Fragmentation

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L’ histoire imaginaire d’un médecin malgré lui, entre névrose et interrogation. Il va connaître cette initiation à la vie grâce à ses malades : la vie, les souvenirs de guerre, l’amour, la mort, le deuil, les blessures d’enfance.

Il n’existe aucune solution à la fragmentation de la personne, dans la solitude. Les chemins de vie se croisent et quelquefois se fondent en une épissure. Les liens tissés entre nous évitent la chute.

Drôle, poétique, léger mais au-delà des apparences, sérieux.

Publié le : samedi 19 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954649115
Nombre de pages : 212
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Prologue
Quel est ce lieu secret, unique, oublié ? Reviennent quelquefois les souvenirs de ce sanctuaire… En lui, tout est simple, le bonheur y flotte dans la courbure de l’arc-en-ciel, tranquille dans une béatitude éthérée. Un bonheur fait d’une douceur dont l’homme devient, contre son gré, rapidement amnésique. Cette douceur d’un velours rosé palpite chante et berce. Ce tissu vivant est à la fois moi, elle et tout. Il se suffit et s’adapte sans se poser de question. Résonne cette musique, ce tam-tam lointain et régulier, le rythme de la vie. Mais les désirs qui nous grandissent, rendent un jour le monde trop petit. Stupeur et grondement transforment cette paix paradi-siaque, en peur : celle de mourir. Cet univers moelleux et merveilleux se contracte, se gondole et rétrécit. L’orage de plus en plus fort m’étouffe et m’aspire dans un malstrom où je sens l’odeur d’un grince-ment, ou bien l’inverse, le grincement d’une odeur. Cela est indicible, indéfinissable. Cette odeur est chargée d’un senti-ment meurtri. Ce sentiment annonce la fin de la plénitude, l’arrivée du loup, l’entrée dans ce nouvel espace, si grand,
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si hostile, là où le ciel tombe sur la tête, sans compter les tuiles, les pots de fleurs et les mauvaises nouvelles ; tout ce qui tombe en panne, et tout ce qui tombe mal en général, bousculant l’élégance et la délicatesse en particulier. C’est l’odeur amniotique de l’entrée dans le monde, le grincement du bassin, le bout du tunnel où pivote la tête de l’enfant, le mystère charnel de la naissance, le premier pas-sage. Cette vie naissante se joue de moi dans les rêves, me rappelle que je fus le roi solitaire de ce royaume tissé au creux du ventre de ma mère, royaume à tout jamais perdu et dont la nostalgie va jusqu’à la fin de ma vie, engendrer le désir le plus fou, la folle illusion, la recherche de ce que j’ai égaré dans cette espace brisé. La section du cordon ombilical émet un court-circuit, une décharge. Une fois la communication interrompue, la ligne de ce téléphone de chair qui me portait tous les messages d’amour et se faisait corne d’abondance, cette ligne ne sonne plus. Il faut pleurer sans cesse pour que le sein la remplace. Ainsi va le jeu du manque et de la revendication, juste pour survivre un peu moins d’un siècle. Lorsque le combat de la vie commence, les jeux ne sont pas faits, mais rien ne va comme je voudrais. J’ai faim, soif et peur, et cette question qui m’assaille : qu’ai-je fait à ce ciel, pour être si nu, expulsé du paradis terrestre sur cette Terre, Mater Dolorosa. Tel est la condamnation symbolique d’Adam et Ève, de vous et de moi : pratiquer quotidiennement l’équilibrisme pour éviter la chute, la chute libre. Pour cela, il convient de se raccrocher aux branches, aux croyances, aux dépendances, à
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moins que vous ayez un faible pour le surf, mais la plus belle vague a aussi une fin. La vérité qui était une évidence physiologique s’est brutalement fragmentée pour m’offrir le puzzle d’une vie. Cette vie devient une quête de sécurité où les erreurs se multiplient, où la confrontation aux autres s’offre la souf-france d’un moi trop embarrassant. Être le fruit mûr tombé de l’arbre, le naïf tombé des nues, est-ce cela la vocation de la vie ? En attendant les pourquoi et les comment, de ma mère je cherche le son de sa voix, la chaleur de son corps, sa main de maman. Sa présence se mêle au murmure du vent, au premier rayon de soleil, au bleu du ciel, cet ailleurs qu’il faut apprivoiser. Dans la multitude des voix et des formes qui emplissent l’espace, se rencontrent les autres, ceux qui ont aussi perdu le cordon, il y a bien longtemps, et tous n’ont pas retrouvé le fil de leurs idées et les chemins de leurs vies. Certains ont oublié d’où ils venaient, à cause de cela ils se sont perdus, ils aimeraient vous voler votre âme d’enfant, eux, les ogres des temps modernes. Où sont les bras qui me protègent ? Qui sont-ils, tous ces autres, et moi qui est autre pour les autres, alors que j’étais moi pour moi, tout pour elle, jusqu’à cette rupture.
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Là, vous voyez, de cette séparation, de cette fracture, il reste un petit trou qui ne s’ouvre plus, une impasse silen-cieuse, un nœud, un point d’interrogation, oui, là, au milieu du ventre, ce truc tarabiscoté qui se nomme aussi ombilic pour mieux se taire. De l’autre côté du nombril, il nous reste la nostalgie de l’abondance et de la sécurité, quelques brides de rêves, aussi. Qu’elle est étrange cette lucidité de l’aube, si brève, étrange et remarquable cette dernière étincelle qui précède l’obscu-rité des jours. Oui, qu’ils sont obscurs ces jours de guerre qui nous ont fait oublier la douceur de la mère, l’insouciance de l’enfance et nos rêves de bonheur.
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