Feuilleton Belgravia épisode 5

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Feuilleton Belgravia épisode 5.

Fabuleuse saga en 11 épisodes à découvrir chaque semaine, dans la tradition de Charles Dickens et de Jane Austen, Belgravia déroule l’histoire d’un secret bien gardé, dans l’un des quartiers les plus somptueux de la capitale anglaise.
Dans les années 1840, au moment où l’aristocratie commence à être concurrencée par une classe émergente d’entrepreneurs nouveaux riches, la société londonienne est en pleine mutation. Mais c’est quelques années plus tôt que commence l’histoire, à la veille de la bataille de Waterloo, en 1815, au bal devenu légendaire de la duchesse de Richmond à Bruxelles, qui va changer pour toujours le destin d’une famille…
Amours contrariées, intrigues de classes sociales, sans oublier l’importance des domestiques : on retrouve dans ce roman tout le talent et le charme de l’auteur de Downton Abbey.

Publié le : jeudi 5 mai 2016
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782709657808
Nombre de pages : 45
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Du même auteur

Snobs, JC Lattès, 2007, nouvelle édition 2016.

Passé imparfait, Sonatine, 2014.

Épisode 5

Le rendez-vous

Étendue sur le lit, Susan Trenchard entendit tinter les cloches de l’église All Saints d’Isleworth. De temps à autre, elle percevait les bruits du fleuve, les appels des bateliers ou le clapotis des rames. Elle parcourut la pièce du regard. Son aménagement faisait davantage penser à la chambre de maître d’une demeure bourgeoise qu’à un simple logis, avec ses lourdes tentures de brocart, sa cheminée de facture classique et l’élégant lit à baldaquin sur lequel elle se prélassait. Une autre femme se serait alarmée de découvrir que John Bellasis disposait d’une petite maison à Isleworth avec un salon pour les repas, une immense chambre à coucher, luxueusement décorée, et sans doute rien d’autre, si ce n’est l’espace réservé à l’homme discret qui s’occupait d’eux. Là encore, le fait que le serviteur n’ait posé aucune question à leur arrivée, se contentant de leur servir un délicieux déjeuner avant de les inviter à passer dans la chambre – où les rideaux étaient tirés et un feu brûlait dans la cheminée – signifiait sans doute que John était coutumier de ce genre de visites, ce qui n’avait rien de rassurant. Mais Susan était trop enchantée et trop épanouie – bien plus en réalité qu’elle ne l’avait été depuis des années, si cela lui était jamais arrivé – pour laisser quoi que ce soit lui gâcher son bonheur. Elle se renversa en arrière et s’étira.

— Tu devrais t’habiller, dit John en boutonnant son pantalon au pied du lit. Je dîne en ville ce soir et tu dois sûrement rentrer pour te changer.

— Est-ce vraiment nécessaire ?

Susan se redressa dans le lit. Ses cheveux roux bouclaient sur ses épaules blanches. Elle se mordit la lèvre inférieure et leva les yeux sur John. Dans cette posture, elle était vraiment irrésistible, et elle le savait. John vint s’asseoir à côté d’elle et fit descendre son doigt le long de son cou, puis dessina la courbe de son omoplate, pendant que Susan fermait les yeux. Il lui prit le menton et l’embrassa.

Quelle découverte que celle de Susan Trenchard ! Leur rencontre à la réception de sa tante avait été totalement fortuite, or la jeune femme se révélait être l’une des plus délicieuses surprises de la saison. À n’en pas douter, elle pourrait le distraire plusieurs semaines.

Il devrait remercier Speer, la femme de chambre de Susan, d’avoir facilité leur aventure. Cette femme revêche s’était avérée une excellente complice dans la séduction de sa maîtresse. Quoique Susan n’avait pas eu besoin de beaucoup d’encouragements, surtout avec un homme aussi rompu aux plaisirs de la chair que John. Il avait toujours su repérer les femmes prêtes à s’abandonner. L’ennui et le désintérêt de Susan pour son mari lui avaient paru manifestes dès leur premier échange à la réception des Brockenhurst. Tout ce qu’il avait eu à faire, c’était la flatter un peu, lui dire combien elle était ravissante, faire semblant de s’intéresser à ses opinions et, lentement mais sûrement, il la ravirait au sinistre Oliver Trenchard. Tout bien réfléchi, les femmes sont des créatures très simples, songeait-il à présent en plongeant dans les yeux bleu pâle de sa compagne. Elles pouvaient frémir d’indécision, feindre le choc et la consternation à la simple idée d’une inconvenance, mais ce n’était en réalité que les postures affectées que l’on attendait d’elles. Dès que Susan avait ri à ses plaisanteries, il avait su qu’il obtiendrait d’elle tout ce qu’il désirait.

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