Femme Déwo, la maîtresse

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Valérie, originaire de la Guadeloupe, vit en métropole depuis toujours. Elle se lie d'amitié avec une compatriote en vacances: Prudence, une très belle femme d'âge mûr. Elles s'écrivent de longues lettres pendant deux ans. Lorsque Prudence propose à Valérie de venir en Guadeloupe et de rédiger son histoire, la jeune femme accepte. Valérie s'envole donc à la découverte de son île natale et de sa mystérieuse amie. Prudence se révèle être une femme de caractère, intelligente, qui utilise son pouvoir de séduction sur les hommes pour vivre, une maîtresse professionnelle. Les deux femmes apprendront tout l'une de l'autre au fil des confidences. Elles comprendront surtout, à travers leurs échanges, ce qu'elles doivent changer dans leurs vies pour être heureuses.
Publié le : jeudi 19 avril 2012
Lecture(s) : 47
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748383607
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748383607
Nombre de pages : 88
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Laurette Jhigai
FEMME DÉWO, LA MAÎTRESSE
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0117477.000.R.P.2012.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2012
Préface Si la maîtresse devait sa place à des coutumes obsolètes, elle serait devenue une exception, et les hommes à maîtresse, une espèce en voie dextinction. Force est de constater quau contraire, chez nous, la maîtresse est toujours complètement intégrée, une habitude de nos hommes antillais. La maîtresse, cest une pièce incontournable de la famille antillaise. Lépouse sera malheureuse ; elle espérera de tout cur gar-der son mari à ses côtés pour élever leurs enfants. Mais elle restera, car elle aura acquis ce quaucune autre ne pourra avoir : la reconnaissance sociale due au mariage. Elle seraMadame quel-que chose; le prix à payer en sera peut-être lourd. La maîtresse oscillera entre le sentiment de profiter dun homme sans devoir le supporter au quotidien et la souffrance de passer toujours après lépouse. Elle aussi se condamne à être malheureuse. Il lui faut assumer labsence de lhomme quelle aime, la frustration de le savoir avec une autre. Elle est soit ca-chée, soit exhibée comme un trophée. Mais elle a conscience de détenir un pouvoir : elle est proche de son homme. Elle dira à propos de lépouse : «Sé non la tou sél i ni.1» Lessentiel est pour elle, ailleurs que dans les liens du ma-riage : lamour, les avantages matériels, lattention envers les enfants. On pourrait me répondre que la maîtresse nest pas une
1La femme légitime porte le nom de son époux mais cest la maîtresse qui profite de lhomme.
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spécificité antillaise, quelle existe ici ou ailleurs. Alors, à quoi tient la problématique particulière aux Antilles ? Regardez dabord la mère antillaise : elle élève son fils pour quil devienne un mâle ; elle sinstalle au centre de la vie de son fils. Connaissez-vous de ces Antillais qui continuent à faire laver et repasser leurs vêtements chez maman alors quils ont fondé leur propre foyer ? Lexemple est accablant : la mère antillaise impose sa présence à son fils sur le plan affectif. Les épouses ne devraient pas sopposer dans linconscient collectif aux maîtres-ses, mais bien aux mères de leurs maris. La mère minore la place de lépouse, persuadée quelle est de demeurer la femme la plus importante pour son fils. Si le fils a plusieurs maîtresses, cest lépouse qui est noyée dans la nébu-leuse Seule flotte par-dessus toutes, la figure de la mère qui ne souffre aucune concurrence et qui nen a pas. Les réactions des hommes entre eux, leurs pressions entre copains, voilà dautres épines dorsales qui maintiennent la cou-tume ; on remet en cause la virilité de celui qui na pas de maîtresse. Au fur et à mesure des années, lépouse acceptera la pré-sence de lintruse. Elle feindra dignorer son existence ; ou elle profitera de la présence de cette autre, elle partagera les contraintes liées à son époux : les exigences, lassiduité sexuelle ou les tâches domestiques. Combien dépouses expliquent quelles se sont accommo-dées de la présence de la maîtresse puisque depuis, leur mari les laisse tranquilles sur le plan sexuel ? Si finalement, tout le monde y trouve son compte, le statut de maîtresse aux Antilles se pérennisera.
Librement inspiré dun entretien sur les statuts de la maîtresse aux Antilles du philosophe Alex Lollia.
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 Javais promis de lui rendre visite. Il mavait fallu deux ans pour morganiser puis lopportunité se présenta. Pendant les premières heures de vol, je rêvais éveillée. Les bribes de mon enfance, une succession vertigineuse dimages fortes, les contrastes, les conflits et les luttes, la sève de la Guadeloupe me revenaient. Je me souvenais peu de mes cousins, de ma famille là-bas. Jétais petite la dernière fois que mes parents et moi y étions allés. Mais lîle, elle, mattirait à elle depuis plusieurs mois. Le vol de Paris à Pointe-à-Pitre était long, huit heures. Un homme maborda dès le décollage ; je me sentis agressée, ces minutes auraient dû être les miennes. Je lui demandai de me laisser tranquille. Maman mavait accompagnée à Orly le matin en me recom-mandant daller voir mes cousins. Ils habitaient aux Abymes, jallais à Morne-à-lEau, à une dizaine de kilomètres de chez eux. Pourtant je ne les avais pas prévenus de mon voyage ; je navais rien planifié des conditions de mon séjour. Javais en poche un billet retour et entre-temps, je mengageais dans linconnu. Lavion survolait les océans et atterrirait bientôt à Pointe-à-Pitre.Mes origines se trouvaient là-bas, à travers dépais nuages, sur la terre des Antilles, loin de Maisons-Alfort. Mes parents avaient grandi ensemble sur cette terre ; ils lavaient désertée dun commun accord et jétais née loin delle. Mais elle se dessi-nait au loin, et avec elle, les prochaines aventures que jallais vivre.
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Mon hôtesse et moi avions convenu quelle memmènerait à la découverte de la Guadeloupe. Je pensais à elle. Je ne lavais pas revue depuis notre rencontre. Son visage, fier, auréolé de beaux cheveux colorés, sa stature, grande, coquette, majes-tueuse, ses gestes réfléchis imprégnaient ma mémoire. Jentendais ses paroles sensuelles, un peu sibyllines. Elle mat-tendrait à laéroport et me conduirait vers sa ville de Morne-à-lEau. Elle me lancerait : « Vous êtes enfin là. Nous navons pas une minute à perdre. Jai tant damants nouveaux à vous faire connaître, tant de révé-lations et tant à vous faire découvrir » Je commençais à saisir le personnage : je savais quelle men-lèverait dans un tourbillon où elle contrôlerait tout. Son but, elle ne sen cachait pas, cétait de méblouir avec sa réussite, en par-ticulier dans le domaine amoureux. Elle avait lâge dêtre ma mère, je ladmirais, javais parfois la sensation de la deviner à travers ses lettres. Je la qualifiais devant mes amis de grande dame ; mais mes élans daffection envers elle, je les tempérais. Javais voulu analyser le pourquoi de ma réserve à son égard. Sa personnalité écrasante me malmenait. Je lavais perçue comme un être dexception, courageuse, déterminée dès notre première conversation : « Je me suis installée à Brion, Morne-à-lEau, mavait-elle an-noncé. Je nai fait quobéir à la seule loi qui existe en ce monde : quand on est belle, jeune, ce nest pas pour rien !  Mais ne pensez-vous pas que ça pourrait nuire à votre ré-putation ? Surtout sur cette île, où tout repose sur les on-dit Ma mère mavait seriné que la Guadeloupe ne ressemblait pas à la métropole, que les cancans là-bas ruinaient les réputa-tions et les vies.  Pour une femme de ma classe, de ma beauté ? Non ! Je dirais que je suis une femme capable de faire croire à nimporte qui, nimporte quoi, du moment que je fais dubon travail, vous voyez ce que je veux dire Jai aussi une dette morale envers
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