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Fou-Bar

De
237 pages
• Le premier roman d'un jeune auteur de Québec.
• Une critique sociale et un certain portrait des jeunes de 30 ans.
• Un style jeune et un récit léger qui plaira aux 25-45 ans.
• Un récit urbain où dérision et humour font bon ménage.
Tout peut commencer par cette question: le crime a-t-il un rapport secret avec l'amour? À trente ans, Harold Lubie et Nadine Pilon le pensent quand ils violent les demeures de la bonne ville de Québec. Pourtant, s'ils conjuguent ainsi la rapine et la baise, c'est aussi pour mener leur combat.
«Sus à la classe moyenne!», se dit Harold, quand ils attaquent les réfugiés de la banlieue et autres petits bourgeois qu'il voit comme des égoïstes, des irresponsables. Ne faut-il pas soulager de leurs «bébelles» ces adeptes de la consommation tranquille?...
Sera-ce donc la guerre entre la génération X et les baby-boomers?
Non, parce que ce roman léger est finalement l'histoire d'un couple en formation. Où s'en vont donc Nadine et Harold, les floués de l'époque? Comment être heureux quand la bande des amis du Fou-bar ne suffit plus?
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Extrait de la publicationExtrait de la publicationAlain Beaulieu
Fou-Bar
r oman
ÉDITIONS QUÉBEC/AMÉRIQUE
425, RUE SAINT-JEAN-BAPTISTE, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2Y 2Z7 (514) 393-1450
Extrait de la publicationExtrait de la publicationAlain Beaulieu
Fou-Bar
r oman
ÉDITIONS QUÉBEC AMÉRIQUE
e329, rue de la Commune O., 3 étage, Montréal (Québec) H2Y 2E1 (514) 499-3000
Extrait de la publicationDonnées de catalogage avant publication (Canada)
Beaulieu, Alain, 1962 –
Fou-Bar
(Littérature)
ISBN 978-2-8903-7897-1 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-1375-3 (PDF)
ISBN 978-2-7644-1725-6 (EPUB)
I. Titre. II. Collection : Littérature (Éditions Québec/Amérique).
PS8553.E2217F68 1997 C843’.54 C97-940113-5
PS9553.E2217F68 1997
PQ3919.2.B42F68 1997
Les Éditions Québec/Amérique bénéficient du programme de
subvention globale du Conseil des Arts du Canada.
Tous droits de traduction, de reproduction
et d’adaptation réservés
© 1997 Éditions Québec/Amérique inc.
erDépôt légal : 1 trimestre 1997
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
Mise en page : Julie Dubucpour Chantale, Évelyne et Gabriel
et contre le lourd silence de ma tendre Florence
Extrait de la publicationExtrait de la publicationMerci à Carl Gallant
pour sa patience, sa science
et son indéfectible appui.
Extrait de la publicationExtrait de la publicationChez moi, tout crime a des
correspondances secrètes avec
l’amour.
Octave Mirbeau
Extrait de la publicationC HAP ITRE
1
Pour une glace à la vanille
Au départ, il n’y a rien, que le bleu fade du ciel
audessus du plateau de la haute ville où se perd mon regard
distrait. Puis une volée de pigeons plonge vers les
soubassements de la rue Lavigueur pour se presser dans les
fêlures du cap.
À cette heure du jour où le soleil pointe lentement
vers son zénith, la ville reprend son souffle. Les
fonctionnaires fonctionnent, les gens d’affaires s’affairent et
les secrétaires sécrètent... Tout baigne dans la brise humide
de cette fin d’avril où percent déjà des parfums estivaux.
Assis devant les cascades de l’Espace Saint-Roch, je
guette les premières pousses du jardin. Au loin, les
hautparleurs de l’Îlot fleuri crachent l’Adagio d’Albinoni et
je pense à ce violoncelliste de Sarajevo qui, chaque matin,
l’entamait avec défi à la terrasse d’un bistro sous le
sifflement menaçant des obus.
Tout est pourtant si calme ici.
Inauguré en grande pompe par la coterie des huiles
de la ville, ce parc devait servir de pierre angulaire à la
relance du quartier, un secteur triste, passablement
abîmé. Comme pour tout ce qui fut édifié dans cette partie
de la cité, ce que les experts avaient planifié ne s’est jamais
concrétisé. Une fois la noirceur tombée, plus personne
Extrait de la publicationn’ose déambuler dans ce square sombre décrété «zone
sinistrée».
À l’image de mon pays, ma ville s’est développée un
peu n’importe comment et, seul au centre de ce trou
immense, je reçois l’Adagio comme la complainte des
sans-emploi qu’on a chassés du quartier sous prétexte
de le revamper. Aujourd’hui, l’échec est consommé. Les
plans de relance des urbanistes s’effondrent les uns à la
suite des autres avant même que l’encre de leurs rapports
ait fini de sécher. En enfermant la belle rue Saint-Joseph
dans son sarcophage de ciment pour en faire un mail
sans fard et sans chaleur, on a cassé Saint-Roch en deux.
Et du pus continue de couler de la cicatrice infectée.
Fautil attribuer au seul hasard le fait que tous les acteurs de
cette jolie catastrophe habitaient alors la haute ville?
Je glisse un doigt sur les derniers mots de Pauline.
Une simple carte postale, quelques phrases griffonnées
à la hâte pour se donner bonne conscience. «
Température splendide. Les paysages sont magnifiques. Je te
souhaite un bel été. Grosses bises. Pauline.» Sur la photo,
Athènes et le Parthénon.
Je balance le carton qui, à la manière d’un
boomerang, revient se poser à mes pieds.
Pauline est partie, il y a un an, avec un Gilles des
Cantons-de-l’Est et aujourd’hui – enfin ! – je n’en éprouve
plus que de la nostalgie. Nous formions pourtant une
jolie paire, elle et moi. Je lui avais promis mon cœur,
mais j’étais dans le trèfle, car elle m’a mis sur le carreau
comme un vulgaire deux de pique.
Je ne lui en veux plus, suis passé à autre chose. Le temps
a eu raison de ma soif de vengeance. Peut-être le pardon
Extrait de la publicationn’est-il que la forme vertueuse de la résignation... Avec
ses arômes de terre humide, le printemps me ranime. À
la moindre occasion, je suis prêt à bondir, à prendre
mon envol vers un nouvel éden. Quand je roule ma
bosse dans les rues du Vieux-Québec, la peau glabre et
laiteuse des belles promeneuses sous le tissu léger de leurs
robes multicolores m’excite à en rougir.
Je regarde ma montre et siffle d’impatience. Balo est
en retard. Ce n’est pas nouveau, il s’en fait une fierté.
«La ponctualité est un caprice que tu peux pas encore
te payer ! » C’est sa façon de répliquer. Pour lui, tout
passe par l’argent et le pouvoir qu’il confère. Le reste
n’est que perte de temps et ne peut susciter que de vaines
illusions, comme si ce désir d’argent et de pouvoir n’était
pas lui-même d’une banale puérilité.
Je sors un élastique de la poche de mon pantalon
et noue mes cheveux longs et frisés pour qu’ils retombent
sur mon dos. Nerveux, je me lève et marche lentement
vers la rue de la Couronne. Je longe l’édifice qui jadis
abritait le journal Le Soleil et gagne le belvédère. Je
m’appuie contre le garde-fou et scrute la basse ville. Une série
d’immeubles aux fenêtres placardées témoignent du
massacre auquel nos élus sont capables de se livrer lorsque
le dollar leur chuchote des mots d’amour.
Entre deux pâtés de maisons, j’aperçois Balo. Il
marche d’un pas lent, les mains au fond des poches de
sa veste de cuir. Il a vieilli. Son corps a perdu de ce port
athlétique qui, il n’y a pas si longtemps, faisait encore
rêver les femmes. Bien qu’élevés dans le même quartier,
nous ne nous étions jamais fréquentés avant qu’au hasard
d’une sauterie chez un ami commun nous jetions lesbases de ce qui allait devenir une lucrative collaboration.
Balo connaissait beaucoup de monde et avait ses entrées
dans les milieux interlopes. Ses affaires progressaient
rapidement et il se plaignait d’un emploi du temps trop
chargé. Il se trouva que j’avais à l’époque besoin d’un peu
de fric pour me remettre d’aplomb. Balo m’offrit une
place au sein de son équipe. Prudent, je me proposai
plutôt comme «sous-traitant», lui garantissant une
première main sur le fruit de mes larcins. Le marché fut
conclu par une franche accolade. C’était il y a quatre
ans, un samedi soir d’avril où la lune était pleine...
Les yeux dissimulés derrière des verres fumés, il
s’arrête au centre du parc et pivote sur lui-même. Je siffle,
lui envoie la main. Il me montre son pouce, me fait signe
de descendre puis s’assoit sur un banc. Je le rejoins au
pas de course.
— Et puis ? demande-t-il sans préambule.
— J’ai deux Timex flambant neuves et une Rolex
sertie de petites pierres bleues qui...
— Tu les as sur toi ?
— Sûr! Tiens !
Balo examine les trois montres, surtout la Rolex, qui
brille sous le soleil.
— À part ça? fait-il en les glissant dans sa poche.
— Deux magnétoscopes, un 35 mm et un ampli Nad
super propre.
— Tu t’arrangeras avec Bob pour ces bebelles-là.
Moi, je m’occupe plus de ça. Des bijoux?
— Une boîte pleine : des bagues, des colliers, des...
— OK, je vais t’envoyer Charlie pour prendre ce
qu’il y a d’intéressant.
Extrait de la publication— Charlie O’Brien ? Tu travailles avec ce couteau-là ?
— Il a une dette envers moi et m’offre ses services pour
compenser.
— Tu prends des risques.
— Pas de danger! Je le tiens par les couilles!
m’assuret-il dans un éclat de rire.
Il glisse une main dans la poche intérieure de sa veste
puis compte les billets.
— Cent piastres pour les trois montres ! décrète-t-il
sans me regarder.
— Christ, Balo ! La Rolex vaut à peu près deux cents
douilles à elle seule.
— Cent vingt, dernière offre !
C’est toujours le même manège : il soustrait vingt
dollars de ce qu’il est vraiment prêt à offrir, m’oblige à
quémander et clôt la discussion avec un ultimatum.
— Cent cinquante, dis-je pour la forme.
— C’est cent vingt ou rien! Je sais que c’est pas
beaucoup, mais c’est déjà trop pour ce que ça vaut.
— C’est correct... Vendu !
— Si tu veux en faire plus, je te l’ai dit : j’ai plein de
petits contrats qui te rapporteraient bien davantage que
tes combines de gamin.
— Je m’organise très bien comme ça...
— C’est comme tu veux!
Il me passe les billets en me serrant la main et me
tourne le dos sans même me saluer.
Je le regarde s’éloigner et me dis qu’un jour je saurai
bien me passer de lui...
Extrait de la publication✦
J’ai connu Clovis Marcotte à l’époque où il sévissait
encore derrière le zinc du Fou-Bar, bistro-phare du
faubourg Saint-Jean-Baptiste. Grand et mince, des favoris
sur les tempes, les cheveux en broussaille, il avait la
réplique prompte et subtile. Son regard un peu fou,
distordu par le verre très épais de ses petites lunettes
rondes, lui attirait la sympathie générale. Il connaissait
par cœur tous les trucs du métier, savait rester poli devant
les trouble-fête, excellait dans l’art de calmer les esprits
échauffés par l’alcool. Il tenait son bar comme un
capitaine son bateau, et j’en étais devenu le plus solide pilier
depuis qu’il n’y avait plus personne pour réchauffer mon
lit. Nous nous sommes rapidement liés d’amitié et il
m’a initié à sa bande de francs fêtards, pour la plupart
waiters dans différents clubs de la ville.
Il y a deux jours, je les ai tous retrouvés à notre
repaire habituel. Au grand plaisir des habitués, Clovis
propageait avec superbe ses savoureux mots d’esprit. Le
geste large, la voix portante, il racontait comment il allait
révolutionner le petit monde des salles de spectacle et
de cinéma avec une invention de son cru dont il gardait
jalousement la recette, une sorte d’anti-parfum destiné
à masquer l’odeur de n’importe quelle eau de toilette
dont pourrait avoir abusé votre voisin-voisine d’un soir.
Légèrement en retrait, à peine distraits par les
élucubrations de notre Clovis, Le Richard et sa Johanse
de femme se tripotaient sans retenue pour célébrer la
jeunesse de leurs amours. Cheveux longs noués sur la
nuque, coiffé de son ineffable casquette des Dodgers,
Extrait de la publicationLe Richard exultait. Assise sur ses genoux, Johanse lui
mordillait les oreilles. Jolie valkyrie au visage juvénile,
les lèvres pulpeuses comme un fruit défendu, elle lui
pompait le cœur depuis maintenant deux mois. On ne
le voyait plus sans elle et il s’en trouvait plus d’une pour
le lui reprocher.
Ils étaient beaux à regarder, ces deux-là. Leurs yeux
rieurs nous gardaient tous en vie. N’étaient-ils pas la preuve
que l’amour peut renaître de n’importe quelle source
tarie ? Il suffit parfois d’un mot, d’un simple effleurement,
pour que le cœur accuse quelques joyeux ratés, s’emballe
sans prévenir et sonne la récréation. L’odorat s’émoustille
pour mieux discriminer les arômes salés de la sueur
amoureuse, le souffle s’accélère et gonfle les poumons,
le regard porte large, imbibé de couleurs, et l’esprit se
raffine pour que la raison, elle aussi, y trouve son profit.
Cette prime disposition de l’amour qu’on appelle passion
brûlait la chair affaiblie de nos deux amis et nous rêvions
tous secrètement de bientôt leur ressembler.
Accoudé au bar, l’oreille titillée par La Chanson du
vieux Sandy que poussait Michel Faubert sur les murs
de pierre grise, je me tenais loin de PB. Toujours trop
sérieux, jouant le mystérieux, il promenait son éternelle
barbe de trois jours au-dessus de son verre de bière rousse
en attendant que le temps lui creuse quelques rides
supplémentaires. Ancien militant marxiste-léniniste
aujourd’hui dégoûté de toutes les bouffonneries dont
nous abreuve la chose politique, PB passe ironiquement
ses journées derrière une caméra à filmer les débats de
notre Assemblée nationale. Un job assez bien rémunéré
pour qu’il puisse arroser ses soirées de bières importées.Guitariste accompli en manque d’un bon band, il chante
pour lui-même la lancinante complainte de l’artiste
incompris. La finesse de son humour sauve souvent la mise,
mais je préférai ce soir-là me coller à Lili, qui nous faisait
l’offrande de son rire franc et sonore, sa marque de
commerce, la forme la plus active de son inépuisable bonne
humeur.
Lili, c’est notre cicérone. Son charme et sa générosité
ne se trouvent pas d’ennemi. Avec son franc parler et son
oreille attentive, elle sait nous requinquer quand la déprime
semble vouloir en imposer. Barmaid et copropriétaire du
Fou-Bar, elle manie l’humour avec le savoir-vivre propre
aux âmes épanouies. C’est notre mère à tous; quand
approche l’heure de la fermeture, elle nous chante des
standards de jazz pour nous endormir, Summertime de
Gershwin, Goodbye Pork Pie Hat de Mingus, tout ça a
capella de sa voix chaude et ronde...
À l’heure du souper, étourdis par l’alcool, nous avons
arpenté la rue Saint-Jean, sans but et sans boussole, pour
nous dégourdir un peu.
Nous avons passé la soirée à boire et à chanter dans
les rues du Vieux-Québec parce que la vie coulait belle
dans la chaleur de mai.
Plus tard, au mitan de la nuit, une ancienne flamme
de Clovis rencontrée par hasard dans la rue du Trésor
s’est jointe à notre joyeuse équipée. Son corps léger et
plein d’entrain se mouvait avec une grâce toute féline.
Le visage effilé, la peau couleur de crème, elle avait fait
de ses cheveux roux une toque ébouriffée. Dans un
chemisier rose qui lui moulait les seins, elle parlait des étoiles
qu’elle connaissait par leur nom. Étendu sur l’herbe duExtrait de la publication

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