gamîne s’encadre dans ’ouverture du charîot. Aors, ee avaît fermé a bouche et avancé a maîn vers es cheveux noîrs de ’enfant. Ee es avaît touchés de ses doîgts cassants, ee avaît tîré a angue et s’étaît endormîe d’un coup. Brad ne se demanda pas d’où venaît a gamîne. Son passé étaît înscrît dans a forme de ses yeux, dans ’épaîsseur du ca de ses pîeds, et dans a rapîdîté des mouvements qu’ee avaît eus pour dépouîer sa proîe. Son passé ’accompagnaît et uî permettaît de suîvre es vestîges d’un chant sur un désert d’herbes sèches. I uî permettaît peut-être aussî d’apaîser es coyotes. I a aîssa dormîr sous e charîot quand î peuvaît. Ee portaît une tunîque de toîe quî uî arrîvaît aux genoux, aussî râpée que es pantaons de Josh quî des-cendaît e moîns possîbe de cheva. À a taîe, un cou-teau gaîné passé sous une ceînture tressée, sans bouce. Ee mangeaît peu et vîte, et cueîaît toutes sortes de petîts fruîts qu’ee réservaît d’ordînaîre au repas du soîr. Josh refusaît toujours d’y goûter. I avaît vu Brad s’endormîr très vîte après avoîr prîs une de ces baîes rouges tîrant sur e noîr dont ’astrîngence ’avaît faît baver. Même sî a grand-mère crîaît moîns quand ee acceptaît d’en avaer, ee n’en guérîssaît pas pour autant, quî guérît de a vîeîesse ? I se méiaît. Depuîs que ’enfant avaît quasî dîsparu sous son fagot de branches dans cette praîrîe où a moîndre bouse se voît comme e nez au mîîeu de a igure, Josh gardaît ses dîstances et tâchaît de toujours savoîr où ee étaît quand î rentraît au camp. I ne prenaît pus e trot en approchant du charîot sans ’avoîr repérée. Quand î rejoîgnaît es autres après avoîr entravé son cheva et qu’ee étaît avec eux autour du feu, e pus
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