Fétiche dans la poche, arme à la main

De
Publié par

De retour au pays après plusieurs années d'études en Europe, François Léta, natif d'un des villages qui se construit et se déplace au gré des saisons sur les rives du fleuve Congo, est très mal accueilli par ses proches. Il retrouve un univers irritant, rongé par l'anarchie, le sexe, la drogue, le fétichisme et le maniement des armes. Les femmes paient un lourd tribut à cette évolution déliquescente des moeurs dans ce pays où elles sont astreintes au silence, déshéritées, bâillonnées par la coutume ancestrale et enfermées dans les cases, comme des prisonnières, lorsqu'elles perdent un mari. Ces agissements agacent profondément François. Mokitani, une riche commerçante belle et cocasse, qu'il a épousée à son retour au pays, va en faire l'expérience le jour où il est porté disparu. Son veuvage est tout simplement délirant...
Publié le : jeudi 10 décembre 2015
Lecture(s) : 9
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342045796
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342045796
Nombre de pages : 144
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Du même auteur
Le Totem du roi, éditions Harmattan, 2009
Brice Patrick Ngabellet FÉTICHE DANS LA POCHE, ARME À LA MAIN
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 175, boulevard Anatole France 93200 Saint-Denis – France IDDN.FR.010.0120775.000.R.P.2015.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
« Il ne peut y avoir plus vive révélation de l’âme d’une société que la manière dont elle traite ses enfants »
Nelson Mandela.
Cela faisait bien longtemps qu’une telle pluie n’avait pas douché François. C’était un matin de saison des pluies. Des cordes lui tombaient sur la tête sans arrêt. Il ne s’en apercevait même pas, tellementil était concentré. Assis dans sa pirogue, il avait l’air consterné et pensif. Il analysait avec anxiété le passé d’un ancêtre : celui de Léta-Yamakambo. e Au 17 siècle, cet ancêtre, s’était fait des gris-gris contre les fusils tueurs des marchands portugais sur l’embouchure du fleuve Congo lors de la bataille d’Ambuila. Refusant l’abdication devant l’artillerie étrangère, ce grand chef coutumier, usa du mysticisme pour se protéger des balles portugaises. C’était un descendant d’une puissante caste fétichiste dont les totems étaient le buffle, la panthère et le requin. S’il était un chef religieux preux et autoritaire, sa plus grande hantise c’était d’affronter les armes à feu. C’était une magie blanche qu’il fallait coûte que coûte contrer. Sous ses ordres, un féticheur, recru d’épreuves dans la brousse, multipliait les incantations pour arrêter l’attaque maléfique d’un envahisseur trop ambitieux. — Un fétiche face aux machines de guerre, ça ne veut rien dire, mais ça tient depuis des siècles, dit François, la mine affligée. François braille tout seul. Des brèves réflexions l’embarrassent. Il bouge la tête, scrute la pluie et s’interroge sur cette pratique fétichiste encore présente. Il essaie de comprendre ce qui se passe dans son village avec une certaine émotion. Il est mélancolique, grandement déçu de certaines
9
FÉTICHE DANS LA POCHE, ARME À LA MAIN
pratiques. Il se lance dans un verbiage lourd de réflexions. Sa voix s’essouffle et ricoche sur ces cordes de pluie de plus en plus nombreuses. La prolifération des milices fétichistes tenaille son esprit. Ce visage du continent qu’on ne peut pénétrer qu’au moyen d’une connaissance ancestrale l’obsède. Il se demande pourquoi tant de fétiches dans les mains d’enfants. Les Dozos en Côte d’Ivoire ou les anti-balaka en Centre-Afrique, toutes ces milices armées sont bien équipées en fétiches. Ils ont des plantes anti-balles et sont aidés par ces marabouts et féticheurs célèbres. Ils portent des bandanas où pendouillent souvent des peaux d’animaux séchées, des ossements et même des cornes de buffles. Dans leur culotte, autour du cou et sur la tête, ils ont des fétiches anti-balles. Ils affrontent les chars militaires à mains nues, ou sinon, armés d’une kalachnikov bardée de fétiches et ne se rendent plus compte qu’un obus peut tuer. « C’est fou, pensa-t-il. » Les batailles contemporaines sont bien différentes de celles que mena son ancêtre Léta-Yamakambo face aux Portugais. Et, les modes opératoires diffèrent de celles d’aujourd’hui. Obligé à faire l’impossible pour sa dignité, sa justice et sa liberté, Léta, à son époque, missionnaitses génies sorciers. Ce sont eux qui prenaient des balles portugaises sur le thorax à sa place. C’est sur ces mânes que ricochaient ces métaux tueurs. En aucun moment il n’avait mis sa vie en danger. Celle des mânes génies était bien meilleure à sacrifier. De nos jours, potins, légendes et secrets inavouables sur son époque se racontent avec condescendance. On a coutume de dire, qu’une ombre épouvantable remplissait une grande partie du village quand le portugais avec son armada militaire s’approchait. Une étrange mixture fétichiste en forme de flocons d’avoine se détachait des arbres. Elle lui léchait le visage, l’aveuglait et le déroutait. Des génies sorciers, forts de cette victoire, lui déversaient tout ce
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant