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Flambée d'automne

De
233 pages
Alain Jordin, ingénieur en robotique, Titulaire d'un grand nombre de Brevets vit très aisément mais simplement dans un grand domaine pas très loin de Paris. Il est célibataire après plusieurs déceptions sentimentales. Françoise est une employée comptable et a de sérieux problèmes avec son mari. Elle se retrouve par hasard dans la propriété d' Alain. Un grand amour va naître entre eux. Voyages somptueux à travers la planète, sorties dans le grand monde, le couple est heureux. L'attrait de l'argent, la soif de responsabilité et de pouvoir vont déstabiliser le couple et le placer en déséquilibre. Des événements entachent le grand amour et les relations.
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Flambée d'automne





ROMAN









Éditions Le Manuscrit














© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
communication@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-7195-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748171952 (livre numérique)
ISBN : 2-7481-7194-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748171945 (livre imprimé)








CHAPITRE 1


L'homme est à son bureau, c'est Monsieur Laurent
Légueré. Le téléphone sonne, il décroche, et soudain
change de visage, il devient souriant, les yeux pétillants
et prend un ton charmeur, chaleureux et enjôleur pour
répondre. Bien qu'il soit tout seul dans le bureau,
machinalement, il se retourne comme pour dissimuler
sa conversation à des regards indiscrets. Après avoir
raccroché, un peu excité, il fait quelques pas dans le
bureau puis se déplace dans le bureau voisin pour voir
son collègue de travail. Il s'approche de lui pour lui
parler d'une façon confidentielle.
– Je dois passer le prochain week-end avec Carole
dans une petite auberge de campagne, tu pourras me
couvrir auprès de Françoise, ma femme ne va pas
vouloir me croire si je trouve une excuse pour tout le
week-end, tu la connais, elle est susceptible.
– Non, je connais Françoise, elle n'est pas dupe, et
chaque fois que je te couvre pour une raison ou pour
une autre, elle s'en rend compte et après elle m'en veut.
Je ne veux plus avoir de problème ; j'en ai assez, tu
m'entraînes toujours dans des combines
invraisemblables. Déjà la dernière fois je t'avais prévenu,
il n'est pas question que je recommence.
9
– Ecoute-moi Paul, c'est la dernière fois que je te
demande un service, tu ne peux pas me le refuser, sois
sympathique.
– C'est chaque fois la même chose ; pour me faire
traiter par ta femme de tous les noms, merci d'avance.
– Bon je me débrouillerai tout seul, mais ne viens pas
me demander quelque chose, tu n'es plus un copain.
Laurent très mécontent retourne à son bureau. Ce
soir il devra mentir à sa femme ; mais le mensonge n'est
il pas le propre d'un commercial, mentir à travers une
publicité, à travers un marketing, mentir sur la qualité
d'un produit, sur les délais de livraison, sur les prix
pratiqués. Mais Laurent ne peut pas renoncer à une
conquête, cela aussi fait partie de son univers, conquête
de clients, de territoire, il est difficile d'altérer cette soif,
et elle se porte même à des conquêtes sentimentales en
sachant très bien qu'elles n'auront aucune suite, qu'elles
ne sont qu'une passade temporaire, mais comme pour
sa liste de clients, cela fait partie de sa gloire. Bien sûr il
aime sa femme, mais elle lui est acquise, et en raison du
mariage, des crédits en cours, il est certain que cet
amour est indestructible. Il y aura bien une discussion
de mise au point, mais cela rentre dans le jeu, ce n'est
qu'une question d'habitude. Laurent est un homme de
quarante ans, tempes grisonnantes, un peu bedonnant,
embonpoint camouflé par une taille confortable. Il est
bien habillé comme généralement tous les commerciaux
susceptibles de rencontrer des clients. Il se sent
invulnérable, considérant que l'entreprise vit grâce à lui,
aux affaires qu'il fait, au réseau de clientèle qu'il a sur
son carnet d'adresses.
– Pour demain soir, tu me prépareras mon sac de
voyage avec mes affaires, j'ai un séminaire d'Entreprise
10

d'action de vente organisé par la direction. Ce n'est pas
la peine d'y mettre de grandes tenues, j'irai en
décontracté. Je ne voulais pas y aller mais ma prime est
en jeu et je ne peux pas me permettre de prendre de tels
risques.
– Tu me prends pour une idiote, on ne décide pas
d'un séminaire du jour au lendemain, c'est prévu à
l'avance.
– C'est ce que j'ai dit à la direction, ils m'ont répondu
que c'était en raison des mauvais résultats trimestriels.
– Tu m'avais dit que tes ventes étaient largement
satisfaisantes et maintenant c'est le contraire. C'est quoi
encore cette histoire que tu veux me faire avaler ?
– Les miens sont bons, ce n'est pas le cas de tout le
monde, c'est la raison pour laquelle je ne voulais pas y
participer, mais la direction a soutenu que ma présence
était indispensable.
Françoise est une femme de trente six ans, attirante,
avec beaucoup de charme, mais il ne faut pas trop lui
raconter d'histoires invraisemblables. Elle est secrétaire
comptable dans une société et si elle sait dénoncer
certains abus du personnel, elle sait aussi savoir se taire ;
se taire sur les bilans financiers, se taire sur des prises de
bénéfices exorbitantes, ou sur des dépenses injustifiées
de la part de la direction ; se taire aussi sur les salaires
qui ne reflètent pas toujours une réalité de savoir et de
dévouement. Elle n'est pas convaincue du mensonge de
son mari, un séminaire se prépare à l'avance, réservation
des chambres d'hôtel et de restaurant, préparation du
programme avec exposés, questions, réponses,
situations comptables et financières, composition des
dossiers de consultation.
11
Comme la fin de semaine arrive vite après la soirée
triste entre Alain et Françoise, lui soutenant avec force
son désir d'escapade, elle non, convaincue restant dans
un mutisme contrôlé.
– As-tu préparé mon sac de voyage ?
– Oui le tien et le mien, car je viens avec toi ;
j'aimerais bien voir ton séminaire. J'ai téléphoné à Paul
aujourd'hui, il m'a dit ne pas être au courant de ce
séminaire…
– Lui, il fait partie des études techniques, c'est normal
qu'il ne soit pas convoqué, c'est un séminaire d'action
commerciale, quant à toi tu n'es pas prévue, la direction
n'invite pas les familles, uniquement les gens concernés.
– Oui et alors, je peux me payer moi-même une
chambre et le restaurant. Je te verrai la nuit, ce sera
suffisant, je n'en demande pas plus. La journée, je ferai
du tourisme, je ne sors pas souvent.
– Il n'en est pas question, tu vas rester là, ou aller
voir ta mère si tu le désires mais tu ne peux pas venir
avec moi en aucun cas.
– Mais c'est ce que nous allons voir, je ne vais pas me
laisser faire toute la vie. Il ne faut pas rêver. Françoise se
saisit des deux sacs de voyage. Celui-là est le tien, en lui
tendant l'un des deux bagages.
Carole devant se rendre à l'auberge par ses propres
moyens, Laurent laisse monter sa femme dans la
voiture ; il la déposera dans un hôtel bien avant son
rendez vous et ne la reprendra qu'au retour, étant donné
qu'elle se refuse à rester à la maison comme il l'avait
prévu dans ses plans. Cette contrariété l'a rendu
taciturne, et les premiers temps du voyage sont plutôt
sombres. La situation délicate dans laquelle l'avait placé
Françoise lui était très déplaisante et tout en conduisant
12

il cherche une façon élégante de se débarrasser d'elle.
Paul aurait pu le couvrir, il l'avait déjà fait et la tournure
des événements le met dans une colère sourde, qui
évolue rapidement au fil du temps. Françoise, elle, est
sereine, elle sait très bien que le séminaire de son mari
n'est qu'un prétexte, elle veut déjouer ses projets, voir
par qu'elle galipette il va s'en sortir et connaître la vérité
qu'il lui cache depuis longtemps, car il n'en est pas à son
premier mensonge. Laurent brise le silence qui s'est
installé.
– Tu vas t'ennuyer tout le week-end, mais tu l'auras
voulu. La direction ayant retenu tout l'hôtel, il faut
trouver une autre chambre dans les environs.
– Pas trop loin pour que je puisse te rejoindre le soir.
– Non, c'est moi qui te rejoindrai. Il ne faut pas que
tu rencontres quelqu'un de la direction. Je ne veux pas
risquer une dénotation pour tes caprices.
– Pourquoi ? Tu as honte de moi ?
– Non mais je ne veux pas risquer ma prime, je crois
qu'il y a la présentation d'un nouveau produit. Etre le
premier commercial à le développer pour avoir le poste
de responsable des ventes.
Son ton est dur, saccadé, nerveux, sans conviction
réelle, et Françoise le connaissant parfaitement, le sent
bien et est consciente que tout cela sonne faux comme
un tambour percé, mais elle est déterminée à aller
jusqu'au bout de son incursion. La recherche d'une
chambre est totalement infructueuse, il fallait réserver
avant et la perte de temps agace sérieusement Laurent
qui surveille discrètement sa montre, en pensant au
retard qu'il aura au rendez-vous avec Carole. Soudain
Laurent vire sur une route départementale et, excédé
par la présence de sa femme, arrête sa voiture.
13
– Bon, descends maintenant et débrouille-toi toute
seule.
– Non, il n'en est pas question, j'irai jusqu'au bout, je
ne crois pas en ton séminaire, tu ne te débarrasseras pas
si facilement de moi.
– Après tout, c'est ce que nous allons voir.
Laurent sort brusquement de sa voiture, ouvre le
coffre, se saisit du sac de Françoise et va le jeter dans les
fourrés. A son retour Françoise s'est dressée devant lui,
lui barrant le passage.
– Tu vas aller tout de suite ramasser mon sac, ça va
aller mal.
– Non, débrouille-toi toute seule. J'en ai assez de te
trimballer comme cela.
– Tu me prends pour une idiote, je veux simplement
contrôler ton soit disant séminaire. Je n'y crois pas.
Le ton monte de plus en plus et la conversation
s'anime rapidement pour en arriver aux insultes
verbales. Soudain Laurent devient violent, et frappe sa
femme d'une façon incontrôlée à plusieurs reprises au
visage puis à coups de pieds alors qu'elle est à terre. Elle
finit par s'écrouler abasourdie près de son sac.
Lorsqu'elle reprend connaissance, son mari est parti
depuis longtemps, il fait nuit et c'est la fraîcheur qui l'a
peut être réveillée. Elle tente de se remémorer ce qui
c'est passé mais tout cela reste pour le moment un peu
flou, un peu vague. Elle sort son téléphone portable, le
regarde puis le remet dans sa poche. Appeler du
secours, elle ne sait pas dans qu'elle zone
départementale elle se trouve. Comment donner sa
position géographique ? Elle souffre d'une jambe, de la
poitrine et surtout du visage. Vaincue, elle s'enveloppe
dans sa veste et se résigne à passer la nuit dans ces
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fourrés pour attendre le jour et pouvoir se diriger, car
elle ne sait pas où elle se trouve. Les nuits d'automne
sont fraîches, la nuit a été blanche et c'est transie,
grelottante qu'elle regarde les premières lueurs du jour.
Elle pourra enfin aller chercher du secours. Soudain,
une voix d'homme la surprend.
– Que faites-vous ici, et que vous est il arrivé ?
– Rien, je voudrais savoir où se trouve la gare.
– Très loin, mais vous avez l'air d'avoir froid, vous
avez été agressée ? Venez boire un café, cela vous fera
du bien, je vous y amènerai après.
– Je veux bien, je vous remercie.
– Arriverez-vous à marcher, ou voulez-vous que
j'aille chercher ma voiture ?
– Si vous marchez doucement, je peux marcher.
L'homme se saisit du sac, elle se laisse péniblement
conduire jusqu'à une grande ferme située à environ huit
cent mètres. Le parcours s'effectue lentement, en
silence. L'homme ne pose pas de questions, parfois il
regarde son visage tuméfié comportant des ecchymoses,
et supporte un air de pitié lorsqu'il la voit boiter. Il la
fait rentrer directement dans une grande salle qui sert de
séjour et de cuisine.
Ses vêtements sont souillés de boue et de sang séché.
Elle reste debout.
– Installez-vous, je vais vous préparer un café.
– Merci.
Elle s'assoit à la grande table, et lui se met en devoir
de préparer le breuvage chaud. D'un placard il sort deux
grands bols, et la boîte de sucre. Le café prêt, il remplit
les deux bols d'une façon simple et rustique mais
chaleureuse, délaissant le protocole bourgeois puis,
s'installe en face d'elle.
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– Que vous est-il arrivé ? demande-t-il calmement.
– Je me suis battue avec mon mari.
– Il vous a bien arrangée. Qu’allez vous faire
maintenant ?
– Je vais rentrer chez moi pour me reposer.
– A quelle heure est votre train ?
– Je ne sais pas, je ne sais même pas où je suis.
Elle a du mal à parler et son bienfaiteur laisse de
grands silences dans la conversation. Au cours d'un de
ces silences elle s'endort, envahie par la chaleur
ambiante de la pièce. La nuit blanche refait surface.
– Vous pensez voyager dans cet état ? Voulez vous
vous reposer avant ?
– Vous êtes gentil, mais je ne veux pas vous
déranger.
– Non pas du tout, si je vous le propose…Vous
verrez, vous serez très bien.
– Je veux bien, si cela ne vous ennuie pas.
– Suivez-moi, si cela ne vous convient pas, vous
pourrez toujours refuser.
Il se lève, lui fait traverser un grand salon, ouvre une
porte donnant sur un escalier très long montant à
l'étage. La voyant monter avec difficulté, il s'arrête et lui
dit. – Vous n'avez vraiment pas l'air bien. Une fois que
vous serez installée, je vous appellerai un médecin, il ne
faut pas rester comme cela.
– Non, ça ira.
Il ouvre une porte donnant sur un studio totalement
indépendant pose son sac sur une étagère basse prévue
à cet effet.
– Voilà, vous êtes chez vous, vous avez une salle de
bain, vous pouvez vous installer, personne ne vous
dérangera à part le médecin. Bonne journée.
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Il se retire en lui laissant la clef sur la table de nuit.
Epuisée, elle se met directement au lit sans se soucier ni
du décor, ni du lieu où elle se trouve et de son
environnement. Elle est effectivement dérangée par le
médecin en fin de matinée et la journée restera d'un
calme surprenant.
17
18








CHAPITRE 2


Il est environ dix-sept heures lorsque Françoise se
réveille. Près d'elle, les médicaments que le docteur lui a
prescrits. Elle est dans un véritable studio meublé
aménagé, poutres apparentes, meubles rustiques,
télévision, les doubles rideaux sont assortis au dessus du
lit, le papier peint assez riche mais complètement dénué
de tout objet de décoration. La moquette est épaisse et
confortable. Il y a un coin cuisine, et une salle de bain
petite mais coquette. Elle va à la fenêtre. Celle-ci donne
sur la cour de la ferme. La cour pavée est entourée de
hangars, de réserves et autres bâtiments agricoles, d'une
petite maison et de l'habitation principale. Grande
bâtisse imposante qui domine l'ensemble. Au milieu de
la cour, une fontaine coule constamment dans une
grande auge en pierre. Au loin les champs s'étalent à
perte de vue. Les grands arbres qui s'alignent ont des
couleurs nuancées qui vont du jaune clair au rouge
pourpre, donnant à la nature une note de douceur. Dans
le lointain, on a l'impression d'un grand bouquet de
fleurs. Elle va à la porte. Celle-ci donne sur un couloir
désert, mais elle la referme doucement avant de faire
une inspection des placards. L'armoire contient du linge
de literie, l'élément de la cuisine un peu de vaisselle, le
19
strict minimum et celui de la salle de bain quelques
serviettes. Le reste est vide. Elle décide de prendre un
bain et de mettre une autre tenue ; puis allume le
téléviseur. Le silence l'impressionne un peu. Il lui donne
le sentiment d'avoir été complètement abandonnée. Elle
ne peut s'empêcher de se remémorer la mésaventure
avec son mari. Cette fois ci il a été un peu trop loin, il
avait dépassé les limites, et elle ne lui pardonnerait pas.
Les marques sur son visage lui sont insupportables. Elle
a du mal à respirer, sa jambe lui fait mal. Vers dix-neuf
heures on frappe à la porte. C'est son sauveur qui se
présente avec un plateau repas contenant un potage,
une viande grillée et une salade. Il est plus souriant.
– Ah ! Vous avez une meilleure mine, vous vous êtes
reposée. C'est mieux. Posant le plateau sur la table : je
vous ai apporté de quoi vous alimenter un peu. Puis-je
m'asseoir un peu afin que nous puissions faire
connaissance ?
– Mais vous êtes chez vous.
– Non, pas depuis que vous occupez les lieux.
– Mais je vous en prie.
– Si je suis un peu indiscret, dites-le moi, je m'appelle
Alain et vous ?
– Françoise.
– Vous n'êtes pas sortie aujourd'hui ?
– Non, j'avais peur de rencontrer quelqu'un et
comme je ne suis pas belle avec mes marques au visage,
j'aurais eu honte.
– Avez-vous trouvé vos médicaments ?
– Oui, je vous remercie.
– C'est Madeleine qui vous les a montés, moi je me
suis contenté d'aller à la pharmacie, je ne voulais pas
troubler votre sommeil.
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– Madeleine est votre femme ?
– Non, une employée de maison. Son mari est
l'homme à tout faire. Le week-end, ils sont libres.
Maintenant, nous ne sommes donc que tous les deux
ici. J'espère que les amis que j'ai reçus cet après-midi
n'ont pas fait trop de bruit. Autre chose, j'ai vu le
médecin, il m'a dit qu'il vous avait arrêtée pour un mois,
mais rassurez vous, bien qu'il soit un ami, il respecte le
secret professionnel. Vous pourrez rester là le temps
qu'il vous plaira.
– Je n'ai pas entendu vos amis, mais combien cela me
coûtera t’il ?
– Rien, vous êtes mon invitée. Que ce logement soit
vide ou occupé, cela ne change rien.
– Je vous remercie, mais vous ne louez pas un studio
pareil ?
– Non, trop de démarches administratives. Ils me
servent parfois pour recevoir. Pour votre séjour, c'est à
vous de voir, c'est comme il vous plaira. Ce matin vous
vouliez rentrer chez vous, ici vous avez trouvé un
domicile. Réfléchissez, vous me donnerez votre réponse
demain. Vous avez peut-être des enfants ?
– Non, mon mari voulait attendre.
– Ma question va vous paraître indiscrète, les femmes
n'aiment pas y répondre. Quel âge avez vous ?
– Trente-deux ans, et vous ?
–-six.
– D'où êtes vous ?
– De Paris.
– Ici vous en êtes loin.
Machinalement ils s'observent réciproquement et se
détaillent mutuellement. C'est une chose humaine et
tout à fait normale. Alain est un homme d'un mètre
21
soixante-quinze environ, cheveux bruns légèrement
frisés, yeux marron mais sans attrait particulier,
communs. Son corps est resté svelte. C'est dommage
qu'il soit mal habillé, un pantalon de velours qui a déjà
fait son temps et un pull ras du cou assez déformé qui
n'est pas de la dernière mode. Elle arrive à remarquer
que son col de chemise est élimé. Une chose est
pourtant surprenante pour un exploitant agricole. Ses
mains sont propres et douces au toucher. Elle a été
surprise en lui serrant la main pour lui dire bonsoir.
Bien qu'il soit de taille moyenne, il est pourtant plus
grand qu'elle. Elle a cheveux châtains demi longs
tombant sur ses épaules, son corps est bien
proportionné. Adolescente, elle a fait beaucoup de sport
et a gardé un corps sculpté par les exercices. Ses yeux
noisette sont clairs, très beaux dans leur rareté. Comme
beaucoup d'hommes, il remarque ses formes mais ne
distingue rien de sa tenue vestimentaire. Son visage
tuméfié, la douleur physique qu'elle peut ressentir, ne la
rendent pas attirante.
– Vous m'avez dit que c'est votre mari qui vous a
battue, cela lui arrive t’il souvent ?
– Cela lui était arrivé quelquefois mais jamais à ce
point là. Cette fois il a dépassé les bornes, tout cela pour
une autre femme, j'en suis convaincue car ses
mensonges ne tiennent pas debout.
– Oui, bien sûr. En attendant n'oubliez pas de vous
alimenter pour reprendre des forces, vous avez toute la
nuit pour prendre une décision. Demain matin j'espère
que vous descendrez prendre votre petit déjeuner et
votre repas en bas avec moi, et ceci pour deux raisons,
la première est que je n'aime pas manger seul, la
seconde est que je n'ai pas le personnel voulu pour vous
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servir à domicile. Je vous souhaite une bonne soirée. Il
la salue cordialement et s'efface.
Elle consomme son plateau en laissant ses pensées se
disperser. D'abord son mari qui la brutalise et
l'abandonne lamentablement, et Alain cet homme, qui
surgit dans sa vie, lui tend la main, lui offre gîte et
couvert sans rien lui demander ; en étant accueillant
mais sans exigence, que voulait 'il ? Qu'avait-il derrière
la tête ? Son action aurait pu se limiter à la conduire à
l'hôpital ou à un centre de secours quelconque, mais il
agit envers elle en grand protecteur, comme si c'était
tout à fait normal d'accueillir quelqu'un sans le
connaître, sans lui demander qui il est, d'où il vient, ce
qu'il fait ? Sa générosité est digne de soupçon. Elle
devra être méfiante. Demain elle se tiendra sur ses
gardes, distante.
Ce premier matin pour la première fois elle sort de
son logement avec prudence, car comme lui a demandé
Alain, elle doit aller prendre son petit déjeuner dans la
grande salle. Elle descend l'escalier et ouvrant la porte
en face d'elle, se retrouve dehors dans la cour. Se
remémorant son arrivée, c'est donc par la porte
principale qu'elle fait son entrée. Alain est assis à la
grande table, il lit son journal. A sa vue il arrête sa
lecture et la reçoit avec un grand sourire.
– Ah ! Bonjour Françoise, comment allez vous ce
matin ? La regardant : « Vos plaies ont l'air d'aller mieux
aujourd'hui ».
– Ca va bien, je vous remercie. J'ai du mal à respirer,
et vous Monsieur ?
– Je vais bien, mais je m'appelle Alain. Installez vous,
le café est encore chaud je vais vous servir. Il se lève.
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