Flocons de liberté

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« Je suis restée cette enfant qui suit son étoile éprise de liberté »

écrit Sabah au premier chapitre de son parcours initiatique. Un itinéraire de vie qui façonne l’être, au gré de rencontres ordinaires et de situations vécues au quotidien : pas de coups d’éclat. C’est la liberté du cœur, de la pensée, puis de l’être tout entier qui se construit au fil des jours. Cette liberté d’abord acquise intérieurement, transfigure par touches successives.

Parsemés de flocons de neige, comme s’il fallait d’abord apaiser le monde, les textes de Sabah nous donnent de nous ouvrir avec sérénité à la liberté. Résolument mais sans violence ; la liberté se conjugue avec l’amour qui donne courage, la bonté et le beau, l’humilité et la clairvoyance… La liberté, comme une terre promise, pour devenir soi-même en plénitude.

Un livre pour faire chanter la vie !


Jean-Claude Bonnemère, Rédacteur en chef de La Vie quercynoise


Publié le : dimanche 1 janvier 2012
Lecture(s) : 55
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782746643727
Nombre de pages : non-communiqué
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L’ÉTOILE
Notre étoile est en nous, et de nous, il dépend qu’elle soit bonne ou mauvaise. CHARLESBEAUDOINDès l’âge de dix ans, j’ai commencé à écrire pour rêver, pour m’évader dans des mondes merveilleux et j’ai ima-giné ce petit récit que j’ai gardé jusqu’à ce jour. Il neige, le sol blanchit de plus en plus, le tapis blanc apporte sérénité, nostalgie. Les enfants sortent pour jouer, ils sont heureux. La neige se fait épaisse, le tapis plus moelleux. Les rires fusent de tous les coins du village, le soir déploie son manteau bleu nuit. Ce contraste de blanc, de bleu foncé semble arrêter le temps, puis soudain les étoiles diffusèrent dans le ciel une lumière incroyable. Une étoile se détacha des autres et sembla tomber du ciel. Un enfant ouvrit ses mains et victorieux la recueillit comme un don. Il pouvait la lancer comme une balle. Dès qu’elle s’élevait, elle inscrivait un mot, le premier fut courage. Puis elle revenait se lover dans les mains de son destinataire pour le réchauffer. Les autres enfants regardaient ce spectacle, incrédules, fascinés. Eux aussi aimeraient avoir leur chance et saisir
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une étoile. Ils tendent leurs mains ouvertes. Comme par magie une pluie d’étoiles saupoudre les paumes offertes. Elles portent toutes un message personnel : fraîcheur, amitié, bonté, douceur, affection, espoir. Les étoiles ne tombaient pas au hasard mais dans une direction bien précise. Chaque enfant semblait comme baigné d’un bonheur intense à la réception de l’illustre étoile. Seule une enfant, une petite fille du village, pa-raissait déçue. Elle ne comprenait rien. Elle n’avait rien. Elle courait partout, éperdue, dans tous les sens, en ouvrant ses mains mais le ciel restait insensible. – Étoile, belle étoile où es-tu ? murmurait-elle, age-nouillée dans la neige. Le froid pourtant mordant ne l’atteignait pas, les gants rangés dans la poche, les mains tendues vers le ciel, son regard suppliait le ciel de penser à elle. Pourquoi elle seule demeurait-elle sans rien ? Tous les enfants regagnèrent leur maison, en dansant, en chantant, émerveillés par ce qui venait de se passer. Avant de rentrer chez eux, ils accrochaient tous leur étoile sur le sapin le plus vieux de la place du village. C’était un sapin imposant, majestueux aux bras gracieux. Les enfants étaient tous très heureux, les mots qu’ils avaient lus avaient atteint leur cœur et réchauffé leur âme. C’était un phénomène surnaturel, extraordinaire. Seule une petite fille semblait exclue des festivités. – Pourquoi ?
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– Pourquoi quoi ma petite fille, lui demanda sa maman, que fais-tu par terre par ce froid, hors de ton lit sur ce tapis de laine ? – Maman, répondit la petite fille, je viens de faire un drôle de rêve. Mais l’enfant ne voulait le raconter à personne. Ses explications s’arrêtèrent là. Ce rêve l’avait chamboulée. Les jours passèrent ainsi, Noël approchait à grand pas. Elle s’amusait encore à scruter le ciel mais aucune étoile ne tombait dans ses mains, aucun message. Il est des secrets que l’on ne peut pas percer. Aujourd’hui, c’est Noël ! La joie et l’enthousiasme sont partout. – Au fait ! dit la maman, j’ai oublié de te donner un paquet que tu as reçu hier, on ne sait pas qui te l’a envoyé, un étourdi sûrement car le nom de l’expéditeur n’y figure pas. La petite fille ouvrit son paquet, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle en sortit la plus belle des étoiles. Tout autour en fil d’or le mot liberté brillait de mille feux. Je suis restée cette enfant qui suit son étoile éprise de LIBERTÉ.
LA BOÎTE DE PEINTURE
La peinture est une poésie qui se voit au lieu de se sentir et la poésie est une peinture qui se sent au lieu de se voir. LÉONARD DEVINCIÉtant petite fille, pendant longtemps, tous les soirs je faisais le même rêve : mélange d’imaginaire et de réalité. En quittant un pays pour un autre, je remarquais que les couleurs avaient disparu. Je me voyais dans l’aéroport en compagnie de ma courageuse maman, de mes frères et sœurs encore bien jeunes. Au revoir Maroc de lumière, de soleil, au revoir visages enrubannés, au revoir fontaines volubiles et mélodieuses, au revoir parfums, épices enivrants. Mais quel bonheur de retrouver papa ! Le seul vrai nuage fut de voir ma grand-mère secouer son mouchoir, murmurer des mots d’amour. De ses yeux verts se déversait un lagon de tendresse infinie. Elle voyait partir son unique fille et ses petits-enfants. Cette tristesse inondait tout mon cœur, les évènements historiques nous entraînaient vers une destination aux échos des droits de l’Homme. Enfant, je ne comprenais rien à cette situation, je faisais confiance.
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Arrivée en France après les joies des retrouvailles avec mon papa, je décidai de visiter notre nouveau domicile et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je m’aperçus que les mosaïques colorées et chatoyantes avaient fugué. Mais où étaient-elles passées, elles ne brillaient plus, boudaient-elles aussi ? Dans le plus grand secret, je décidai de résoudre ce mystère. Les tapisseries fanées, les carreaux blancs ou gris m’intriguaient. C’était comme si les couleurs avaient fait le mur, peut-être un simple désir d’évasion puis elles reviendront sans doute encore plus belles. Malheureusement les jours se succédaient et les cou-leurs sur les murs ne revenaient pas. Quel tour avaient-elles décidé de me jouer ? Je me promettais qu’elles n’auraient pas le dernier mot. Plus que jamais décidée à mener à terme mon enquête et à la réussir. Je cherchais dans les placards, dans les commodes, sous les lits, dans le four, dans la machine à laver, non décidément je ne voyais rien. Le mystère s’épais-sissait. Impossible de rester ainsi, j’ai besoin de couleur comme d’air pour vivre ! Je scrutais les murs avec atten-tion. J’imaginais les couleurs originelles, rouge, orange, jaune, vert, les courbes et les volutes, les arabesques. Soudain comme par magie elles étaient là, lumineuses, mais en m’approchant je les voyais fondre comme neige au soleil et dégouliner le long des murs. De nouveau elles s’échappaient. Je décidai fermement de les retenir, je posai des seaux partout, mais hardies elles les remplissaient et s’enfuyaient en serpentant sur le sol comme des guir-
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landes sinueuses, se croisant de temps en temps pour changer de couleur. Je m’aperçus enfin qu’elles se diri-geaient toutes dans la même direction de plus en plus vite. Je pensai ne jamais pouvoir les retenir. Je me mis à pleurer à chaudes larmes. C’est seulement à ce moment-là que je constatai qu’elles avaient arrêté leur course folle. Je les vis se faufiler, grimper sur le bureau de mon frère et regagner chacune leur place dans la superbe boîte de peinture qui trônait majestueusement. Je compris à cet instant que j’avais gagné. Elles s’étaient cachées là, cha-cune dans son godet pendant tout ce temps. Je saisis le pinceau, j’entrepris de repeindre, de fleurir le mur : du rouge par-ci, du bleu par-là… Enfin mes couleurs accep-taient leur nouvelle toile, elles chantaient, elles aussi avaient pris l’avion. Je sus alors qu’elles avaient voyagé avec moi dans cette petite boîte pour se faire discrètes et c’est immanqua-blement à ce moment précis que je me réveillais rassurée. Depuis ce jour-là, elles ne m’ont jamais quittée dans tous mes déplacements, elles m’offrent la vie et la LIBERTÉde rêver.
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