Faut voir...

De
Publié par

Difficile à priori de trouver un rapport entre un sanglier mort, un kleenex, un Don Juan raté, un schizophrène amoureux, sept nains déjantés, un rond de cuir, et bien d'autres personnages aussi singuliers qu'inattendus. Il y a pourtant quelque chose qui les réunit, un lien, un fil conducteur qu'on ne perçoit pas tout de suite, mais sous l'apparente légèreté des propos se dessine peu à peu une sorte de typologie, portraits saisis au vol dans la rue, à la terrasse des cafés, ou dans l'imaginaire le plus débridé. Tranches de vies, instants fugaces, drames du quotidien ou fictions amoureuses, l'auteur nous propose un carnet de croquis dont l'ironie et le style très personnel sont les maîtres d'œuvre.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 138
EAN13 : 9782748161168
Nombre de pages : 201
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Faut voir…
Guy Coda
Faut voir…
NOUVELLESÉditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2006 20, rue des Petits Champs 75002 Paris Téléphone : 08 90 71 10 18 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com communication@manuscrit.com ISBN : 2-7481-6117-3 (fichier numérique) ISBN : 2-7481-6116-5 (livre imprimé)
à Lauren et Raphaël,
à mes amis
GU YCO D A
PROGRES
Raymond regarde le cadavre immobile sur son linceul de ronces et de feuilles mortes. Couché, il paraît soudain tout petit, pitoyable, ridiculement insignifiant ; il ferait presque pitié ! Finalement, on s’était peut être excités pour pas grand chose ! En le voyant dans cet état, il a du mal à croire que c’est ce même animal qui pendant trois mois a terrorisé la région, ravagé les potagers, éventré quelques chiens au passage, et qui, porté par les vieilles terreurs enfouies dans l’inconscient collectif est devenu au fil des semaines le «tueur de « Mémillon ». Finalement ça n’était que çà, un pauvre tas de poils couché sous la botte de son bourreau ! Et l’autre fanfaron qui pose, fier comme Artaban, le nez en l’air, la main appuyée sur le canon de sa Winchester comme sur un sceptre, Buffalo Bill en personne ! En fait, Raymond aurait presque plaint ce pauvre sanglier, non pas d’être mort, ça c’est normal, c’était son lot, mais d’avoir été abattu par quelqu’un qui voulait sa mort. Il l’a traqué lui aussi bien sûr, un peu pour la prime, mais d’abord pour le sport. Alors que Georges, lui, est un vrai tueur, un viandard qui tirerait s’il le pouvait sur tout ce qui bouge. Il ne le méritait pas ! Et c’est pourtant bien lui qui l’a eu, et qui va toucher le gros lot ! Encore et toujours lui,
11
FV O I RA U T
tellement veinard que même avec sa chance de cocu il réussit à ne pas l’être ! Merde, mille euros de prime, c’est quand même pas rien ! Et c’est bien ça qui énerve Raymond, cette réussite insolente que l’autre affiche, avec tout son fric, et cette morgue des nouveaux riches qui croient sincèrement que leurs millions les rendent intelligents, alors qu’ils confondent culture et histoires de cul, quartiers de noblesse et cotations en bourse, et qui sont aux aristocrates – qu’ils singent jusqu’à l’essoufflement – ce que les poulets de batterie sont aux faisans ! Le flash crépite. Tartarin ! pense Raymond en appuyant sur le déclencheur. Il ricane dans sa barbe, il a oublié exprès le système anti-yeux rouges, comme ça le Georges il aura l’air de ce qu’il est vraiment, un jeanfoutre, un prétentieux, un… Il prend un second cliché, puis un troisième, un quatrième, s’efforçant à chaque fois de trouver le plus mauvais angle, le cadrage le plus ringard. Buffalo-Tartarin, malgré sa pose avantageuse, commence à perdre patience. « Dis donc, l’artiste, tu vas y arriver ou quoi ? » Il met dans sa phrase toute l’ironie méprisante dont il est capable et les trois ou quatre chasseurs témoins de la scène ricanent complaisamment. Raymond reçoit la remarque comme on reçoit une gifle mais il n’en laisse rien paraître. Attends mon salaud, tu vas voir ! Il allait faire durer le plaisir jusqu’à ce que l’autre craque ! « Merde, j’ai pas mis la bonne vitesse ! Il faut les refaire ! » Il fait mine de bidouiller les réglages de l’appareil tout en louchant du coin de l’œil sur Georges. Il donnerait cher pour le voir péter les plombs, histoire qu’il perde un peu de sa superbe. Pour une fois, ça le remettrait à sa place ! Il refait plusieurs clichés en
12
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.