Filigrane

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C'est un puzzle, un puzzle à sept voix : sept femmes, Audrey, Ana, Claude, Violette, China, Joy et Patty nous confient tour à tour leur histoire d'amour. Elles racontent l'homme qui les a fait tellement rêver, qu'elles ont aimé avec passion, pour lequel elles ont tout donné. Le grand amour, oui, elles y ont cru. L'homme idéal ? Oui, elles l'ont rencontré. Cet homme magnifique, cet amant flamboyant s'appelle Maximilien. C'est de lui et de lui seul que parlent Audrey, Ana, Claude, Violette, China, Joy et Patty. Un homme et sept femmes... Un homme en filigrane que l'on ne voit jamais, que l'on entend à peine. Qui est-il : un amoureux sincère ? un joueur pervers ? un manipulateur ? Composant toutes les sept une vibrante palette des émotions amoureuses, elles parlent de leurs stratégies, analysent leur comportement, évoquent leurs rivales et démontent les erreurs, se jurent de gagner la bataille. Ensemble, elles dessinent un tableau impitoyable des pièges de l'amour et dressent un terrible portrait en négatif d'un prédateur.






AudreyJe me suis sentie prise dans un étau. Suffocant. Les jours se sont suivis, tous pareils. Aucune de mes initiatives pour le faire changer d'avis n'a fonctionné. Il trouvait toujours une parade. Instantanément. Campait sur ses positions. M'opposait une immobilité de souche bien enracinée. Ne bougeait pas d'un poil. Inaccessible et obstiné. Je me sentais pathétique. Je grillais cigarette sur cigarette. Il n'y avait plus d'air dans mes poumons. Je passais du rire aux larmes, des menaces aux câlins, sans résultat. Il se répétait. Immuable."Je te promets que ça ne va rien changer entre nous."AnaJe souffrais, mais je ne savais pas quels mots mettre sur cette douleur inconnue. Jalousie? Mais de quoi? Pouvais-je être jalouse de gens que j'aimais et qui m'aimaient? Ils ne faisaient rien contre moi, ils le faisaient pour eux, et je ne voyais pas au nom de quoi j'aurais empiété sur leur liberté d'agir à leur guise. Les aimais-je moins? Non, je n'avais pas cette sensation. C'est bien parce que je les aimais beaucoup l'un et l'autre que je me sentais le cœur lacéré. Me devaient-ils quelque chose au prétexte que moi je les aimais? Non, aimer ne donne pas de droits sur autrui. Me volait-on quelque chose? Non, puisque cette relation se faisait en dehors de moi. En vérité, elle ne me concernait pas. Et Maximilien ne m'assurait-il pas que cela ne changeait rien entre nous, que je gardais la même place dans son cœur, la première, inaliénable? ClaudeDemandé à Maximilien de mettre du baume sur mes courbatures. Du baume chauffant. Je portais un grand tee-shirt très fin, avec rien en dessous. Je lui ai montré l'arrière de ma cuisse, là où c'était censé me faire mal. Il s'est mis à l'ouvrage, en me racontant des histoires de froissement musculaire qui lui étaient arrivées quand il jouait au rugby. Je m'en foutais, je n'écoutais pas, je savourais les sensations. Je me sentais toute chose. Je me suis retournée, genre: là, t'as rien mis. Un mouvement assez vif pour que mon tee-shirt remonte. Et offre une perspective. J'ai fait mine de me rajuster, avec toute la maladresse possible. Une fraction de seconde de vue imprenable sur mon désir. Il est rare qu'un homme résiste à ce genre de manœuvre. Surtout exécutée les yeux baissés. Il n'a rien laissé paraître. A cessé de parler. Rebouché le tube de baume. Est sorti de la chambre. La chambre d'amis. VioletteLe lendemain soir, on recommence. Dîner, danser, dépenser sans compter. La vraie vie. Cette fois, il ne me lâche pas d'un millimètre. On danse collé serré. Il bouge comme un Blanc, se donne du mal, c'est mignon. Je lis dans les yeux des autres que j'ai marqué un énorme point. Il couche chez moi ce soir-là. Je lui montre en y mettant tout mon cœur ce que sait faire une Antillaise amoureuse. Apparemment, il saisit le message. Toute la semaine il m'emmène dans tous ces endroits où on m'a toisée, méprisée. Moi, à son bras, je suis la reine de Saba. Il m'achète des robes, une montre à double cadran avec l'heure de Paris, m'offre un tableau pour le mur nu de ma chambre et des jouets pour mon fils. Et surtout, surtout, il me fait parader à travers toute l'île. J'ai un solide appétit, j'essaie tous les restaurants, je mange comme quatre, je me gave de foie gras et de langouste. Mais ce qui me nourrit le plus, c'est l'attitude des gens. On me fait des courbettes. Des sourires. Je tiens ma revanche. Une semaine féerique. ChinaC'était comme je l'avais imaginé. Idyllique. Maximilien savait tout faire. Des feux sans allumettes. Des vraies cabanes. Des flûtes avec des roseaux. Rendre les musées amusants. Trouver des plages désertes. Chanter des dizaines de chansons idiotes qu'on reprenait à plusieurs voix. Et aussi me cueillir des fleurs. Déboucher une bouteille en pleine nature pour boire à nos amours. Rester le plus attentionné des amoureux. Graver des souvenirs pour la vie. Je l'aimais plus que tout. Non, pas plus que les petits. Je l'aimais plus que tous les êtres humains que je n'avais pas fabriqués moi-même. PattyFin de la partie. J'avais gagné. Touché le but. Ana était out. Et moi, number one. Ma victoire marchait à mon bras. Geôlier ou Chevalier? Prince ou crapaud? Nirvana ou Alcatraz? Hard to tell. Et sans importance. Puisque j'allais le quitter. Enorme défi. Je savais qu'avec Maximilien on ne s'échappe pas. On prend perpète. Il me fallait maintenant réussir mon évasion. Fly away. Un nouveau jeu. J'allais encore gagner. Je gagne toujours. Nous sommes sortis de la salle en catimini.






Publié le : jeudi 8 décembre 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782221117620
Nombre de pages : 222
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