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Faut pas me mettre en pétard

De
160 pages
Le mot pétard me rappelle mon premier reportage, ici même, il y a quelques années de ça. Je me souviens, quand je suis arrivé dans le champ j'ai cru qu'il était planté de betteraves négresses. Le corps avait été évacué mais la surface sur plus de 20 mètres carrés était couverte de sang et de débris humains. Le mec avait explosé, je rigole pas, il avait littéralement explosé et pas de rire, hein ! Tellement qu'il a fallu le ramasser à la truelle pour remplir les sacs à viande de la morgue. C'est devenu une véritable épidémie. Chaque matin je me réveillais en me demandant si le «pétardier» avait encore frappé.
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Faut pas me mettre en pétard
Augustin Lemoullec
Faut pas me mettre en pétard
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-2093-0 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-2092-2 (pour le livre imprimé)
Avertissement de l’éditeur
Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre. D’éventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du traitement de l’ouvrage, le texte en l’état. Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com 5bis, rue de l’Asile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com
Les deux vélos étaient posés contre le menhir et les mômes, assis au soleil, s’en roulaient une petite en admirant le paysage. Nos ancêtres les Gaulois ou n’importe quels autres Celtes qui avaient construit cette tombe profannée depuis belle lurette devaient être de sacrés jouisseurs car, même morts, ils choi-sissaient toujours le plus bel environnement pour se reposer. Du sommet du tumulus la vue s’étendait 1 jusqu’à la mer friselant à plus de huit kilomètres au dessus des marais, des coupe-vents de lambertio-nas et des moulins désailés qui occupaient le sommet des buttes. Dans ma jeunesse, certains, remis en état pendant l’Occupation pour moudre un grain illicite, fonctionnaient encore. Bien entendu, les squatters papistes y avaient bati un bout de chapelle pour ré-cupérer le sacré du haut lieu et en chasser les relents de paganisme, qu’ils croyaient. Lorsque j’étais gamin je m’asseyais, moi aussi, sur la pierre couchée pour souffler après avoir gravi les quinze kilomètres de côte, pas la plus raide des quatre cantons mais la plus casse-pattes en tous cas avec ses faux-plats montants et le vent d’ouest qu’on
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Friselant, à ne pas confrondre avec la maladie de la pomme de terre. A moins que vous ne préfériez friselisant mais, à mon avis ça fait trop coiffeur. J’en ai connu un de "t"oiffeur qui friselisait, grave, quand je lui apportais les plis du labo, surtout l’été quand j’étais en (caleçon) cycliste court et moulant et moi, ça me faisait pas friseler du tout.
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prenait en pleine tronche dés qu’on avait passé la bergerie. On l’appelait le "juge de paix" parce que c’est là qu’on venait tester sa forme, surtout les len-demains de java. - Eh, les p’tits gars, vous savez pas que le dopage est interdit !
- Oh, Gus, t’es mal placé pour causer. Toi non plus tu craches pas sur le pétard. - Oui mais moi c’est dans un but thérapeutique, c’est pour arrêter de fumer. Les deux mômes éclatèrent de rire. Le mot pétard me rappela mon premier reportage, ici même, il y a quelques années de ça. Je me sou-viens, quand je suis arrivé dans le champ j’ai cru qu’il était planté de betteraves négresses. Le corps avait été évacué mais la surface sur plus de vingt mètres carrés était couverte de sang et de débris hu-mains. Le mec avait explosé, je rigole pas, il avait littéralement explosé et pas de rire, hein ! Tellement qu’il a fallu le ramasser à la truelle pour remplir les sacs à viande de la morgue. Ma première affaire sérieuse ça été ce coup là. On avait retrouvé dans ce champ de betteraves le cadavre complètement déchiqueté d’un ancien meu-nier reconverti dans l’immobilier. Sa grande pas-sion étant la chasse, en particulier la chasse à la bé-casse qu’il pratiquait en solitaire avec sa chienne issue d’une longue lignée de bécassières, on avait tout naturellement pensé que son fusil lui avait pété entre les mains mais comme on n’avait pas retrouvé l’arme, pas même des débris, cette piste avait été aussitôt abandonnée. D’autant plus que les bécasses ça va pas trop vermiller dans les champs de bette-raves et qu’il aurait au moins fallu l’éclatement de la culasse d’un canon de soixante-quinze pour ré-duire cet énorme corps en bouillie. Il mesurait un
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mètre quatre-vingt-douze et pesait plus de cent-qua-rante kilos tout en demeurant très alerte, parait-il. Le plus étonnant de l’affaire : la tête était pratiquement intacte ! Les enquêteurs demeuraient perplexes, constatant que le corps avait explosé sans comprendre comment et surtout pourquoi. Le suicide paraissait exclu. On imaginait mal Pierre Michaux, mettant brutalement fin à ses jours, avalant pour ce faire, un boudin de dynamite et allumant au ras de ses dents trente centi-mètres de mèche lente. Quant à le gaver comme une oie avec un pain de TNT débité en grains de maïs la chose semblait d’autant plus improbable que le labo n’avait trouvé aucune trace d’un explosif connu parmi les restes. Certains, car il n’avait pas que des amis dans la région, tant s’en faut vu son lourd passé, préten-daient qu’il avait succombé à l’absorpsion sans me-sure d’un plat de "moujettes piattes", le haricot ven-déen classé numéro un mondial question poussée ré-active en tuyère et qu’il était mort par où il avait pé-ché, la goinfrerie. Un évènement chassant l’autre dans ces contrées où on ne s’étonne plus de rien depuis qu’un géné-ral (que le Diable lui applique le même traitement jusqu’à la fin des temps, Amen !) faisait rôtir les pauvres gens dans leur propre four pour leur ensei-gner les Valeurs Républicaines, la grande affaire du moment qui divisait isolationistes et continentaux était le projet de relier Noirmoutier au continent par un pont gigantesque. L’éclatement de la "citrouille" s’estompait dans la banalité du quotidien quand Ferdinand Ballestre fut retrouvé mort sur le foirail de Parthenay dans les mêmes circonstances que le gros Michaux. Lui aussi gardait toute sa tête, si je puis me permettre mais sa tripaille était réduite à l’état de particules tout aussi élémentaires que sanglantes tapissant les parois
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et le plafond de sa bétaillère. Ferdinand Ballestre passait pour être le plus riche marchand de bestiaux des quatre départements. Il possédait même un abat-toir sous forme de coopérative agricole à la francaise c’est à dire qu’il en était, en fait, le seul véritable pro-priétaire. La veille il avait diné copieusement "Aux Eche-vins" le restaurant de Parthenay où il avait ses habi-tudes et quitté la compagnie vers vingt-trois heures pour piquer son roupillon traditionnel sur la paille de son camion avant de reprendre la route. Un retrait de permis de six mois l’avait rendu sage mais plutôt que d’attaquer les racines du mal à la base et de choisir la cure de désintoxication il avait opté pour la cure de sommeil, ne reprenant le volant que quand le balon à soufflettes lui donnait le feu vert. Marcel m’a appelé dans la cage. - Dis donc, Gus, c’est ton bled par là-bas. T’as une heure pour faire ta valise. Ce soir tu t’endors bercé par les vagues de l’océan. Il est pas gentil Tonton Marcel ! Tu m’appelles deux fois par jour. T’as gardé ta bécane, j’espère, parce que si dans une semaine t’as rien ramené de valableIl fit mine de pédaler avec ses mains. Ce mec là il a pas de mentalité. Deux mois que j’étais entré à la rédaction par la petite porte, un hasard. Avant je faisais coursier. Je suis passé à la compta. prendre les papiers et l’ar-gent, mille balles, je me souviens. J’avais l’impres-sion d’être Crésus. La vieille miss avec son poireau sur la joue s’est chargée de me ramener sur terre en disant qu’il fallait un "vrai" justificatif bien lisible pour chaque dépense et que c’était même pas la peine de présenter les notes de bistrot. Une voiture de lo-cation m’attendait à Nantes. Excité, j’étais mais aussi un peu déçu. Zal le vieux photographe qui faisait partie du fond de com-merce, Il travaillait déja à Paris-Soir avant la guerre,
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